‹ Marie StuartChapitre 106 sur 107 · CHAPITRE VINGT-UNIÈME. 2 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-UNIÈME. 2 I

et qui n'hésite pas à faire taire devant elle toutes les considérations de l'intérêt et tous les droits du cœur.

Mais c'est surtout pendant sa longue captivité et à ses derniers moments qu'éclatent à la fois ses sentiments de fidélité religieuse et les motifs de la haine de la noblesse écossaise, des ministres anglais et d'Elisabeth. Sans doute, la question politique a sa place et son influence, mais ce que l'on veut combattre surtout, ce que l'on s'efforce d'opprimer, ce que l'on travaille sans relâche et sans scrupule à détruire, c'est la religion catholique que la malheureuse reine représente et défend en Ecosse et en Angleterre.

La vérité a un privilège qui la suit à travers les siècles. Elle inspire une haine inextinguible. Partout su elle paraît, elle trouve la contradiction et ensuite la persécution. C'est qu'elle ne connaît pas les tempéraments et les compromis.Elîe est ou elle n'est pas ; il faut l'aimer ou la haïr, et c'est l'explication de l'histoire de l'Église à travers les siècles, depuis le Calvaire de son chef jusqu'aux martyres des missionnaires que nous envoyons aux pays sauvages, et de ceux que font chez les peuples civilisés, au milieu des révolutions, les mensonges et les calomnies.

La Réforme fut en Ecosse une explosion violente et haineuse ; en Angleterre, elle revêtit un caractère plus politique, et l'œuvre commencée par Henri VIII dans le sang, s'acheva dans le sang, sous sa fille Elisabeth. Tout papiste fut un ennemi, et contre un ennemi, tout devient légitime. On avait exploité, pour grossir les rangs de l'hérésie, les mobiles les plus misérables : la jalousie, la cupidité, la débauche. Il fallut y ajouter, pour ceux qui ne ser laissèrent ni entraîner ni séduire, la prison et l'échafaud. Elisabeth ne recula pas, et toutes les pages de son long règne portent les traces de cette persécution toujours hypocrite, souvent sanglante, qui fit de l'île des saints le centre de l'erreur intolérante.

Les victimes sont nombreuses et "le saint siège a tout récemment reconnu le culte rendu, par la piété populaire, à plusieurs d'entre elles. En honorant et en priant les martyrs de la foi au XVIe siècle, l'Angleterre prépare efficacement son retour à la vérité. Elle voudrait ajouter une protectrice à cette légion d'athlètes qui sont tombés victimes de la persécution, et elle demande, avec une confiance chrétienne, l'introduction en cour de Rome de la cause de Marie Stuart.

L'initiative est venue, comme c'était juste, de l'Église d'Ecosse.

Au jour où le trois centième anniversaire de la mort de Marie, réunissait à Linlithgow, au lieu de sa naissance, une foule de catholiques, Mgr l'archevêque deSaint-Andrews s'est fait l'écho du vœu de ses concitoyens. Dans une lettre pastorale d'une haute valeur historique, il a réfuté les erreurs et les calomnies accumulées par la haine et la mauvaise foi depuis le XVIe siècle et renouvelées par la presse anglaise. Il a montré que Marie a été cruellement outragée contre la vérité dans sa foi et dans sa conduite; mais ce qu'il a mis particulièrement en lumière.c'est la sérénité chrétienne avec laquelle elle a accepté les cruelles épreuves de la vie, et la résignation héroïque avec laquelle est allée à la mort plutôt que de renoncer à la foi.

Une exposition ouverte le 8 février au château de Fotheringay et dans laquelle figurent un grand nombre d'objets ayant appartenu à Marie Stuart, a donné occasion au sentiment populaire anglais de se manifester d'une manière éclatante. Les deux nations se sont ainsi rencontrées dans un même hommage et un même vœu. Ici, on admirait de véritables reliques, pendant qu'à Linlithgow on posait lapremière pierre d'une église que les catholiques de cette pieuse cité vont faire construire en souvenir de la naissance et de la mort de Marie Stuart.

• Mgr Smith, archevêque de Saint- André d'Edimbourg, a dît à ce sujet :

< Saint Michel a tenu bonne garde sur cette ville et a attendu ce jour béni oh nous devions construire cette église pour honorer la mémoire de notre glorieuse reine d'Ecosse, dont l'histoire se rattache à celle de la poésie, de la patrie et de la religion. II y a maintenant trois siècles qu'elle a versé son sang pour notre foi, et nous espérons que le jour n'est pas loin où cette église pourra être placée sous l'invocation de Marie martyre au lieu de celle de saint Michel. Pour le moment ces temps ne sont pas encore arrivés, mais nous ne négligerons aucune diligence pour introduire cette cause à Rome. »

Rome avait déjà ouvert la voie elle-même. Dans son traité de la canonisation des saints, Benoît XIV, après avoir rappelé la mort héroïque de Marie Stuart ajoute:

< Si pour prouver que cette reine fut martyre, on commençai', les informations qui n'ont pas encore été faites, on prendrait naturellement les preuves du contraire dans la sentence portée par ses juges, et dans les autres écrits où les hérétiques se sont déchaînés contre elle avec fureur, particulièrement dans un libelle diffa-

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