‹ Marie StuartChapitre 33 sur 107 · CHAPITRE SIXIÈME. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. S

quis d'Elbcuf, frère de Marie de Lorraine. Elle fut dispersée au moment où elle quittait les côtes de France et détruite par les tempêtes. François II qui aurait voulu éviter tout ce qui pouvait ajouter aux embarras de son gouvernement^ proposa de retirer la plus grande partie de ses troupes si Elisabeth rappelait Winter.

Après avoir publié le 24 mars, sous le titre de déclaration de paix, un manifeste qui annonçait la guerre, elle fit franchir la frontière par une armée de six mille hommes de pied et de deux mille chevaux. Huit mille soldats de la Congrégation la rejoignirent à Preston, mais ne lui apportaient qu'un faible secours, leur engagement ne devant pas dépasser vingt jours, sur lesquels douze étaient déjà écoulés. Elisabeth hésitait, et la France offrait de négocier. Les lords s'irritaient, l'Espagne voyait avec inquiétude des projets qui, en accroissant la puissance de l'Angleterre, auraient fait obstacle à son influence en Europe, et la diplomatie intervint dans des affaires qui, par elles-mêmes, offraient déjà assez de difficultés et d'embarras.

L'évêque de Valence, Montluc, envoyé à la régente par François II parvint enfin à Edimbourg après avoir été retenu assez longtemps à Bervvick. La régente avait le cœur au-dessus de sa situation, mais elle était environnée de dangers. Malgré de nombreuses déceptions, elle préférait toujours les négociations à la lutte, et espérait, à force de concessions, réduire ses ennemis à l'impuissance. On accorda aux lords de la Congrégation la démolition du port de Leith et le renvoi de tous les Français, mais ils ne consentirent, en échange, à aucune concession.

L'ordre arriva d'Angleterre de presser le siège de Leith, où était enfermée la plus grande partie de l'armée française qui se composait de quatre mille hommes. L'attaque, vivement menée, eut, pour l'armée anglaise, des résultats désastreux. Les négociations reprirent alors, et la France s'y prêta d'autant plus volontiers qu'elle ne pouvait plus faire d'autres sacrifices pour l'Ecosse, et que cette petite et vaillante armée devait finir par succomber sous le nombre. Elisabeth, de son côté, avait hâte de cacher son désappointement et sa honte. Elle chargea lord Cécil, qui avait préparé la guerre, de travailler au rétablissement de la paix.

Au moment où les plénipotentiaires arrivaient à Edimbourg, la régente venait de mourir. Sa vie n'avait été qu'un

tissu d'ennuis, d'angoisses et de douleurs. Elle avait vu Jacques V succomber prématurément, victime des intrigues et du lâche abandon delà noblesse, sa fille Marie transportée à six ans en France, parce que son royaume n'était pas pour ville un asile assez sûr, le désordre maître de toutes les parties de l'Ecosse, et toutes les mesures qu'elle prenait pour ramener l'ordre et rétablir la paix, mal interprétées et traversées par des oppositions coupables. Sa bonne volonté avait été impuissante, sa bonté méconnue, sa générosité outragée.Elle mourut chrétiennement, pardonnant à tous, répondant à l'indifférence par des témoignages d'affection, à la trahison par la confiance. Ses vertus privées lui avaient assuré l'estime même de ses ennemis, qui, en la combattant, n'osèrent l'outrager, et si elle laissa à sa fille un royaume agité par les factions, c'est que ses efforts et son dévouement s'étaient brisés contre un ennemi extérieur puissant et un ennemi intérieur capable de toutes les bassesses et de tous les crimes (Hjuin 1560).

Elisabeth, toujours incertaine et versatile, désirait moins la paix lorsque les plénipotentiaires furent réunis à Edimbourg. Aussi Cécil montra-t-il dans les négociations autant de mauvaise foi que de ténacité. Il obtint que le traité de Berwick fût reconnu, et apaisa les scrupules des plénipotentiaires écossais, en reconnaissant que c'était par pure grâce et pour faire plaisir à la reine d'Angleterre ; il espérait bien pouvoir tirer parti de cette concession, et il n'est pas étonnant qu'il se soit vanté, après ce succès, d'avoir « gardé le noyau en laissant à ses adversaires la coquille pour jouer».

Il y avait d'autres articles par lesquels on avait prétendu résoudre toutes les difficultés. L'Ecosse devait être évacuée par les soldats étrangers, et la convocation des Etats faite par une commission royale. Un conseil de gouvernement, formé de cinq membres choisis par les Etats et de sept nommés par la reine, serait instituée. Les étrangers étaient exclus des grandes charges, et les lords de la Congrégation remis en possession des biens qu'ils avaient en France. Les ecclésiastiques recevaient la promesse d'être protégés et d'obtenir des compensations pour les pertes qu'ils avaient éprouvées et les biens qui ne leur seraient pas rendus.

