CHAPITRE SEPTIÈME
lassa jamais, comptant sur les richesses qu'elle donne et la puissance qu'elle assure, pour établir la grandeur de l'Angleterre.
Tout ce qui pouvait affaiblir ses ennemis et ses rivaux lui tenait à cœur. Sa main était dans toutes les intrigues dirigées par des sujets rebelles contre la tranquillité des États,et plus elle avait le sentiment élevé de l'autorité pour ce qui la regardait, plus elle s'efforçait de l'affaiblir ailleurs. Les conspirateurs de France trouvèrent toujours en elle un appui, et les rebelles d'Ecosse furent conseillés, encouragés, soutenus et excités par les hommes d'état interprètes de ses volontés et instruments de sa politique.
Indifférente au point de vue religieux, elle se servit de la Réforme comme d'un levier propre à ébranler les gouvernements les plus forts. Le fanatisme froid et calculateur qui lui inspira les actes les plus déloyaux et les attentats les plus criminels, s'allia facilement chez elle à un scepticisme hautain. Nulle cruauté ne lui coûta pour établir l'Église nouvelle dont elle voulut garder la direction ; nulle atteinte au droit des gens ne lui parut condamnable, lorsqu'elle pouvait aider à l'accomplissement de ses projets.
Elle eut pour Marie Stuart une haine que la justice n'arrêta jamais, et que la pitié n'effleura même pas. Elle poursuivait en la reine d'Ecosse une beauté qui l'irritait, des qualités qui éclipsaient les siennes, et une foi qu'elle sentait inébranlable. La sincérité religieuse de Marie condamnait trop ses démonstrations équivoques et fausses.
Elle ne pouvait supporter la pensée que les droits du sang feraient après elle Marie Stuart l'héritière du trône d'Angleterre.
Par une étrange inconséquence, au moment même où elle abaissait la dignité royale par ses encouragements aux rebelles, par une atteinte criminelle aux droits souverains d'une voisine indépendante,par la longue et cruelle captivité qu'elle imposait à Marie Stuart, et enfin par une mort inique, elle demandait le respect pour l'autorité. Elle voulait la mettre au-dessus des attaques et des discussions des sujets. Elle ne souffrait ni une injure à un dépositaire du pouvoir, ni une attaque par le livre ou la parole contre ses actes, ni un oubli des exigences de l'étiquette
La persécution hypocrite et tenace lui souriait, parce qu'elle espérait n'en être pas compromise. Plus elle était
l'esclave de passions honteuses, plus elle eût voulu en convaincre sa rivale. La vérité lui importait aussi peu à cet égard que pour tout le reste, et la calomnie la plus éhontée ne lui répugna jamais. En accusant, en faisant accuser par des pamphlets sa rivale de désordres imaginaires, elle comptait assurer la foi en sa virginale pureté. Elle croyait gagner ainsi tout ce qu'elle enlevait à la reine d'Ecosse.
Si elle poursuivit en elle la femme et la reine, elle tenait surtout à se venger de la fermeté avec laquelle elle était restée invinciblement fidèle à l'Église. Elle la persécuta, elle la calomnia, elle la tua en haine de la religion, et si ce fut pour elle devant Dieu et l'impartiale histoire, le plus grand de ses crimes, c'est pour Marie Stuart une gloire, que rien ne put lui arracher, puisqu'elle dut à ces injustices, à ces violences et à ces crimes, le titre inestimable de martyre.
Costume de lady et de paysanne au temps de Marie Stuart.
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