CHAPITRE NEUVIÈME
Lord Darnley, d'après un portrait original de la collection du comte deSeaforth.
Henri Darnley avait été élevé par sa mère avec plus de tendresse que d'intelligence. Il était beau, bien fait, avec des yeux brillants et un noble front. Sa taille élevée avait une souplesse élégante. Son esprit avait été nourri des études qui pouvaient le rendre aimable, sans lui donner aucun principe de grandeur et de force. C'était un enfant gâté, habitué à tous les caprices et à toutes les inconséquences. Il n'avait pas eu encore l'occasion de montrer ce qu'il était, et l'impression que laissait ce brillant jeune homme, paré comme une femme, frivole et prétentieux, c'est qu'il devait peu convenir à ces grandes situations qui créent d'austères et rigoureux devoirs.
Elisabeth, qui n'avait jamais songé sérieusement à envoyer Dudley en Ecosse, parut favorable au projet de mariage de Darnley. Elle permit à Lennox, banni d'Ecosse, de s'y rendre pour réclamer la restitution de ses biens. Le but réel du voyage était le mariage de son fils. Elisabethavait à peine demandé pour lui la permission de rentrer en Ecosse, qu'elle sollicita de Marie une interdiction que celle-ci refusa, pour ne pas s'associer à ces perpétuelles contradictions. Elisabeth changea alors d'attitude, favorisa son départ et lui donna des lettres de recommandation pour « sa bonne soeur». Au fond, ce mariage lui déplaisait comme tous ceux qu'aurait pu faire Marie.
Lennox était à peine arrivé à Edimbourg, que le Parlement convoqué le releva de sa forfaiture et lui rendit ses biens et ses dignités (octobre 1564). Marie annonça que ces mesures étaient prises à la demande de la reine d'Angleterre, et elle envoya vers elle lord Melvil, pour fournir à Elisabeth toutes les explications qu'elle pouvait désirer. Les mémoires de Melvil contiennent un récit piquant de cette ambassade qui lui permit de pénétrer dans toutes les prétentions, les bizarreries et les duplicités du caractère de la reine d'Angleterre. Tous ces manèges de femme dont Melvil surprit le succès, donnent la vraie mesure de cett^ supériorité si vantée, et montrent en action ces mobiles si vains, si contradictoires, si misérables qui causèrent à l'Ecosse tant de maux, et pèsent si cruellement sur la mémoire d'Elisabeth. Il est impossible de voir plus d'habiletés dépensées au profit d'une plus mauvaise cause. Il est rare surtout de rencontrer un caractère à qui la duplicité et lemensonge plaisent à un tel degré, que l'on se demande s'il a jamais connu et voulu la vérité.