CHAPITRE TROISIÈME. 2J
tion, ni d'esprit, et, malgré une certaine tendance à la timidité et même à la sauvagerie, il avait un sentiment élevé de sa dignité.
Peut-être l'âge lui aurait-il donné ce que la mort ne permit pas même de soupçonner. Il reste dans l'histoire une physionomie effacée et triste. Il promettait peu sans doute, mais l'influence bienfaisante d'une vive intelligence et d'un grand cœur n'aurait-eile pas mis en lumière ce qu'une fin précoce a enseveli? Cette défiance de lui-même qui le rendait impuissant, n'aurait-elle pas été vaincue par cet esprit plein de ressources qui dominait partout où il pouvait atteindre?
Il recherchait la société de celle qu'on lui avait destinée de bonne heure et appréciait vivement ses aimables qualités. La cour suivait curieusement le développement de cette inclination et tout semblait sourire à ces deux enfants royaux. Le plus malheureux fut-il celui que la mort enleva si prématurément ?
Le projet des Guise rencontra une opposition politique qui se produisit avec une certaine vivacité et eut de nombreux organes. On craignait les conséquences d'une alliance qui soulevait des difficultés et ne présentait que de médiocres avantages. Henri II passa outre.
Le parlement d'Ecosse eut à se prononcer. Il avait consenti au projet de mariage et à l'éloignement de la jeune reine. Le 14 décembre 1557, il chargea neuf de ses membres d'aller négocier en France les articles du contrat et de représenter le royaume à la cérémonie nuptiale.
Il y eut deux sortes de stipulations. Les unes eurent un caractère politique ; les autres furent purement personnelles.
Marie et François devaient gouverner l'Ecosse conformément aux lois anciennes. Si la reine mourait sans postérité, la couronne revenait au plus proche héritier. Dans l'autre cas, son fils aîné réunissait les deux couronnes. S'il n'y avait que des filles, l'aînée serait reine d'Ecosse et les autres auraient un douaire comme les princesses de France. Si François mourait avant de monter sur le trône, un revenu de trente mille livres tournois était assuré à la reine, et, s'il mourait roi, le revenu était porté au double. Les négociateurs français auraient voulu assurer au dauphin la couronne matrimoniale d'Ecosse, c'est-à-dire un droit égal à celui de la reine, dans le gouvernement, mais les députés du parlement déclarèrent
qu'ils n'avaient point d'instruction à ce sujet, et cette prétention fut abandonnée pour le moment.
Peu de jours avant cette négociation, Marie Stuart avait signé un acte secret par lequel elle cédait à Henri II et à ses successeurs le royaume d'Ecosse et ses droits sur celui d'Angleterre, dans le cas où elle mourrait sans enfants. Elle engageait les revenus de l'Ecosse comme garantie pour les sommes dues à la France, et annulait d'avance tout ce qu'elle pourrait être contrainte de signer contrairement à ces conventions (4 avril 1558).
Ce fut une imprudence de sa part et une exigence trop absolue de la politique de Henri II. On en tira parti contre elle: cette duplicité n'était ni de son caractère, ni de son âge, et si on doit la blâmer de cette condescendance, il faut en faire remonter toute la responsabilité à ses oncles, qui voulaient ce mariage à tout prix, et au roi Henri II qui croyait avoir trouvé un moyen d'accroître la puissance matérielle de la France et son influence politique en Europe.
Les fiançailles furent célébrées le 19 avril 1558, dans la grande salle du Louvre, et le mariage eut lieu à Notre-Dame, le 24.
La solennité fut belle et la joie générale. Dix-sept évêques et abbés mitres assistèrent à la bénédiction nuptiale qui fut donnée par le cardinal de Bourbon, en présence du cardinal de Lorraine. Le duc de Guise venait de rendre à la France, après un siège glorieux, et au milieu des applaudissements universels, la ville de Calais, qui en était séparée depuis 1347. C'était un heureux présage, et il n'était personne qui n'y vît les plus brillantes promesses pour cette union qui nous donnait l'Ecosse, et préparait peut-être une revanche de la guerre de cent ans. Le peuple s'associa à toutes les réjouissances de la cour. Les poètes chantèrent les jeunes époux, et se firent les organes de l'allégresse et des vœux populaires. Un avenir prochain devait tromper toutes ces espérances : l'union fut courte, et la destinée de celui des deux qui survécut lui fit certainement envier plus d'une fois le sort de celui que la mort avait enlevé si jeune à son affection.
Marie Stuart fut dès lôrs appelée reine-dauphine, et Fran çois II, avec l'assentiment du parlement écossais, roi-dauphin. Ils habitèrent Villers-Cotterets et, suivant l'usage, eurent leur cour. Par l'ordre de Henri II, Marie prit les titres de reine de France, d'Ecosse et d'Angleterre et sa vaisselle fut