CHAPITRE HUITIÈME
James Stuart, comte de Murray.
D'après un portrait authentique,
Elle organisa la distribution de ses aumônes, prit soin des pauvres, et rechercha les mesures les plus propres à mettre les petits à l'abri des exactions des grands. Elle voulait se rendre compte par elle-même de tout ce qui se passait dans ses Etats. Elle assistait, tous les jours, à la séance du conseil, et tout en paraissant occupée de travaux d'aiguille, elle s'intéressait aux sujets des délibérations, donnait son avis avec une prudence éclairée, et se montra bientôt au courant de tout.
Elle envoya Lethington dont elle appréciait l'esprit fin et délié, auprès de la reine Elisabeth, afin de lui faire connaître son vif désir de vivre en paix avec elle. Lethington ayant demandé, sans y être autorisé, qu'Elisabeth reconnût les droits de Marie à la succession d'Angleterre, Elisabeth envoya en Ecosse sir Peter Mewstas, avec ordre de réclamer la ratification du traité d'Edimbourg. Marie proposa de charger une commission mixte du soin de réviser ce traité qu'elle n'avait jamais reconnu, s'engageant à accepter la décision, pourvu qu'elle fût conforme à l'honneur. Elle en appelait du reste à la justice et à la générosité de sa sœur, dont elle connaissait le bon esprit et le noble cœur.
Elisabeth ne fut ni touchée par les flatteries de la reine d'Ecosse, ni convaincue par ses raisons.
Le 1 1 septembre, après avoir renvoyé les français qui l'avaient accompagnée en Ecosse, et s'être ainsi privée de conseils et de dévouement, elle partit pour visiter ses États. Elle avait donné la liberté du culte aux protestants ; les protestants ne lui accordaient pas la liberté du sien. Stirling fut le théâtre de scènes violentes semblables à celles qui avaient éclaté à Holyrood, lorsqu'elle voulut faire célébrer la messe. Elle visita Linlithgow où elle était née, Perth, Saint- André et Falkland. L'accueil qu'elle reçut des populations ravies de sa beauté et de sa grâce, irrita Knox qui voulut prendre une revanche à Edimbourg. Les magistrats enjoignirent aux prêtres, aux moines, aux religieux et aux religieuses, de quitter la ville dans les vingt-quatre heures. La reine suspendit le prévôt et le conseil pour excès de pouvoir. Cet acte de vigueur provoqua des colères sourdes et des menaces retentissantes. Marie ne s'effraya pas. Elle commençait pourtant à comprendre que toutes ses avances à l'hérésie avaient pour unique résultat d'accroître ses exigences et de lui aliéner les catholiques.
Elle aurait voulu visiter Elisabeth, et elle lui en fit expri-