CHAPITRE QUATRIÈME
Coligny parla un langage menaçant. Il demanda par une requête au roi, la liberté du culte pour les' hérétiques, la suspension des poursuites dont ils étaient l'objet, et la convocation d'un concile national. On lui accorda la réunion des États-Généraux et celle du concile, trop peu pour le satisfaire, assez pour inquiéter les catholiques.
Les États-Généraux furent convoqués à Orléans, pour le 10 décembre. Les protestants en attendaient beaucoup, et cherchaient à se fortifier dans les provinces, en rappelant les bannis, en recevant des ministres de Suisse et d'Angleterre, en organisant une guerre de partisans dans le Dauphiné et la Provence, et en inspirant partout la terreur. Us se croyaient déjà les maîtres, et les deux princes de Bourbon, leurs chefs, après avoir longtemps hésité, se rendirent à Orléans lorsqu'ils crurent que toutes les mesures étaient prises.
Ils furent reçus avec un appareil militaire. Ils avaient dû se débarrasser d'une suite nombreuse de gentilshommes attachés à leur personne, et dont la présence, dans la ville des États, aurait enlevé aux délibérations leur liberté. Du reste, devant ces dispositions hostiles, les Guises avaient pris leurs précautions. Des troupes envoyées de tous côtés avaient fait exécuter rigoureusement les édits, et toute tentative de révolte ou de résistance avait été sévèrement réprimée. On ne pouvait douter de la participation des princes de Bourbon à toutes les menaces et à tous les projets. Condé s'était montré moins prudent qu'à la Conjuration d'Amboise, et c'était autour de lui que se rangeaient tous les mécontents Des papiers saisis prouvèrent sa culpabilité, et l'on se résolut à de graves mesures.
<£ J'ai eu avertissement, lui disait le roi, le 29 octobre 1560, de plusieurs entreprises faites par vous contre ma personne et mon État, et je vous ai mandé pour être éclairci de la vérité. »
Condé fut arrêté, une commission instruisit rapidement son procès, et, malgré ses appels au parlement, malgré les sollicitations de ses amis et les prières de sa femme, malgré l'alliance de Catherine de Médicis avec son frère, le roi de Navarre, il fut condamné à mort.
Le roi s'affaiblissait de jour en jour. Les soucis du pouvoir qui, malgré tout, allaient jusqu'à lui, l'audace des ennemis de l'Église et de la royauté, les intrigues oui divisaient la cour, les scènes auxquelles donnait lieu fréquemment l'ambition
des partis, l'incertitude du lendemain exerçaient sur sa santé, depuis longtemps compromise, une influence de plus en plus funeste.
Le 15 novembre, il eut une crise qui fit croire à un dénouement prochain. Il se releva cependant et voulut aller chercher, non loin d'Orléans, uù il espérait bientôt revenir, un peu de calme, à Chenonceaux. Une partie de la cour seulement devait l'y suivre.car on attendait de la solitude un apaisement qui devenait tous les jours plus nécessaire. La reine lui prodiguait ses soins avec un dévouement plein de tendresse. Elle relevait son courage, adoucissait ses souffrances, l'entourait d'attentions, et versait dans cette âme triste et sans ressort, des consolations qui la rattachaient à la vie et lui souriaient comme l'espérance. Elle aspirait pour lui à un peu de solitude, comptant pour la peupler, sur son industrieuse affection et attendant du calme de l'esprit une influence salutaire sur le corps.
Le jour du départ, 3 décembre, il fut subitement atteint de frissons et d'une violente douleur à l'oreille. Il venait de se produire un abcès qui envahit rapidement le cerveau et enleva aussitôt tout espoir. Il se rendit compte de sa situation et ne songea qu'à Marie, dont il pressentait la douleur, et dont il entrevit peut-être, à ce moment suprême, les dangers futurs. 11 lui devait toutes les joies de sa vie. Seule, elle lui avait permis de supporter les ennuis de la royauté et d'en remplir les devoirs. Elle lui avait tenu lieu de tout, et par les qualités exquises de son esprit et de son cœur, elle avait suppléé à ce qui manquait à sa nature timide, défiante et mélancolique.
Il loua devant tous ceux qui l'entouraient sa tendresse et son dévouement, la recommanda à la reine sa mère, demanda à ses frères de la traiter comme une sœur, et ce que ses lèvres glacées par la mort ne purent exprimer, son regard l'acheva. « Le 5 décembre, à onze heures de la nuit, écrivait à la reine d'Angleterre, Throckmorton, son envoyé en France ('), le roi a rendu son âme à Dieu, laissant son épouse aussi accablée et désolée qu'elle ajuste raison de l'être. Elle a veillé auprès de lui tout le temps qu'a duré sa maladie; la fatigue de ces longues veilles et surtout l'issue qui les termineront tellement abattue, qu'elle n'est pas elle-même dans le meilleur état de santé, sans que toutefois il y ait danger pour ses jours. »