‹ Marie StuartChapitre 28 sur 107 · Recueil des dames. La reyne d" Escosse · texte numérisé non relu

Recueil des dames. La reyne d" Escosse

coup à sa veue, s'enfoncer un navire devant elle, et se périr, et la plupart des mariniers se noyer, pour n'avoir pas bien pris le courant et le fond ; ce qu'elle voyant,. s'escria incontinent : Ah ! mon Dieu ! quelle augure de voyage est ceci ! Et la gallère estant sortie du port, et s'estant eslevé un petit vent frais, on commença à faire voile et la chiorme se reposer. Elle, sans songer à autre action, s'appuya les deux bras sur la pouppe de la gallère du costé du timon, et se mist à fondre en grosses larmes, jettant tousjours ses beaux yeux sur le port etlelieud'oùelle estoit partie, prononceanttousjours ces tristes paroles : Adieu France ! adieu France ! les répétant à chasque coup ; et luy dura cest exercice dolent près de cinq heures, jusques qu'il commança à faire nuict, et qu'on lui demanda si elle ne se vouloit point oster de là et souper un peu. Alors redoublant ses pleurs plus que jamais dict ces mots : C'est bien à cette heure, ma chère France, que je vous perds de tout de veue, puisque la nuict obscure est jalouse de mon contentement de vous voir tant que j'eusse peu, et m'apporte un voile noir devant mes yeux pour me priver d'un tel bien. Adieu donc, chère France, je ne vous verray jamais plus. »

Une tradition, que ne peut accepter la critique, lui attribue quelques vers pleins de charme et de mélancolie. L'inspiration en est tout entière dans les mots que Brantôme qui accompagnait la reine, nous a conservés. Meusnier de Ouerlon, né en 1702, mort en 1780, et qui tout en collaborant au Mercure et à la Gazette de France, publia de nombreux ouvrages et quelques vers, s'en est emparé, et a fait ainsi parler le cœur de la reine infortunée :

Adieu, plaisant pays de France,

O ma patrie,

La plus chérie, Qui as nourri ma jeune enfance, Adieu, France, adieu nos beaux jours !

La nef qui desjoint nos amours N'a eu de moi que la moitié; Une part te reste ; elle est tienne : Je la fie à ton amitié, Pour que de l'autre il te souvienne.

Ni le sentiment, ni l'expression ne sont indignes de celle qui regrettait d'autant plus son pays d'adoption, qu'elle pressentait les douleurs et les catastrophes qui allaient l'accabler sur la terre de ses pères.

« Elle voulut se coucher, continue Brantôme, sans n'avoir

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