‹ Marie StuartChapitre 42 sur 107 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

chambre, il estoit mort... Ce tour faict à son aumosnier, elle en vint si triste et faschée qu'elle dict : Voilà un beau commancement d'obéissance et de recueil de mes subjects ! Je ne scay quelle en sera la fin ; mais je la prévois très mauvaise (I). » Elle ne se trompait pas.

L'impression produite sur les Français qui l'avaient accompagnée fut si triste, qu'ils parlaient de s'en retourner immédiatement.

Ils parurent cependant à la fête qui fut donnée dans le palais de Hoiyrood. Leur magnificence, l'élégance de leurs costumes, l'aisance de leur maintien, le charme de leur personne provoquèrent une admiration mêlée d'envie. Marie oubliant ses ennuis, ses tristesses et ses pressentiments de la veille, rayonnait de joie. Ce cortège de la France noble, aimable et spirituelle, égaré dans ces régions lointaines, au milieu d'une noblesse plus occupée d'intrigues que d'hommages à la royauté, était digne d'elle. On y remarquait trois de ses oncles, princes de Lorraine, le grand prieur, le duc d'Aumale, le marquis d'Elbeuf, le maréchal de Damville, fils du connétable de Montmorency, Castelnau de Mauvissière, souple et honnête, Chastelard, brillant et vain, qu'attendait, après des folies, une mort prématurée, Strossi, qui représentait peut-être Catherine de Médicis, intéressée à tout savoir, Brantôme le curieux observateur et le chroniqueur pittoresque des événements de son temps, la Guiche, loyal, entreprenant, brave et digne de la confiance de François de Guise, enfin, la Noue, qui se donna tout entier à la Réforme.

Marie, par sa bonne grâce, sa présence d'esprit et ses attentions délicates, avait conquis tous les suffrages. Mais le charme ne pouvait être de longue durée. Les imaginations mobiles et les esprits amoureux de la nouveauté adorent et maudissent, élèvent et renversent avec la même facilité. Elle aurait voulu voir le chef du protestantisme Knox, dont elle savait la puissante et funeste influence. Mais, soit par austérité ou pour s'en donner les apparences, soit parce qu'il ne voulait pas s'exposer, comme les autres, au charme de la royale séduction, il n'avait pas consenti à suivre ses coreligionnaires au palais. Il s'était enfermé dans une abstention dont il se parait comme d'une vertu.

Il put ainsi, dès le lendemain, s'élever contre la proclama-

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