Chapitre btngt-et unième
La cause de béatification de Marie Stuart.
EU de temps après le drame sanglant de Fotheringay, Brantôme écrivait : « Cependant la reyne morte vivra glorieuse, et en ce monde et en l'autre, jusques à ce qu'il vienne, d'icy à quelques années, quelque bon pape qui la canonise pour le martyre qu'elle a souffert en l'honneur de Dieu et de sa loy. »
Brantôme n'est certainement pas une autorité en matière religieuse, mais son témoignage, en cette occasion, n'est pas à dédaigner. Il était l'interprète de l'opinion de la cour et de la France en émettant ce vœu, et il rendait hommage à la vérité, en affirmant que Marie était morte pour sa foi. Son invincible attachement à l'Eglise ne fut pas le motif invoqué par ses juges, mais il pesa sur leur inique sentence, car il provoqua les révoltes et les trahisons de l'Ecosse, et il exerça sur l'esprit d'Elisabeth, la grande coupable, une influence prépondérante.
Les preuves de la volonté inébranlable de Marie de tout sacrifier à sa foi sont nombreuses, et on les retrouve sans aucun affaiblissement à toutes les époques de sa vie. Si elle a des entretiens avec Knox, si elle tolère la Réforme, si elle proclame la pleine liberté de conscience, ce n'est pas qu'elle mette sur la même ligne la vérité et l'erreur; elle obéit comme reine à des nécessités auxquelles elle ne peut se soustraire. Comme femme, elle se retranche toujours derrière sa conviction, et pendant que tout cède autour d'elle, pendant que l'intérêt lui conseille une apostasie qui l'aurait sauvée, on lui en donnait l'assurance, elle n'hésite pas un moment, non seulement à rester ferme dans sa foi, mais encore à le dire hautement.
Elle fut donc persécutée et elle est morte pour sa foi. Les preuves abondent pendant la durée de son règne et de sa captivité, dans ces cruelles épreuves qui l'accablent, dans cette longue suite de révoltes, de trahisons et d'attentats que ses ennemis appelaient € le grand combat contre
Satan et l'idolâtrie ». Il suffira de signaler celles que nous offrent ses paroles et ses lettres.
Elle était encore en France, lorsqueThrockmorton voulant lui faire ratifier le traité d'Edimbourg-, invoqua des motifs religieux. « Je regarde, lui répondit-elle, la religion que je professe comme la plus agréable à Dieu; je n'en connais point et n'en veux point connaître d'autre.... J'ai été élevée dans la foi catholique; qui pourrait, si je me montrais légère en matière aussi grave, se fier à moi en quoi que ce soit? »
Au moment où Knox essayait, avec sa fougue habituelle, de soulever contre elle les passions populaires, et déclarait que « la reine étant idolâtre ne pouvait être obéie dans les choses politiques et civiles », elle répondait à Randolph : <L Ma conscience ne me permet pas de changer d'avis sur les points controversés de la religion.... Je ne sais point raisonner, mais je sais ce que je dois croire ». Et la lecture des livres réformés la confirmait dans sa foi. Ils lui montraient l'erreur sur le fait.
La Réforme victorieuse avait édicté la peine de mort contre ceux qui seraient surpris accomplissant un acte du culte catholique. Marie n'avait pu empêcher cette persécution dont elle souffrait cruellement. Elle écrivait en 1563, au pape et aux Pères du concile de Trente, pour leur dire quelle était sa douleur de voir son royaume livré à l'hérésie, et combien elle s'estimerait heureuse de pouvoir y remédier au prix de sa vie, mais que du moins rien ne lui ferait jamais abandonner la religion catholique.
Au milieu des intrigues par lesquelles Elisabeth s'efforçait d'empêcher son mariage avec Darnley, Randolph dit à Marie que tout pourrait s'arranger si elle changeait de religion. — « Et que s'en suivrait-il? — Peut-être qu'alors ma maîtresse consentirait plus facilement à votre mariage. — Quoi! vous voudriez, s'écria Marie, que je fisse trafic de ma religion et que je m'accommodasse aux volontés de vos ministres? Cela n'est pas possible. »
Le 18 avril 1566, lorsqu'elle se crut à ses derniers moments, après avoir demandé aux lords de se montrer tolérants pour les catholiques, elle déclara qu'elle mourait fidèle à sa foi, et voulut redire cette profession devant l'ambassadeur français.
Prisonnière à Bolton, et soumise aux plus dures exigences, elle écrivait le 24 septembre 1568, à Elisabeth, fille de Henri II, et femme de Philippe II d'Espagne : « Je vous
diray que l'on m'offre beaucoup de belles choses pour changer de religion, ce que je ne feray jamais. Mays si je suis pressée d'accorder quelques points que j'ay mandés à vostre ambassadeur, vous pouvez juger que ce sera comme prisonnière. Or, je vous assure et vous suplie, assurés en le roy, que je mourray en la religion catholique romaine, quoy que l'on en dise. Je ne puis l'exerser issi, car l'on ne me le veult permettre; et seulement pour en avoir parlé, l'on m'a menassée de me retenir et me donner moings de crédit. »
Et rappelant les instances faites auprès d'elle pour la déterminer à livrer son fils qu'Elisabeth veut élever en Angleterre, elle ajoute : <X Mais je n'ay pas envie de le leur bayller et quitter mon droict, qui seroit cause de le rendre de leur religion meschante; mays plustot, si je l'auray, je le vouldrois envoyer et me sousmettre à tous dangers pour rétablir toute ceste isle à l'antique et bonne foy. Je vous suplie, tenés cessi secret, car il me cousteroit la vie. »
La tolérance religieuse avait été pour Marie une nécessité. Elle n'avait aucun doute sur les erreurs dogmatiques de la Réforme, et ne pouvait concevoir aucune illusion sur leur influence politique.
Les réformés n'avaient pas toujours été ses ennemis. Plusieurs, après l'avoir combattue étaient revenus à elle, soit par affection, soit par calcul, soit parce que, sincèrement attachés à la royauté, ils voyaient tout ce qu'elle souffrait dans le présent des idées nouvelles, et tout ce qu'elle avait à en redouter dans l'avenir. Mais rien n'altéra jamais la pureté de sa foi. Avec eux, sans eux, malgré eux, elle poursuivit toujours le rétablissement par des moyens pacifiques et sans violenter personne, de la religion catholique. Plusieurs fois, elle déclara <L qu'elle estoit prête à se sacrifier pour le succès d'une aussi belle entreprise. »
Elle considérait ce devoir comme si rigoureux qu'elle n'hésita pas à lui subordonner ses affections les plus chères. On a attribué au découragement et au dépit le testament qu'elle fit pendant sa captivité et par lequel elie déshéritait son fils s'il persistait dans l'hérésie, et ne lui laissant que le royaume d'Ecosse, elle transportait à Philippe II, le défenseur de la foi catholique en Europe, tous ses droits sur l'Angleterre. On ne doit voir dans cet acte que le sentiment qui l'a inspiré. C'est celui de la foi religieuse qui sait tout le prix de la vérité