‹ Marie StuartChapitre 15 sur 107 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

vertu la plus appréciée chez les souverains semblait être devenu son patrimoine.

La cour n'est pas le domaine de la bienveillance. Les intérêts y sont si divers et si opposés, les compétitions si nombreuses, les jalousies si vives, les ambitions si ardentes, que la justice trouve rarement sa place, et que la charité y est une véritable étrangère. Dans ce milieu où s'agitent tant de passions, où la malignité trouve tant à mordre, où le soupçon perfide se change en certitude, la jeune reine est respectée autant qu'aimée. Elle est tellement précoce, qu'elle semble n'avoir pas eu d'enfance ; elle est si bien à l'abri de l'imprudence qui gâte les meilleures dispositions et compromet les qualités les plus brillantes, qu'elle semble avoir reçu en naissant cette maturité, fruit de la réflexion, des efforts et du temps, qui meta l'abri des erreurs et des fautes. Il y a tant d'ouverture dans son caractère, qu'on ne suppose pas qu'elle ait quelque chose à cacher ; il y a dans sa vie une telle pureté, que l'hérésie,ardente comme toutce qui commence, et prompte à l'accusation comme tout ce qui rencontre des obstacles, n'essaie pas même une ombre de reproche.

Marie fut toujours, même dans les circonstances les plus difficiles, fidèle à elle-même. Elle n'a rencontré plus tard, ni chez ses sujets, ni chez un grand nombre d'écrivains, la même justice. Elle a dû être défendue, mais sa vertu sort victorieuse de toutes les violences du pamphlet et de toutes les habiletés de la raison d'état.

Elle s'essayait déjà, dès cette époque, à son rôle politique. Née reine, elle avait envisagé avec fermeté les devoirs attachés à ce titre, et elle avait la volonté de les accomplir tous. Elle recevait ses sujets, écoutait leurs plaintes, accueillait leurs avis, et, sans rien abandonner de ce que lui inspiraient une sagesse précoce et une volonté ferme de n'obéir qu'ausentiment de son droit et à la conscience de l'intérêt de son royaume, elle laissait tous ses visiteurs convaincus qu'elle ne se rendrait jamais qu'aux motifs les plus élevés et les plus droits.

Elle comptait sans des difficultés intérieures et extérieures qui auraient triomphé d'un pouvoir plus fort que le sien, et d'une volonté plus énergique. Si elle fut vaincue par elles, si elle succomba sous une coalition coupable, il n'y a rien dans sa chute qui puisse la faire condamner, ni dans sa vie aucun acte qui touche au déshonneur.

Elle montrait la plus grande déférence pour ses oncles. C'était une illustre maison que la maison de Lorraine. Fixée en France par Claude,fils de René II, caractère chevaleresque, âme ardente, esprit résolu, dont l'impétuosité se prêtait aux combinaisons de la prudence, elle était alors représentée par six princes qui semblaient n'avoir qu'une volonté. Claude les avait un jour présentés à François Ier, en l'assurant qu'il trouverait en eux les appuis de son trône. « Mon cousin, lui avait répondu le roi chevalier, je vous tiens pour heureux de vous voir renaître avant de mourir, dans une postérité de si belle espérance. »

Ils regardaient tous, même le cardinal de Lorraine, le duc François comme leur chef. Il avait un train presque royal et les plus grands personnages recherchaient son amitié ou sa protection. Le peuple était subjugué par sa grandeur et séduit par sa grâce. Il savait tout ce qu'il y avait en lui de valeur, de générosité, de hauteur d'âme et de bonté. Nul n'égalait son courage dans le combat, l'étendue de ses ressources dans les situations les plus périlleuses, son humanité pour le vaincu, son ascendant au milieu des agitations populaires, son prestige en présence des mouvements désordonnés d'une soldatesque dont la cupidité compromettait si souvent la fidélité.

Le cardinal de Lorraine et le duc François de Guise dirigeaient la politique de cette maison dont l'origine était ancienne et qui, après avoir joué un rôle si prépondérant et si discuté en France, pendant la seconde moitié du XVIe siècle, devait, plus tard, monter sur le trône impérial. Le duc d'Aumale, le grand prieur, le marquis d'Elbeuf, le cardinal de Guise marchaient à la suite de leurs aînés, fidèles à leurs vues, solidaires de leurs projets, appuis de leur politique.

Ils étaient dévoués à l'Eglise, et, sans oublier les intérêts de leur ambition, qui ne furent jamais au premier rang, ils la servirent avec une constance dont cette époque tourmentée offre peu d'exemples. Cette fidélité leur assignait, au moment où le protestantisme devenait menaçant, une influence considérable et une situation prépondérante dans les conseils du roi et dans l'opinion publique. Ils s'en servirent pour préparer, négocier et faire résoudre le mariage de leur nièce avec le dauphin François.

Né le 24 janvier 1544,1e fils aîné de Henri II avait quatorze mois de moins que Marie Stuart. Il ne manquait ni d'instruc-

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