CHAPITRE QUATRIÈME
et il jeta un défi à quiconque « maintiendrait qu'il était l'auteur de la dite entreprise ». Du reste, il avait combattu luimême ceux dont il avait provoqué ou secondé les projets, et cette nécessité imposée par sa présence à la cour, et les soupçons dont il était l'objet, pouvait être invoquée comme un argument en sa faveur. Elle prouvait seulement l'impétueuse mobilité de son caractère, et sa facilité à se plier aux circonstances. On a tout à craindre dans les guerres civiles après un échec, car rien ne délie les langues comme la conviction qu'on se sauvera aux dépens de ses complices, et rien ne conseille plus les violences, que le désir de rompre toute solidarité avec les vaincus.
Il put quitter la cour, et le duc de Guise favorisa peut-être son départ. La conjuration d'Amboise avait été assez vengée. La situation lui permettait de se montrer généreux sans craindre d'avoir à s'en repentir.
Marie avait partagé les inquiétudes du roi et de la cour, mais elle ne s'associa pas aux exécutions qui suivirent cette tentative criminelle. Si les dames de la cour y assistèrent quelquefois, elle n'autorisa pas, par son exemple, cette curiosité qu'expliquent, mais que n'excusent pas les passions religieuses et politiques.
« Jamais, dit Brantôme (x), cestc reyne ne fust cruelle ; elle estoit du tout bonne et très douce. Jamais en France elle ne fist cruauté, mesmes elle n'a pris plaisir ni eu le cœur de voir deffaire les pauvres criminels par justice, comme beaucoup de grandes que j'ay cogneu ; et alors qu'elle estoit en sa gallère, ne voulust jamais permettre que l'on batist un seul forçat, et en pria M. le grand prieur son oncle, et le commanda expressément au comité (2), ayant une compassion extrême de leur misère, et le cœur lui en faisant mal.
<L Pour fin, jamais cruauté ne logea au cœur d'une si grande et douce beauté ; mais ce sont esté des imposteurs qui l'ont dict et escrit cntr'autres, M. Buccanan ; en quoy il a mal recogneu les biens que la reyne lui avoit faictz en France et en Ecosse, pour la grâce de sa vie et du relief de son ban. >>
Ce témoignage contemporain et impartial peut suffire pour mettre Marie Stuart à l'abri des imprécations des amis des victimes, et des accusations de notre temps. Outre sa bonté naturelle et une sensibilité que n'émoussèrent pas les horribles