Chapitre quatrième
Marie Stuart reine de France.
RANÇOIS II avait quinze ans. Il pouvait régner par lui-même, mais sa santé était faible et son esprit n'avait rien de cette vigueur qu'exigent la direction des affaires et le maniement des hommes.
L'opinion publique ne lui attribuait pas le désir d'être effectivement le maître, et on disait qu'il appartenait aux princes du sang de prendre le gouvernement. Mais ces princes du sang n'étaient plus que dans la maison de Bourbon, qui remontait à Robert de Clermont, fils de saint Louis, et ils n'avaient rien qui les recommandât. La trahison du connétable, dont ils étaient les collatéraux, pesait sur eux ; ils étaient séparés du trône depuis trois cents ans, ne se rattachaient aux Valois que par une parenté au vingt-deuxième degré, et les confiscations leur avaient laissé peu de fortune, ce qui est toujours une cause d'infériorité, sinon d'impuissance.
Le chef de cette maison, Antoine de Bourbon, qui avait épousé Jeanne d'Albret, fille de Henri II de Navarre et de Marguerite de Valois, sœur de François I, était loin de Paris lorsque le roi mourut. Malgré l'appel du connétable de Montmorency et d'autres seigneurs qui redoutaient la domination des Guise, il hésita longtemps, et lorsqu'il fut rendu à la cour, les Guise étaient les maîtres. Le duc François eut l'administration de la guerre, le cardinal de Lorraine celle des finances, Olivier la chancellerie, et Montmorency dépouillé de ses emplois et même des dignités regardées comme inamissibles, fut disgracié.
Le roi de Navarre comprit qu'il n'avait rien à espérer, et se retira dans ses domaines.
François II qui n'aimait ni Montmorency, ni les Bourbons, fut heureux de plaire à Marie, en donnant le pouvoir à ses oncles. Du reste, le duc de Guise et le cardinal, son frère, assurés de l'appui de la reine-mère, Catherine de Médicis qui, jusqu'alors était restée entièrement étrangère aux affaires, ne pouvaient plus rencontrer de rivaux
Mais ils n'avaient pas éteint les animosités. fOn écrivit des pamphlets, on demanda la convocation des Etats-Généraux, on accusa les princes de Lorraine de porter leurs vues jusque sur le trône, on leur reprocha leur despotisme arrogant, et tout sembla permis contre eux. Les huguenots dépassèrent les politiques en violence. Ils savaient les Guises dévoués à la religion catholique et prêts à faire tout ce que pourrait demander son intérêt. C'était un motif suffisant de haine parmi ceux que travaillaient ou qu'avaient envahis les idées nouvelles. François I et Henri II avaient essayé d'arrêter les progrès de l'hérésie. Les Guises, maîtres du pouvoir, marcheraient hardiment dans cette voie, et ne garderaient aucune mesure à l'égard de ceux qu'ils considéraient comme des ennemis irréconciliables de l'État et de l'Eglise. Leurs convictions et leur intérêt se trouvaient d'accord.
La noblesse se mit à l'œuvre, et reprenant ses tendances féodales, essaya de faire échec à la royauté. Elle avait, en grande partie, embrassé les idées nouvelles, parce qu'elles favorisaient l'insurrection contre l'autorité, et affaiblissaient le pouvoir. Elle en poursuivait les applications, parce qu'elle espérait, comme en Angleterre, en Ecosse et en Allemagne, trouver un moyen rapide et sûr de s'enrichir aux dépens de l'Église, dont les biens avaient depuis des siècles excité sa cupidité.
Elle ne s'attaquait pas directement au roi, et ne dirigeait passes coups ouvertement contre la religion; les Guises seuls étaient l'objet de ses plaintes et de ses entreprises. Elle voyait en eux « des usurpateurs du pouvoir, des étrangers et des tyrans ». Elle les combattait non par rivalité, mais au nom de l'intérêt public. N'était-ce pas assez pour armer tout le monde contre eux? Elle savait bien ce qu'elle aurait à faire et à espérer, lorsque grâce à ses protestations hypocrites, elle aurait armé tous les bras et que ce premier et redoutable obstacle serait levé.
Anne Dubourg, conseiller au parlement de Paris, avait manifesté hautement^ sa sympathie pour les protestants à l'occasion de l'édit d'Écouen, qui ordonnait de les rechercher et prononçait contre eux des peines sévères. Il avait dit devant le roi des paroles qui, sous leur apparence d'humanité, cachaient la révolte, et dans lesquelles on avait trouvé un outrage personnel. Pendant le procès instruit contre lui, le président Ménard, qui était son ennemi, fut tué d'un coup de