Chapitre premier
Les Stuarts.
ES races royales chargées des destinées des peuples, revêtues du pouvoir souverain, objet de l'ambition des hommes, entourées d'hommages, maîtresses des intérêts et de la vie de leurs sujets.paient presquetoutes chèrementleurgrandeur. Dieu, quia montré pour elles une préférence enviée, leur fait connaître, après les enivrements de la puissance, toutes les extrémités des choses humaines. C'est une compensation pour les bienfaits dont il les a comblées, et il en résulte pour elles, si elles savent les comprendre, de graves enseignements, et pour les peuples des leçons dont ils devraient faire leur profit.
L'histoire du monde atteste cette vérité. Il faut être bien aveugle pour ne pas la reconnaître, ou n'en pas saisir toute la portée.
De toutes les races royales dont nous pouvons suivre la destinée, depuis leur avènement jusqu'à leur extinction ou à leur chute, il n'en est pas qui nous offre, à un plus haut degré, et d'une manière plus suivie que celle des Stuarts, ce terrible et instructif exemple. Elle a eu ses grandeurs et ses abaissements, ses joies et ses tristesses, ses victoires et ses défaites, ses gloires et ses humiliations, ses vertus et ses fautes. Les catastrophes y sont fréquentes et le sang coule avec abondance sous le poignard, sous l'épée et sous la hache. Victimes de ses propres erreurs et des conditions dans lesquelles s'exerçait son pouvoir, elle montre combien est redoutable le droit de gouverner un peuple, et jusqu'à quel point le malheur est le contre-poids de la puissance.
Nous n'avons à raconter qu'un épisode de cette histoire
douloureuse, mais il est nécessaire d'en parcourir rapidement l'ensemble, afin que le passé éclaire le présent, et que le caractère des rois.l'esprit des seigneurs, les mœurs du peuple, l'état social et les doctrines religieuses expliquent les faits qui remplissent la courte, touchante et lamentable existence de
On peut remonter jusqu'au XIe siècle pour trouver les origines de cette famille dont les destinées sont intimement liées à celles de l'Ecosse. En 1053, Banquo, thane de Lochaber, fut victime de Macbeth avec trois de ses fils. Shakspeare a immortalisé le crime, les remords et l'expiation.
Un quatrième, fils, Fléance, survécut, se réfugia auprès de Malcolm Canmore, duc de Cumberland, et épousa la fille d'un des princes du pays de Galles. La noblesse galloise, jalouse, le fit assassiner. 11 avait vingt-cinq ans.
Son fils Walter vengea sa mort, et fut bien accueilli à son retour en Ecosse, par Malcolm, qui lui donna le titre de sénéchal (Steward). Il en tira son nom et le transmit à sa famille avec sa dignité. Il mourut en 1093.
Ses descendants se distinguèrent par leur courage, leurs exploits et leur fidélité aux rois dont ils protégeaient la couronne.
Alexandre périt en 1264 à la bataille de Lacgs, laissant deux fils, Jacques et Jean. Le fils de Jacques, Walter, rendit, dans des circonstances difficiles et au milieu de périls redoutables, de grands services à Robert Bruce, qui lui donna en mariage sa fille Majoria.
En 1370, le fils de Robert, David II, mourut sans héritier. Le fils de Walter obtint, malgré les droits des collatéraux, la ccuronnequ'ilavait bravement ;éfendue.Il prit sur la demande de ceux qui reconnaissaient son autorité, le nom de Robert II, et fut le premier roi de la dynastie des Stuarts. Il tenait ses droits d'une femme, il les consacra par un courage que ne couronna pas toujours le succès.
Il régna au milieu des troubles et des guerres, ne connaissant la paix que grâce à de rares et courtes trêves. On voit déjà ce qui remplira la vie de ses successeurs : la lutte contre les seigneurs, l'antagonisme contre l'Angleterre et la nécessité de défendre au dedans et au dehors un pouvoir constamment attaqué.
Il mourut en 1390, et eut pour successeur son fils Jean, maladif, faible, boiteux et peu propre à la vie guerrière des