Chapitre septième
Marie Stuart en Ecosse,
ARIE avait alors dix-neuf ans. Sa taille était
M grande, souple, élégante. Elle avait le front haut,
H>> les traits réguliers et doux, le nez d'une finesse qui rappelait l'origine lorraine. Ses yeux grands, bruns, baignés d'humidité,respiraient la douceur et lançaient des éclairs. Un sourire charmant illuminait son visage, et lui donnait une irrésistible séduction.
L'expression de ses traits était mobile et reflétait, comme un miroir sans tache, les divers sentiments qui traversaient son âme. Elle avait de magnifiques cheveux d'un blond cendré, qui adoucissaient encore l'expression générale de sa physionomie.
Sa démarche fut comparée par l'imagination poétique de la cour de France à celle d'une déesse. Elle avait une majesté simple et une élégance aisée. On se sentait frappé d'admiration en présence de cette beauté sans prétention et l'on restait sous la domination volontairement subie de cet attrait tout-puissant.
La culture qu'elle avait reçue des meilleurs maîtres en France, développa de bonne heure les rares qualités de son esprit, et le commerce des savants, des érudits et des poètes compléta ce premier travail.
Elle était sensible au langage de la poésie et elle savait le parler. Son imagination riche et active tenait de sa double patrie, empruntant à chacune ce qu'elle avait de meilleur dans son originalité pleine de force et sa légèreté séduisante. Elle avait ce goût délicat que donnent une justesse naturelle de jugement et une sensibilité exquise, et qu'épure le contact aimé des productions intellectuelles les plus diverses et les plus parfaites. Ses vers sont aisés, sa prose est vive, légère, imagée, empreinte d'un laisser-aller qui n'est jamais de la négligence, et d'une correction qui, sans rien enlever au naturel, ne laisse aucune place à la prétention.
Son coeur était ouvert à toutes les nobles inspirations. Il aimait ce qui était grand, appréciait ce qui était beau et
pouvait s'élever à la hauteur de tous les héroïsmes. Tout lui sourit jusqu'au moment où la mort lui enleva François II, et elle fut submergée des joies de la vie, avec Une telle persistance, qu'elle ne songea pas à se prémunir contre ce qui pourrait obscurcir ce ciel et y précipiter des orages.
Elle était tellement éloignée de toute duplicité, tellement ennemie de tout mensonge, tellement dévouée à tous, qu'elle ne pouvait croire ni à la dissimulation, ni à la trahison, ni même à l'indifférence. Elle fut confiante jusqu'à la duperie, et clémente jusqu'à l'excès. La clairvoyance ne lui faisait pas défaut, mais si elle lui révélait ce qui était tramé contre elle, elle ne l'armait ni pour l'attaque, ni pour la défense. Elle était capable de voir ce qu'il fallait faire, et les promptes décisions convenaient à la trempe de son esprit, mais sa docilité aux conseils de ceux qui l'entouraient, et dont plusieurs simulaient l'affection, afin de la mieux tromper, lui enlevait bientôt tout le bénéfice de son premier mouvement. Avec cette naïve confiance et cette facilité à se laisser désarmer, elle devait devenir le jouet de toutes les intrigues et la victime d'une politique astucieuse.
Elle était généreuse jusqu'à la prodigalité, et aimable jusqu'à faire oublier le don pour ne laisser voir que la bienfaitrice.
Elle aurait été désespérée de se montrer ingrate ou indifférente pour le plus modeste de ceux qui l'entouraient, et elle payait sans mesure les services qu'elle avait reçus. Personne n'oublia plus facilement et plus complètement les injures. «Je pardonne.mais je n'oublie pas,» disait son arrièrepetit-fils, Charles II. Elle pardonnait, elle oubliait, et incorrigible dans cette bonté, elle fut la dupe et la victime de ceux envers qui elle avait montré le plus d'abandon, de confiance et de bonté.
La piété de ses jeunes ans s'était fortifiée avec l'âge. Elle avait besoin d'expansion, et son cœur qu'elle ouvrait avec amour devant Dieu, trouvait une joie infinie à le faire le confident de tout ce qu'elle éprouvait, de son bonheur et de ses inquiétudes, de ses craintes et de ses espérances. La prière fut en tout temps sa force. Elle y recourait au milieu des fêtes de la cour, dans les appréhensions que faisait naître la santé toujours chancelante du jeune roi dont elle fut l'ange consolateur, pendant les angoisses d'un règne marqué par d'affreuses tragédies et de cruelles accusations, pendant les