CHAPITRE HUITIÈME. 8l
mer le. désir. Alors, comme plus tard, la volonté de la reine d'Angleterre était formelle. Il ne lui convenait pas de se trouver en face de celle dont elle redoutait la beauté, dont elle haïssait la foi et dont elle poursuivait la déchéance. Lorsque la guerre eut été plus directement engagée, pendant sa longue etrdouloureuse captivité, Marie renouvela ses sollicitations. Elisabeth avait alors des motifs nouveaux pour redouter la présence de sa victime. Elle n'en feignit pas moins d'éprouver le plus vif regret des obstacles qui empêchaient cette entrevue désirée, et de la promettre en la refusant.
Marie venait d'assister au mariage de son frère lord James, (janvier 1562) à Falkland, lorsque le comte de Bothwell qui avait été exilé d'Edimbourg pour un mois, y reparut plus disposé que jamais aux complots et à la sédition. Il avait visité le duc de Chatellerault, dont le fils, le comte d'Arran, alla découvrir à la reine une conjuration qui avait pour but de l'enlever et de faire périr ses deux plus fidèles serviteurs, lord James et Lethington. Le duc de Chatellerault n'avait peut-être pas conspiré et Marie le crut facilement. Mais à travers les révélations insensées faites par le comte d'Arran, et qu'il rétracta, on put soupçonner la culpabilité de Bolhwell. Il fut arrêté et emprisonné au château d'Edimbourg, d'où il s'échappa trois mois après, et se réfugia en Angleterre.
Sans le vouloir, elle favorisa le dessein de James Stuart d'humilier et de dépouiller le comte de Huntley, se privant ainsi, par une confiance aveugle en son frère, d'un de ses serviteurs les plus dévoués, et ébranlant de nombreux dévouements.
Huntley, chancelier d'Ecosse, le plus puissant des lords catholiques, et l'un des plus dévoués à la famille des Stuarts à laquelle l'attachaient de nombreux services et de généreux bienfaits, avait vu avec peine la faveur de Murray qui, donnant tout aux réformés, menaçait la propriété et la légitime ambition de ceux qui ne partageaient pas ses croyances. Il se trouvait personnellement lésé par la promesse que Marie lui avait faite des terres du comté de Murray qu'il avait reçues en 1549, comme une récompense de sa fidélité et de son dévouement.
Lorsque Marie, dans son voyage, fut arrivée à Aberdeen, le comte et la comtesse de Huntley allèrent la supplier d'accepter l'hospitalité dans leur château.Ils sollicitèrent en même
temps la grâce de leur fils John Gordon, qui détenu à la suite d'une querelle, où il n'avait peut-être pas tort, s'était échappé de prison après avoir été déclaré coupable. Marie les accueillit froidement et ordonna à leur fils de se constituer prisonnier au château de Stirling, dont le gouverneur était l'oncle de lord James, leur ennemi. Gordon, au lieu d'obéir, alla s'enfermer dans un de ses châteaux.
Déclaré coupable de trahison, il reçut l'ordre de rendre ses châteaux de Findlater et d'Auchendown. Marie alla en prendre possession elle-même, et bien que Huntley eut envoyé au capitaine qui résistait, par fidélité militaire.l'ordre d'en ouvrir les portes, la garnison n'en fut pas moins traitée avec les sévérités de la guerre. Marie, qui avait supporté avec une gaîté expansive les fatigues de cette campagne dirigée contre un de ses fidèles sujets, et qui s'était pliée avec entrain à toutes les exigences du métier de la guerre, ne douta pas des intentions coupables de ceux que Murray avait intérêt à perdre.
-Elle passa quarante jours à Aberdeen, en revenant à Edimbourg. Huntley multipliait les témoignages de sa déférence et de sa fidélité envers la reine. Il n'en était que plus obstinément accusé et plus cruellement poursuivi. Cité à comparaître avec son fils devant le conseil privé, quoiqu'il ne lui fût pas matériellement possible d'obéir au jour fixé, il fut déclaré traître pour ne s'être pas présenté. Sa femme ne put, malgré ses prières, aborder la reine. Il se cacha, puis poussé à bout, prit les armes, fut battu à Corrichie par Murray qui ne perdit pas un soldat, et tomba mort, sans avoir reçu une blessure, au moment où il venait d'être pris.
Son fils aîné, sir John Gordon, l'auteur de ces troubles, et le plus jeune, Adam, furent tous les trois condamnés à mort. John fut exécuté, Adam, qui n'avait que dix-sept ans, reçut sa grâce, ainsi que son frère aîné. Mais Murray le fit mettre à mort, peu de temps après, s'appuyant faussement, pour ordonner cette exécution, sur la volonté de la reine.
La ruine des Huntley fut complètent Murray s'enrichit de leurs dépouilles. Il eut un double profit dans cette expédition injuste. Il augmenu ses domaines et son influence, et affaiblit la reine en lui enlevant des défenseurs dont la puissance égalait le dévouement.
Cette influence de Murray s'exerçait surtout au profit des réformés.Plus on leur accordait,olus ils devenaient exigeants.