Chapitre swimt
La régence de Marie de Lorraine
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'ARIE STUART avait quitté l'Ecosse dans le mois d'août 1548. Elle y rentrait dans ce même mois, presque au même jour, en 1561. Que s'était-il passé pendant ces treize ans?
La guerre avec l'Angleterre, commencée au mois de mai 1544, continuait, mais sans grande activité. Les secours venus de France en avaient changé les conditions et les effets. Les Anglais chassés de la plupart des positions qu'ils occupaient dans l'intérieur du pays, et même sur la frontière, se prêtèrent à des négociations de paix. La France etrl'Angleterre s'entendirent à Boulogne, le Ier avril 1550, et l'Ecosse fut comprise dans le traité. Le 20 avril, les Anglais avaient quitté l'Ecosse.
Débarrassé de ce danger qui avait comprimé pour un moment les dissensions intestines, le comte d'Arran, régent, montra peu d'énergie et de vigilance. Marie de Lorraine travaillait à le renverser. Elle fit un voyage en France où elle fut reçue par Henri II et sa cour, qui allèrent au devant d'elle jusqu'à Rouen. Elle passa l'hiver à Blois et, à son retour en Ecosse, où les divisions étaient plus vives et plus profondes que jamais, elle essaya de tout pacifier. Le régent avait promis d'abdiquer ; il refusa de tenir sa promesse ; mais menacé d'une enquête sur son administration financière, il se démit en faveur de Marie de Lorraine, à la condition que ses comptes seraient considérés comme apurés (24 avril
Le parti catholique et le parti réformé étaient sous les armes, et chacun essayait d'attirer à lui la régente. Elle parut d'abord favorable aux réformés, parce qu'ils s'étaient montrés les plus décidés à lui confier le pouvoir et les plus disposés à la soutenir. Elle trouva dans cette conduite un calme momentané, car les catholiques, quelle que soit la vivacité de leur foi, ne sont pas des artisans de désordre.
Mais en même temps qu'elle faisait cette avance aux réformés, elle appelait des étrangers aux affaires. Les Français
lui étaient chers et fidèles. Pourquoi ne les aurait-elle pas employés ? La noblesse ne pouvait supporter ce qu'elle considérait comme une atteinte à ses privilèges, comme une violation de ses droits. Des troubles éclatèrent sur les frontières méridionales. La régente les réprima. Us se produisirent au nord. Elle voulut, pour faire face à ces dangers sans cesse renaissants, former une armée permanente. Le mécontentement qu'excita ce projet le lui fit abandonner. Engagée dans la politique de Henri II, elle proposa une expédition en Angleterre, pour seconder les vues delà France. Sa noblesse s'y refusa, comme elle avait refusé de suivre Jacques V. Ainsi tous ses projets et tous ses actes étaient entravés ou arrêtés. Le mariage de la jeune reine avec François II, qui eut lieu à cette époque, fut une diversion. Il ne seconda pas les projets de Henri II et ne répondit pascaux espérances de Marie de Lorraine et des catholiques d'Ecosse.
Marie Tudor, fille de^ Henri VIII était morte sans enfants le 17 novembre 1558. Elisabeth sa sœur, fille d'Anne Boleyn, lui avait succédé, quoiqu'elle eût été déclarée inhabile à régner.
Les protestants dont Marie Tudor avait restreint les libertés, conçurent les plus grandes espérances, en voyant monter sur le trône Elisabeth, qui, sans doute, n'avait pas encore formellement embrassé la Réforme, mais qui se montrait favorable à ses partisans et ne pouvait pardonner aux catholiques d'avoir contesté sa légitimité. Elle s'appuya sur les réformés de France et d'Ecosse, et dans une haine commune contre la France, s'unit à Philippe II, qui songea un moment à l'épouser, et défendit sa cause lorsque le pape menaça de l'excommunier. Ce rapprochement menaçait à la fois la France et l'Ecosse.
La guerre était lourde pour tous, et nulle puissance n'avait intérêt à la continuer. Après de longues négociations, et grâce aux concessions faites par Henri II, le traité de Cateau- Cambrésis fut signé le 2 avril 1559. Il mettait fin à la lutte entre Philippe II et Henri II. Un second traité, ratifié par Marie Stuart et François II, régla tous les différends entre l'Angleterre et l'Ecosse.
Mais l'entente ne fut pas de longue durée. Henri II avait fait prendre à Marie Stuart le titre de reine d'Angleterre. Ce n'était pas fort dangereux pour Elisabeth qui portait ellemême, sans nous inspirer de l'ombrage, le titre de reine de
France; mais il ne lui fut pas difficile, parce qu'elle y eut intérêt, à exciter l'amour-proprc anglais. L'intervention en Ecosse fut décidée, non d'une manière ouverte et par les armes, mais hypocritement, par l'appui donné aux mécontentements et les secours envoyés à la révolte.
La Réforme avait fait deux nations dans un même peuple, et donné un aliment inépuisable aux vieilles animosités de Clans. Une démonstration menaçante fut faite, dans son palais même de Holyrood, contre la régente, à la suite de la sommation qu'elle avait adressée à un des apôtres du protestantisme, de venir rendre compte de sa doctrine dans une assemblée du clergé. Elle montra de la présence d'esprit et du courage, essaya de calmer l'irritation des fanatiques qui voyaient en elle une ennemie et retira ses ordres.
Chacune de ces concessions était un encouragement à la révolte. Le Ier septembre, jour de la fête de saint Gilles, patron d'Edimbourg, la procession traditionnelle fut troublée, la statue renversée et le clergé mis en fuite. On n'osa rechercher les coupables. Cette impunité les enhardit, et, pour se fortifier par une étroite solidarité, ils signèrent un covenant par lequel ils s'engageaient devant Dieu à travailler de toutes leurs forces et par tous les moyens, à établir dans l'Ecosse « la vraie parole du Christ ».
Les signataires de cette convention furent appelés le? lords de laCongrégation; ils poursuivirent immédiatem^n* l'exécution de la promesse qu'ils avaient faite. Dès lors, leur main est dans toutes les agitations et les troubles. Ils décidèrent que le livre de prières rédigé en Angleterre sous Edouaid VI serait lu dans les églises, et que les curés qui s'y reflueraient ou s'y opposeraient, seraient aussitôt remplacés par les personnes les plus considérables de la paroisse.
C'était une atteinte directe à l'autorité, car le catholicisme était la religion de l'État, et on violait ouvertement la loi, en lui imposant des conditions contraires à sa discipline. La régente voulut faire un exemple et fit saisir un vieux curé apostat qui fut brûlé.
On exploita cet acte qui avait pour but d'intimider l'audace de la Réforme, et qui eut pour effet de l'irriter et de lui donner des partisans. ,
Les lords de la Congrégation, devenus plus audacieux, présentèrent à la régente des remontrances contre les persécutions, et un plan de réforme qui bouleversait l'Ecosse.