CHAPITRE QUATRIÈME
pistolet, en sortant de l'audience. On fit remonter la responsabilité de ce meurtre jusqu'à Dubourg, qu'il paraissait venger, et il ne pesa pas moins sur tous ceux de la religion réformée qui espéraient refroidir ou arrêter par la terreur le zèle des magistrats chargés de l'exécution des édits.
La mort de Henri II arriva au moment où la sentence allait être prononcée. Les commissaires du parlement qui siégeaient à la Bastille n'en poursuivirent pas moins l'affaire, prononcèrent la condamnation, et le 23 juillet 1559, Anne Dubourg fut étranglé et puis brûlé en place de Grève.
Les réformés en firent un martyr. Ilsavaient tenu un premier synode à Paris ; ils s'organisaient pour la défense commune, unissaient leurs églises pour la résistance et se mettaient en rapport avec les protestants de l'Allemagne, pour s'assurer des secours que l'amour des aventures et le fanatisme ne leur refusèrent jamais. Ils attaquaient le gouvernement avec une violence qu'ils ne déguisaient plus. L'éloignement des Bourbons, l'omnipotence des Guises, l'influence d'une reine écossaise qui était leur nièce,et contre qui on soulevait le sentiment national, l'action secrète d'une reine-mère italienne, peu mêlée aux affaires, mais déjà profondément haïe, malgré son désir de plaire à tous, tous ces motifs étaient invoqués, colportés, envenimés et préparaient aux conspirations, en attendant une révolte ouverte et la guerre.
Les Guises avaient supprimé un grand nombre de pensions, licencié les vieilles bandes qui offraient aux gentilshommes pauvres le moyen de montrer leur courage et de faire fortune. C'était donner des soldats à la révolte. On ne se crut pourtant pas assez fort pour une action ouverte, les Guises étant sur leurs gardes ; et, après de longs conciliabules, on projeta d'enlever le roi, pour le soustraire à des influences que l'on jugeait doublement dangereuses, parce qu'elles servaient sa cause et celle de Dieu.
Le prince de Condé, frère du roi de Navarre, était le chef secret de la conjuration. La cour était alors à Blois.On décida qu'on s'y rendrait de divers côtés et en grand nombre, pour demander la liberté religieuse. Le refus auquel on s'attendait aurait alors justifié l'entreprise pour laquelle cinq cents gentilshommes et mille soldats étaient prêts. C'était un coup de main prompt et vigoureux, dont on jugeait le succès assuré, grâce surtout à l'audace du chef. Les Guises auraient été jetés en prison ou tués, le roi et la reine enlevés, les Bourbons
placés à la tête du gouvernement et les États-Généraux convoqués.
Les Guises eurent des soupçons et peut-être des certitudes, parce que dans les troubles civils, la trahison est fréquente. Ils amenèrent la cour de Blois à Amboise, dont la défense était plus facile. Ils appelèrent pour le service du roi, Condé et les tfois Chatillons, le cardinal-évêque de Beauvais, l'amiral Coligny et Dandelot, colonel général de l'infanterie, et afin de supprimer des prétextes ou de provoquer des divisions, ils annoncèrent des adoucissements aux mesures prises en vertu de l'édit d'Écouen.
Les conjurés hésitèrent. Ils se sentaient découverts. Mais leur chef, La Renaudie, résolut de demander à l'audace ce qu'il avait jusqu'alors attendu de ses habiles précautions. Le 16 mars, il marcha sur Amboise à la tête de ses bandes. Soixante gentilshommes avaient juré de pénétrer pendant la nuit dans la ville, et trente de se glisser dans le château. Mais la porte que devaient leur ouvrir des conjurés fut murée, des détachements de troupes occupèrent tous les passages de la forêt de Château-Renaud, et à mesure que les soldats de La Renaudie se présentaient, ils étaient enveloppés et massacrés.
La Renaudie commandait une élite de gentilshommes, pour laquelle il avait choisi le poste le plus important et le plus dangereux. L'avenue qu'il devait suivre était surveillée par un de ses cousins, Pardaillan. Les deux troupes se heurtèrent, et les deux chefs, plus ardents que leurs soldats, en vinrent aux mains avec une fureur qui suspendit le combat.
Ils y périrent l'un et autre, mais les catholiques l'emportèrent, et le corps de La Renaudie qui resta en leur pouvoir, leur livra tous les secrets de la conspiration. Ils trouvèrent sur lui le plan de l'attaque et le nom de ceux qui devaient la favoriser ou y concourir.
Les autres bandes furent exterminées. Tous ceux qui s'étaient compromis trouvèrent dans l'irritation de la cour, une justice inexorable. Plus le péril avait été grand, plus la vengeance fut terrible. La torture provoqua des révélations qui compromirent gravement le prince de Condé. Mais personne ne pouvait fournir de preuves contre lui, car il n'avait donné ouvertement, ni ordre, ni conseil, il n'avait rien écrit, et La Renaudie, le seul avec lequel il eût communiqué, était mort. Aussi, il jura que « tous ces pendus en avaient menti »,