Chapitre neuvième
Marie Stuart et Henri Darnley.
ÈS l'arrivée de Marie Stuart en Écosse.la question de son mariage se posait dans l'esprit de la noblesse et du peuple. Les troubles de la régence et les inquiétudes provoquées par les luttes religieuses et les projets de l'Angleterre, donnaient à cette question une importance particulière et en rendaient de jour en jour la solution plus urgente. Mais si, pour la sécurité du présent et la garantie de l'avenir, le mariage était nécessaire.le choix de l'époux offrait de grandes difficultés. Il semblait qu'il appartînt moins à la reine qu'à ses conseillers et à ses hommes d'Etat, et les convenances particulières devaient céder devant les considérations politiques.
Moins d'un an avant son retour, au commencement de mai 1562, un ambassadeur du roi de Suède Éric XIV, vint la demander pour son maître.
Les princes de Lorraine, avant que Marie eût quitté la France, auraient voulu la marier avec le fils de Philippe II. Catherine de Médicis vit dans la réalisation de ce projet un échec pour sa politique et une menace pour la France. Les Guises y renoncèrent, faisant passer la patrie avant la famille. Ils portèrent leurs vues du côté de l'Empire, et proposèrent à leur nièce l'archiduc Charles, fils de l'empereur Ferdinand. Elle repoussa ce prince qui, sans apporter aucune force à l'Ecosse, aurait augmenté les dangers du côté de l'Angleterre.
Elle reprit alors elle-même directement avec Philippe II les négociations rompues. Mais Elisabeth avait des intelligences dans toutes les cours et elle surprit le secret. Elle s'effraya de ce projet et Knox, toujours associé à ses inimitiés et à ses desseins, l'attaqua avec sa fougue habituelle. Marie voulut le voir, espérant l'éclairer et le calmer. Knox se montra plus altier et plus insolent que jamais, et, pour la seconde fois, il put voir la reine pleurer sous le coup de ses injustes et sanglantes invectives.
Elisabeth cherchait moins à humilier Marie, qu'à traverser ses projets. Le meilleur moyen était de lui offrir un autre époux. Le premier ministre de l'Angleterre, lord Cécil, osa prononcer le nom de sir Robert Dudley, dont personne n'ignorait les relations avec Elisabeth. Randolph fut chargé du message. Il s'en acquitta avec toutes les protestations, les assurances d'intérêt, les circonlocutions et les faussetés qui caractérisent sa politique, et dont La reine avait l'habitude pour elle-même.
Marie ne comprit pas tout d'abord. Sa perspicacité naturelle était en défaut devant l'habile obscurité de l'ambassadeur, et elle ne pouvait s'attendre aune pareille humiliation. Lorsqu'elle soupçonna ce nom qu'on voulait lui laisser deviner, elle s'obstina à ne pas le prononcer, et elle crut se venger assez en pressant les négociations avec l'Espagne.
Enfin Randolph nomma sir Robert Dudley. Marie resta maîtresse d'elle-même, au point de donner pour unique raison d'un refus auquel on devait s'attendre, et que l'on désirait, qu'il ne lui paraissait pas honorable d'épouser le sujet d'un autre souverain. Elisabeth proposa, pour décider la question, une conférence, puis une entrevue. Elle voulait uniquement gagner du temps, entraver les projets de Marie, soulever contre elle les nobles et les réformés de son royaume.
Catherine de Médicis informée de ces négociations, envoya vers Marie Castelnau de Mauvissière, qui lui offrit le duc d'Anjou. Elle refusa par des considérations personnelles et politiques, comme elle avait déjà refusé l'archiduc Charles, les ducs de Ferrare et de Nemours, le comte d'Arran, les rois de Danemark et de Suède. Elle croyait encore à la possibilité d'épouser le prince d'Espagne, et elle y tenait pour sa foi et dans l'intérêt de son royaume, qui aurait trouvé contre l'Angleterre la puissante protection de l'Espagne. La santé de don Carlos l'obligea à renoncer à ce projet.
Le nom de Darnley avait été prononcé lorsque Elisabeth essayait de donner le change à Marie sur le nom de l'époux qu'elle lui proposait. Darnley était fils de Matthieu Stuart, comte de Lennox, et de Marguerite Douglas, fille de Marguerite, la sœur aînée de Henri VIII. Il était de sang royal et cousin de Marie. Sa grand'mère, mariée d'abord avec Jacques IV d'Ecosse, avait épousé ensuite le comte d'Angus, dont elle avait eu la comtesse de Lennox. Marie et Marguerite avaient une aïeule commune.