CHAPITRE HUITIÈME. S
Ils jugeaient les actes de la reine, condamnaient ses fêtes et interprétaient, avec la plus insigne mauvaise foi, sa politique intérieure et extérieure. Ils cherchaient des prétextes, et quand ils n'en trouvaient pas, ils les inventaient.lls tournèrent alors contre elle l'aventure de Chastelard.
<L Ce Chastelard, dit Brantôme,fut un gentilhomme de Dauphiné de bon lieu et de bonne part... Il estoit fort adroict aux armes etdispost en toutes choses etàtoushonnestes exercices, comme à tirer des armes, à jouer à la paume, à sauter et à danser. Bref,il estoitgentilhomme très accomply; et.quand à l'âme, il l'avoit aussi très belle, car il parloit très bien et mettoit par escrist des mieux, et mesmes en ritme aussy bien que gentilhomme de France, usant d'une poésie fort douce et gentille, en cavalier. »
Il suivit la reine à son retour en Ecosse, fut admis plusieurs fois auprès d'elle, revint en France, où il fit la guerre dans les rangs des huguenots, reparut à la cour de Holyrood, fut reçu « humainement » par la reine, qui lui trouvait de l'esprit, et fut surpris dans ses appartements où il s'était caché pendant son absence. Marie, irritée d'abord, pardonna ensuite.
« Notre reyne d'Escosse, comme sage et prudente, passe ainsy cet scandale ; mais le dict Chastelard, non content et plus que forcené, y retourna pour la seconde fois, ayant oublié sa première faute et son pardon. Alors la reyne, pour son honneur, et à ne donner occasion à ses femmes de penser mal, voyre à son peuple, s'il le scavoit, perdit patience, le mist entre les mains de la justice, qui le condamna aussitost à avoir la teste trenchée, veu le crime du faict. Et le jour venu, ayant esté mené sur l'eschaffaut, advant mourir avoit en ses mains les hymnes de M. de Ronsard ; et pour son éternelle consolation, se mist à lire tout entièrement l'himne de la mort, qui est très bien faict et propre pour faire abhorrer la mort, ne s'aydant autrement d'autre livre spirituel, ny de ministre, ni de confesseur.
« Après avoir faict son entière lecture, se tourna vers le lieu où il pensoit que la reyne fust, s'escria hault : « A Dieu la plus belle et la plus cruelle princesse du monde, » et puis, fort constamment tendant le col à l'exécuteur, se laissa deffaire fort aisément. »
On n'osa pas incriminer la conduite de la reine, mais on accusa son imprudence et l'on blâma sa sévérité. Pour le premier grief, il est impossible de citer même une apparence
de preuve. Pour le second, Brantôme, qui était l'ami de Chastelard, dit avec raison : « Si, après le premier pardon, elle eust donné le second, elle estoit scandalisée partout ; et pour sauver son honneur, il fallust que la justice usast de son droict. »
Les réformés ne tournèrent pas moins cet événement contre elle.Quoique,selon le témoignage de Brantôme, elle eût vécu «fort sagement en saviduité», ils répandirent dans le peuple les bruits les plus calomnieux. Ils accusaient son amour des fêtes, l'éclat qu'elle leur donnait, la facilité de ses relations, et si, plus tard, ils lui attribuèrent des crimes, ils avaient commencé à la rendre suspecte par des insinuations perfides.
Ils savaient son attachement profond à la foi catholique, et ils ne le lui pardonnaient pas.
Après la mort du duc d'Aumale à la bataille de Dreux (1562) et l'assassinat du duc de Guise devant Orléans (1563 février), Catherine de Médicis écrivit affectueusement à la reine pour s'assurer l'alliance active de l'Ecosse qui eût été précieuse en ce moment pour la France. Marie déclara qu'elle ne voulait pas s'aliéner les bonnes grâces de l'Angleterre, et elle renonça par politique, à se rapprocher de la France vers qui son cœur la portait et à qui les plus anciens et les plus précieux souvenirs rattachaient son pays.
Quelques jours après (26 mai 1563), les Etats d'Ecosse furent réunis pour la première fois. Marie prononça le discours d'ouverture avec un pur accent écossais et une grâce qui charmèrent les députés et les assistants.
On y déclara le traité d'Edimbourg peu loyal. L'amnistie en laveur des lords rebelles contre l'autorité royale et les assassins du cardinal, fut renouvelée, et les mesures prises contre la famille et les biens de Huntley, reçurent une solennelle approbation. Murray était le maître de cette assemblée.