‹ Marie StuartChapitre 29 sur 107 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

mangé qu'une sallade et me voulut descendre en bas dans la chambre de pouppe ; mais on luy fît dresser la traverse de !a galîère en hault de la pouppe et lui dressa-on là son l;ct • et reposa peu, n'oubliant nullement ses soupirs et laron.es. Elle commanda au timonnier, sitost qu'il seroit jour, s'il voyoît et descouvroit encore le terrain de France, qu'il l'esveillat et ne craignist de l'appeler. A quoy la fortune la favorisa ; car le vent s'estant cessé et aiant eu recours aux rames on ne fist guières de chemin ceste nuict : si bien que le jour paressant, parut encore le terrain de France ; et n'ayant failly le timonnier au commandement qu'elle lui avoit faict, elle se leva sur son lict, et se mit à contempler la France encore et tant qu'elle peut. Mais la gallère s'esloignant, elle ealoigna son contentement, et ne vist plus son beau terrain. Adonc redoubla encore ces mots : Adieu la Fi ance ! Cela est faict. Adieu la France ! je pence ne vous voir jamais plus.

La reine d'Angleterre avait envoyé un escadre à la rencontre de la flottille qui portait la reine d'Ecosse. Cou.me elle était fort bien renseignée par ses espions de France, Marie n'ayant pris d'ailleurs aucune précaution pour cacher son départ, elle pouvait espérer que sa proie ne lui échapperait pas. Son attente fut trompée. La traversée se fit sans mauvaise rencontre et quand on arriva près de la terre d'Ecosse, un brouillard épais obligea de mouiller en pleine mer, et les écueils dont les vaisseaux étaient entourés commandaient une immobilité absolue.

C'est ce qui sauva Marie Stuart. Elle échappa aux Anglais, elle évita les écueils et arriva le 19 août à sept heures du matin devant Leith. Mais elle dut rester la journée tout entière en vue du rivage, les préparatifs pour la réception n'étant pas encore terminés.

Marie dut trouver dans cette lenteur qui aurait pu lui être funeste, si la flotte anglaise avait eu plus d'audace ou de vigilance, un nouveau motif de redouter l'avenir. Il semblait que l'Ecosse ne la reçût qu'à regret.

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