‹ Marie StuartChapitre 37 sur 107 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

l'homme de cour, joignait la ruse et l'audace de l'homme de guerre ; Andrew Karr de Faudeuside qui ne reculait devant aucune violence ; Kirkaldy de Grange, qui savait décider au combat et entraîner par son exemple les plus incertains ; mais au-dessus de tous s'élevait par sa situation, par son audace, par l'absence de tout scrupule, par une ambition effrénée, James Stuart plus connu sous le nom de Murray.

Fils naturel de Jacques V, il aspira de bonne heure à jouer un grand rôle. Prieur de Saint-André dès son jeune âge, il avait suivi Marie Stuart en France. Il avait alors dix-sept ans, et s'était entouré d'un groupe déjeunes gens qui, comme lui, voyaient dans la Réforme, moins un progrès religieux, qu'une arme pour acquérir la fortune et le pouvoir. Lorsque Marie de Lorraine prit la régence, le 24 avril 1554, des mains du comte d'Arran, que Henri II avait fait duc de Chatellerault, James Stuart devint l'inspirateur du duc d'Argyle, chef de l'un des deux partis qui divisaient alors le royaume. Venduà l'Angleterre,dont il recevaitune pensiondepuis 1552, il se servaitde la religion commed'un masque propre à cacher son ambition et à dissimuler ses coupables espérances. Il devint bientôt au point de vue politique, la tête du parti réformé, et acquit une grande influence morale, grâce à une austérité qui faisait croire à sa vertu, et à la lecture habituelle de la Bible, qui lui donnait l'extérieur et le langage d'un prophète.Il fit partie de la commission chargée d'aller négocier en France les conditions du contrat de mariage de Marie Stuart. Il signa le covenant d'Edimbourg et sut tirer parti, pour ses projets, des engagements pris par les lords de la Congrégation. Il avait une dissimulation profonde, des apparences de vertu et de grands vices.

Rien ne lui coûta pour devenir le maître du royaume.Marie avait pourluide l'affection, et elle croyait pouvoir compter sur des protestations de fidélité plusieurs fois et solennellement renouvelées. Personne plus que lui ne la desservit auprès du peuple,personnen'encouragea plus perfidement ladésaffection et ne sema plus habilement la calomnie. Il fut d'autant plus redoutable que la faiblesse confiante delà reine persista plus longtemps dans un aveuglement que tout concourait à dissiper.

Parmi ceux qui contribuèrent le plus efficacement à la chute de Marie Stuart, le premier rang appartient à Murray, et c'est lui qui lui devait le plus entier dévouement.

Le ' second danger que le pouvoir royal avait à redouter, c'était la Réforme. L'Ecosse, par sa haine contre l'autorité, était disposée à la recevoir. L'Église avait été, malgré elle, compromise par la faiblesse des rois qui distribuaient les dignités ecclésiastiques à des hommes que rien n'avait préparés au saint ministère. Les couvents qui avaient été l'asile de la prière et de la science, s'étaient laissé envahir par la richesse. L'ignorance était commune dans les divers rangs de la hiérarchie, et la corruption l'avait accompagnée. Aussi, le peuple avait-il perdu la simplicité et la fermeté de sa foi. L'exemple venu d'en haut ne pouvait que l'entraîner ou le décourager.

La noblesse, avec ses habitudes de révolte.devait embrasser avidement une réforme qui n'était qu'une négation de toute autorité. En se séparant du catholicisme, elle croyait, d'ailleurs, avoir acquis le droit de se partager ses dépouilles. Or, plus l'Église était riche, plus il y avait intérêt à la considérer comme une ennemie. Aussi, en se proclamant membres de l'Église nouvelle, les seigneurs se précipitaient-ils comme sur une proie, sur les biens des évêchés, des couvents, des paroisses et des institutions charitables. Lorsque chacun eut pris ce qu'il pouvait atteindre, il se trouva singulièrement fortifié dans sa foi. Elle lui permettait de garder ce qu'il avait pris.

Jacques V, par la sévérité, avait comprimé quelque temps les tendances à la défection. Le comte d'Arran avait encouragé les novateurs ; Marie de Lorraine s'était montrée tolérante par faiblesse ou par calcul. Le nombre des réformés avait rapidement acquis les proportions les plus inquiétantes. Des rapports fréquents avec l'Angleterre, la France et l'Allemagne alimentaient le zèle et excitaient les appétits. Dans ces trois États, le protestantisme avait provoqué des troubles, entretenu la rapine et amené de fructueux pillages. Pourquoi n'aurait-on pas tenté ce qui réussissait si bien ailleurs ?

Il fut donné à un homme d'être l'apôtre ardent, infatigable et sans scrupule de l'idée nouvelle. Knox, né en 1505, allait entrer dans l'Église.lorsqu'il renonça brusquement à ce ministère vers lequel semblait l'entraîner une irrésistible vocation. Le pamphlet fut son arme et il s'en servit avec autant d'habileté que de passion. Sa parole imagée, puissante, remplie de souvenirs bibliques et d'une poésie orientale, frappait vivement les foules. On accourait de toutes parts pour l'en-

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