‹ Marie StuartChapitre 35 sur 107 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

tortures d'une captivité qui la détachait, tous les jours de la terre, et à ce dernier moment où se trouvant seule devant la mort, elle la regarda sans pâlir, s'y prépara avec la tranquillité d'une conscience sûre d'elle-même, et la reçut avec le sourire de l'espérance.

Elle était attachée de toutes les forces de son cœur et de sa volonté à la religion catholique. Elle avait vu, dès son enfance, avec quelle mauvaise foi et quelle ténacité elle était attaquée dans ses dogmes, sa morale, son organisation et son culte. Par la conviction de ses premiers ans et une éducation solide, par amour de la vérité, et aussi par ce sentiment des nobles âmes qui les attache invinciblement à ce qui est calomnié, elle avait donné à l'Église toute son affection et elle la lui conserva.

L'intérêt lui donna plus d'une fois des conseils de lâche abandon et des tentations, sinon d'apostasie, du moins de tolérance ; il n'y eut pas un moment d'hésitation en elle. L'Église était sa mère, et l'amour qu'elle lui avait donné, elle ne le retira jamais. La politique la poursuivit, la haine personnelle, une haine de femme et de sectaire, lui fit essuyer les plus cruelles tortures, mais ce qui arma le plus obstinément contre elle le bras de la noblesse d'Ecosse et de la reine d'Angleterre, ce fut la fidélité à sa foi. Elle y demeura résolument attachée, et ce fut le tourment de sa vie et la cause de sa mort. C'est ce qui fait l'unité d'une existence cruellement torturée, la grandeur de sa touchante physionomie et la gloire de son martyre.

Un souverain vigoureusement trempé par la nature, préparé par une éducation spéciale aux exigences redoutables de la politique, et assuré du concours dévoué de ses sujets, aurait eu bien de la peine à résister aux attaques dont Marie Stuart fut l'objet, et à triompher des difficultés accumulées contre elle. Que pouvait une femme, admirablement douée, il est vrai, mais à qui son sexe seul créait une infériorité manifeste ? Elle avait des qualités aimables ; c'était une raison pour qu'on la redoutât moins. L'incomparable droiture de son caractère ne lui permettait pas la défiance ; on devait en abuser. Elle croyait à l'ascendant supérieur de la loyauté, de la justice et de la vérité, on sut l'envelopper d'intrigues, de subterfuges et de trahisons.

Il lui manquait cette énergie persévérante qui seule peut soutenir l'autorité et assurer son triomphe. Elle n'avait ni la

prudence qui prévoit le danger, ni la pénétration qui permet de lire dans les volontés humaines et de se soustraire à leurs pièges. Sa sagacité n'était pas à la hauteur de son esprit, et son insouciante bonté rendit la trahison facile.

Non seulement, elle put être trompée, mais elle donna à ses ennemis l'avantage de leur fournir des armes contre ellemême et de se faire la victime des apparences.Pendant qu'avec un abandon imprévoyant, elle laissait les ligues s'organiser et les complots se tramer autour d'elle, l'opinion la méconnaissait, et, vaincue de son vivant, elle devait trouver de faciles et cruels accusateurs après sa mort. Ses qualités elles-mêmes se sont tournées contre elle, et ce qui devait l'excuser ou la justifier a donné une apparence de justice à la condamnation.

Les circonstances au milieu desquelles s'est passée sa vie ont été plus fortes que sa volonté, et supérieures aux qualités qui distinguaient la femme et la reine. Chez un autre peuple, dans un temps moins violemment troublé, elle aurait laissé de son règne une trace bénie, et si elle n'eût pas donné à ses sujets la gloire des combats elle leur eût, du moins, assuré le bonheur qui résulte d'un gouvernement honnête et juste.

Cette existence inquiète et malheureuse , ces brusques retours de fortune, ces malheurs que l'Europe ne connaissait pas, dans les races royales, et qui provoquèrent sa sympathie, sans déterminer son intervention, tout cela tenait à des causes qu'il importe d'exposer, afin qu'on ne se méprenne pas sur la portée des événements, et que l'on ne soit pas disposé à faire remonter jusqu'à Marie Stuart une responsabilité qu'elle ne doit assumer qu'en partie. > .

Trois causes générales expliquent son histoire : l'Ecosse et les dispositions de sa noblesse, le protestantisme et la révolution qu'il opéra dans toutes les classes de la société, la politique de l'Angleterre et la haine personnelle d'Elisabeth pour celle qui devait lui succéder, et qui restait fidèle à l'Eglise.

Située à l'extrémité septentrionale de l'Europe, l'Ecosse a 400 kilomètres du nord au sud, et 245 dans sa plus grande largeur. Elle n'est pas peuplée proportionnellement à son étendue. De hautes montagnes la coupent de l'est à l'ouest, du nord au sud, et forment de nombreuses vallées qu'occupent des lacs et que couvrent de riches pâturages.

Les bords en sont extrêmement découpés, les golfes nombreux, et les fleuves abondants rendent faciles les communications.

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