‹ Marie StuartChapitre 32 sur 107 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Elle destitua les magistrats qui ne s'étaient pas opposés aux scènes brutales qui avaient ensanglanté la ville, et cette punition juste et modérée fut considérée comme une violation de ses promesses. Le comte d'Argyle et James Stuart l'abandonnèrent , entraînant par leur exemple de nombreuses défections de la noblesse. Une nouvelle armée fut aussitôt formée, et des scènes de désordre, de violence et de meurtre désolèrent l'Ecosse. De nombreuses viïles tombèrent au pouvoir des révoltés, et le 29 juin 1559, Edimbourg leur ouvrit ses portes.

La régente avait trouvé un refugedans lechâteaudeDunbar.

Malgré ces succès, les lords de la Congrégation n'étaient pas rassurés. On se réunissait volontiers contre le souverain, mais on ne s'entendait plus dès qu'il fallait obéir à une discipline et suivre un projet. Ils demandèrent le secours de l'Angleterre toujours disposée à les seconder dans leurs révoltes. Sur les conseils de lord Cécil, qui se servait d'eux pour le succès de ses vues, ils s'adressèrent directement à la reine. Lord Cécil dont la politique louche et tenace poursuivit pendant quarante ans (de 1558a 1598) la réunion de l'Ecosse à l'Angleterre et ne recula devant aucun moyen pour s'approcher de son but et l'atteindre, espérait ainsi mettre fin à ses incertitudes. Elisabeth n'en fut pas moins mobile et hypocrite dans son langage et sa conduite. Elle ne désavoua pas son ministre, mais elle ne voulut rien faire, ni laisser faire, qui pût engager sa responsabilité.

La régente se préparait cependant à l'action. Par une proclamation habile signée delà reine, elle sema la division dans les rangs des lords de la Congrégation, et prépara la défection de la plus grande partie de la noblesse. Puis elle marcha sur Edimbourg qui capitula. Les réformés obtinrent la liberté du culte et^s'engagèrent à s'abstenir da toute violence contre les gens d'Église.

Ils ne furent sincères ni dans les dispositions qu'ils avaient montrées, ni dans les engagements qu'ils avaient pris. Cécil les encourageait à une nouvelle tentative d'insurrection, et étendit ses intrigues dans toutes les parties du royaume. En même temps, Elisabeth écrivait à la régente une lettre des plus affectueuses, blâmait vivement toute insurrection, et promettait de faire prompte justice de ceux des siens, sujets ou ministres, qui auraient trempé dans ces menées coupables.

En même temps (8 août 1559), elle envoyait Ralph Sadler avec une armée pour réprimer les désordres qui s'étaient produits sur les frontières. C'était un démenti à ses protestations, un encouragement et un appui à la révolte.

La régente avait reçu des secours de France, mais le danger était plus grand que jamais. L'armée révoltée ne comptait pas moins de douze mille hommes. Elle s'empara d'Edimbourg et déclara la déchéance de la régente.Marie de Lorraine avec une petite armée de vétérans français et écossais était enfermée à Leith, dont elle avait augmenté les défenses. On essaya vainement de l'y surprendre. Cet échec et la perte d'une somme considérable envoyée d'Angleterre pour entretenir la révolte et saisie par le comte de Dothwell sur le laird d'Ormiston, amenèrent un découragement que complétèrent deux sorties heureuses de la place.

L'armée révoltée s'enfuit jusqu'à Stirlîng. La régente rentra dans Edimbourg, et ne se départit pas de la modération qui lui avait si mal réussi jusqu'alors. Les lords de la Congrégation en profitèrent.

Ils avaient proclamé, au nom de François II et de Marie Stuart, la déchéance de la régente. Quelques compagnies françaises furent envoyées contre eux à Stirling où ils s'étaient concentrés. Ils s'enfuirent et se dispersèrent ; mais l'intervention ouverte de l'Angleterre changea bientôt la face des affaires. Une flotte anglaise avait paru, le 23 janvier, dans le Forth. Elle y avait commis des actes de piraterie contre les vaisseaux écossais et menacé les troupes royales. L'amiral Winter, malgré ces actes significatifs, n'en avait pas moins déclaré qu'il agissait sans commandement de la reine. En même temps, le duc de Norfolk, placé à la tête de l'armée de la frontière, concluait avec les lords de la Congrégation le traité de Berwick, par lequel ils livraient leur pays à l'Angleterre.

Elisabeth prenait sous sa protection le royaume d'Ecosse, et lui assurait les moyens de chasser les Français. Les lords s'engageaient à ne pas s'allier à la France, à ne pas conclure la paix sans l'agrément de l'Angleterre et à l'aider contre ses ennemis. Ils avaient ajouté, pour faire taire les derniers scrupules d'une loyauté perdue, qu'ils continueraient à garder leur fidélité au roi et à la reine dans tout ce qui ne serait pas contraire aux lois de l'Ecosse (27 février 1560).

La France avait envoyé une flotte sous les ordres du mar-

Page 1