‹ Marie StuartChapitre 26 sur 107 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

à son égard un langage autre que celui qui est dû à une reine, à une proche parente (x). »

Puis elle discuta de prétendus griefs, et revendiqua son droit de ne pas renoncer à reprendre, dans l'avenir, les armes d'Angleterre qu'elle venait d'abandonner. Elle avait fait, pour le moment, une concession qui lui donnait de grands avantages, puisqu'elle mettait fin à une situation fausse. Elle ne voulait pas se dépouiller de ce qu'elle tenait de sa naissance.

Lorsque Marie préparait son retour en Ecosse, elle ne se faisait pas illusion sur les dangers qui l'y attendaient. Les ambitions particulières de quelques grands seigneurs étaient des obstacles que fortifiait encore l'attitude toujours incertaine et presque toujours menaçante de la noblesse. L'Angleterre était présente partout par ses intrigues et par son or. Elle groupait tous les mécontents, et ceux à qui une régence troublée avait offert de fréquentes occasions de poursuivre la satisfaction de leur orgueil et de leur cupidité, ne voyaient pas sans inquiétude un état régulier et définitif se substituer à une situation mobile et précaire.

t La connaissance parfaite qu'elle avait de ces dispositions réveillait en son âme les plus tristes souvenirs, et la laissait sous le coup des plus cruelles appréhensions. Elle ne voyait dans le passé que la destinée malheureuse de ses ancêtres, presque toujours victimes de leur dévouement à l'intérêt général et au bonheur de leurs sujets. Elle n'entrevoyait dans l'avenir que des inimitiés.des révoltes, des persécutions, des luttes et du sang. Aussi semble-t-elle ne s'arracher qu'avec un profond déchirement à cette terre où s'étaient élevées en son âme de si brillantes espérances, et où, malgré la rupture violente que la mort avait faite, elle se sentait encore si vivement et si universellement aimée.

Après avoir passé quelque temps en Lorraine, où elle aurait eu, dit-on, la pensée de s'ensevelir dans un couvent, elle revint en France. Ses oncles qui lui avaient conseillé de rentrer en Ecosse, où un trône l'attendait, avaient fait régler sa situation. Son douaire fixé à vingt mille livres de rente, lui fut assigné sur la Touraine et le Poitou. Les poètes pleurèrent son départ, le jeune roi Charles IX eut voulu la retenir,et Brantôme dit (2) que <Lsi elle fust demeurée en France, il l'eus: espousée ».

I. V. Lettre de Tkrocknwrton à Elisabeth, 26 juillet 1561. a. Recueil des dames. La rcyne d ' Escosse.

Elle voulut, avant de partir, revoir tous les lieux qui lui rappelaient des souvenirs si doux et si chers. Elle passa deux jours à Fontainebleau, le séjour favori, de François I, où tout rappelle le roi chevalier, où son père avait habité, et qu'elle préférait à toutes les résidences royales.

A Paris, elle visita Catherine de Médicis au château des Tournelles. Elle se savait peu aimée d'elle, soit parce qu'elle l'avait remplacée dans le cœur de François II, soit parce qu'elle avait froissé sa vanité de femme, en rapprochant par jeu d'esprit, plutôt que par malignité, les marchands de Florence des rois d'Ecosse. Mais Catherine devait être aimable pour cette enchanteresse qui s'en allait, et qu'elle n'avait plus à craindre.

Elle quitta Paris le 21 juillet, pour visiter Saint-Germain qui lui rappelait les plus lointains souvenirs. C'est là que reçue à son arrivée en France, elle avait été élevée, et avait senti son âme s'ouvrir à tous les talents, à toutes les joies, à toutes les espérances. La poésie l'y avait bercée de ses enchantements, la vie de toutes ses promesses. Que de douleurs depuis ces douces et touchantes satisfactions du jeune âge! Tout lui souriait alors et elle ne pouvait plus désormais revoir ce passé qu'à travers les larmes et essayer de pénétrer l'avenir qu'à travers les plus douloureuses incertitudes.

Une fête lui fut donnée, avec une magnificence qui semblait un lien de plus pour la retenir, et ne fit qu'augmenter ses regrets. Quand elle comparait cette cour brillante, plus que jamais avide de luxe et de plaisirs, malgré l'orage qui grondait de toutes parts, avec les habitudes simples et les moeurs rudes de l'Ecosse, elle se prenait à sourire tristement. La cour de France l'avait aimée et admirée comme reine et comme femme ; qu'avait-elle à attendre de celle dans laquelle elle était née, et où elle allait porter des habitudes et des goûts qui risquaient de blesser le sentiment national si facilement jaloux ?

Elle passa quatre jours à Saint-Germain, et se dirigea vers Calais a petites journées. Catherine, Charles IX, le duc d'Anjou et le duc d'Alençon l'accompagnèrent à sa sortie du château, et la quittèrent avec des larmes. Elle emportait cent mille écus que le roi lui avait prêtés. Elle comptait sans doute sur l'amour de ses sujets, mais elle voulait pouvoir combattre l'Angleterre avec les armes qu eiie em-

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