Il ne fut pas question du nouveau culte, soit que les plénipotentiaires n'en eussent aucun souci, soit que, plutôt confiants en leurs forces, dès que l'armée française serait

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éloignée, les lords de la Congrégation jugeassent inutile de rien stipuler.

L'article le prus important pour Elisabeth, celui qui frappait le plus directement la reine d'Ecosse, était celui qui lui interdisait « de porter les armes de l'Angleterre dans tous les temps à venir ». C'était une véritable abdication si elle acceptait ; et de quelques commentaires qu'elle eût été entourée, afin que la portée en fût déguisée, cette stipulation du traité d'Edimbourg, qui était pour Elisabeth le traité tout entier, pesa cruellement sur Marie Stuart. (6 juillet 1 560.)

Le premier août.les lords de la Congrégation s'assemblèrent en parlement, sans avoir été convoqués. La composition de l'assemblée ne fut pas moins arbitraire. Il suffit pour y être appelé, même pour la plus petite noblesse, d'avoir embrassé la réforme. Aussi, la réunion fut-elle nombreuse et passionnée. Par un reste de respect, ou par dérision, l'épée, la couronne et le sceptre déposés sur le trône, représentaient la reine absente. En se contentant du simulacre de la royauté, on s'essayait à de plus cruels outrages.

Si la question religieuse avait été éloignée du traité, elle se produisait dans le parlement avant toutes les autres. Une pétition lui fut présentée contre l'Eglise romaine. Elle était pleine d'injures, d'accusations et de violences.

La pétition fut acceptée dans son esprit et ses demandes, sauf pour ce qui était relatif aux biens temporels. Les ministres les réclamaient pour l'entretien du culte, les écoles et les pauvres. La noblesse qui s'en était attribué la plus grande partie, prétendait bien ne pas se laisser dépouiller.

La confession de foi rédigée par les ministres fut acceptée presque sans discussion. Le culte des saints, la messe et le pouvoir suprême du pape furent abolis. La confiscation, le bannissement et la mort devaient punir ceux qui oseraient encore défendre ou pratiquer ces « erreurs pestilentielles».

Le livre de discipline qui établissait l'élection des ministres par le peuple et leur surveillance par dix surintendants, provoqua une vive opposition. Pour organiser l'Église nouvelle, il fallait de l'argent, et ceux qui s'étaient approprié les biens et les revenus du clergé catholique n'étaient nullement disposés à les rendre. Le seul résultat de cette proposition fut d'achever la spoliation des dignitaires catholiques qui, jusqu'à ce moment, avaient échappé à la confiscation et aux violences.

Le parlement prononça l'oubli pour tous les actes des dernières années, ce qui n'était indifférent pour aucun de ses membres, ratifia le traité de Berwick, et après avoir formé la liste des vingt-quatre membres parmi lesquels devaient être choisis les douze conseillers du gouvernement, fit offrir à Elisabeth la main du comte d'Arran. Le nls de l'ancien régent était l'héritier présomptif de la couronne d'Ecosse, et Marie Stuart retenue en France, ou détrônée, ce mariage opérerait sans difficulté, au profit de l'Angleterre, la réunion des deux couronnes.

Ces actes du parlement furent soumis à François II et à Marie Stuart avec les stipulations du traité d'Edimbourg. C'était une insulte à la royauté, car on lui demandait de ratifier ce qui avait été fait contre elle. En cette circonstance, d'ailleurs, comme dans toutes les autres, les rebelles voulaient bien profiter des avantages que leur attribuaient les conventions du traité, mais ils se gardaient bien d'en accepter et d'en remplir les obligations.

Le refus de Marie provoqua des plaintes aussi vives que peu sincères d'Elisabeth. Elle chargea son ambassadeur Trockmorton de lui manifester un étonnement qu'elle n'éprouvait pas. Déjà le cardinal de Lorraine avait répondu avec fermeté aux premières ouvertures, sans se laisser égarer par des apparences, ni tromper par des protestations. La reine discuta avec l'ambassadeur, et ne se montra ni moins clairvoyante sur les intentions de ses sujets et la politique d'Elisabeth, ni moins décidée à ne rien abandonner de ses droits. Trockmorton échoua complètement dans sa mission.

Cependant le prieur de Saint-Jean, envoyé vers Marie Stuart en même temps qu'une ambassade solennelle, se rendait auprès d'Elisabeth, était arrivé à Paris avec une mission du parlement. La reine le reçut avec bonté et refusa de ratifier le traité d'Edimbourg et les actes qui l'avaient suivi, dans une assemblée réunie sans sa permission. Le roi lui remit une lettre convoquant le parlement, et renvoya à cette assemblée légale J'examen de toutes les questions qui avaient été soulevées en Ecosse.

Quelques jours après, François II mourait à Orléans, et Marie avait à supporter seule tout le poids d'une redoutable situation.

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