‹ Marie StuartChapitre 51 sur 107 · CHAPITRE NEUVIÈME. 9'X · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME. 9'X

à Stirling ceux dont elle avait reçu isolément l'assentiment dévoué. Elle leur fit connaître son intention et recueillit une adhésion unanime. Murray, toujours dissimulé, déclara que tous les autres lords s'étant montrés favorables au projet de la reine, il ne pouvait que l'approuver.

Ces faits venaient de se passer, lorsque Throckmorton fut ntroduit dans la salle des États. Il fit connaître le mécontentement de la reine d'Angleterre et accusa Darnley et son père d'avoir entrepris sans sa permission une affaire d'une si haute importance.

Marie répondit qu'elle ne pouvait comprendre que le choix de Darnley, parent des souveraines des deux royaumes, ne fût pas agréable à l'une d'elles. Et comme Throckmorton insistait : « J'ai donné ma parole, dit-elle ; cependant, je retarderai de trois mois la célébration de mon mariage ; » et pour montrer sa résolution, elle arma Darnley chevalier et le créa lord d'Armanach et comte de Ross.

Elisabeth, de son côté, appela une seconde fois son conseil privé à délibérer sur le mariage de la reine d'Ecosse. Lord Cécil exposa que ce mariage fortifiait les droits de Marie à la couronne d'Angleterre, qu'il était agréable aux papistes, et pouvait devenir funeste aux réformés, qu'il ne fallait par conséquent rien négliger pour l'entraver. Il était du devoir de la reine d'Angleterre de se marier, de soutenir la Réforme, d'appuyer les rebelles d'Ecosse etd'affaiblir.pour le renverser au moment favorable, le pouvoir d'une reine qui méconnaissait si ouvertement ses devoirs,

Une lettre menaçante fut écrite par Elisabeth à Marie pour demander un sauf-conduit qui permît à Darnley et à son père de retourner en Angleterre. Elle les revendiquait comme ses sujets et croyait obtenir ainsi un succès assuré. Ou ils obéiraient, et le mariage ne pourrait plus avoir lieu, ou appuyés par la reine d'Ecosse, ils resteraient auprès d'elle, et fourniraient ainsi à l'Angleterre un motif plausible pour manifester son mécontentement et redoubler ses intrigues. Marie en éprouva un si vif chagrin, qu'elle en versa des larmes.

Elle comprenait que toutes les démarches des envoyés d'Elisabeth et toutes les propositions qu'on lui faisait n'avaient pour but que d'éloigner son mariage si on ne pouvait pas l'empêcher. En y joignant des menaces, Elisabeth paraissait croire que sa cousine, reine indépendante de l'Ecosse, n'avait

pas le droit de disposer de sa main sans une permission étrangère.

Tout à coup, on apprit que la reine s'était mariée secrètement en présence de sept témoins, le 9 juillet 1565. On n'avait pas attendu les dispenses demandées à Rome, et la reine avait cru ne pouvoir se soustraire aux intrigues, aux sollicitations et aux menaces, qu'en mettant Elisabeth en présence d'un fait accompli.

Ces dispenses arrivèrent quelques jours après. La cour de France déclarait, de son côté, qu'après avoir désiré un autre choix, elle ne mettait aucun empêchement au mariage projeté. La reine fit connaître aussitôt sa résolution par une proclamation adressée au peuple. Le 20 juillet, Darnley fut fait duc d'Albany, et le 21, la publication des bans eut lieu à l'église de Canongate.

Darnley s'était déjà montré exigeant envers la reine et hautain à l'égard de la noblesse. Il profita de la facilité avec laquelle tout avait cédé devant lui, au milieu des combats soutenus par la reine, pour obtenir ce que demandait une ambition d'autant plus exigeante qu'elle était peu justifiée. Il voulait le titre de roi. Les conseils de ses amis, la résistance de la reine, les motifs politiques, son âge étaient des obstacles qui l'auraient arrêté, s'il avait été plus sage et moins présomptueux. Avec le caprice persistant d'un enfant gâté, il tint ferme dans ses prétentions et il s'emporta. S'il n'obtint pas la couronne matrimoniale, il fut cependant investi de droits considérables.

Le 28 juillet, la reine fit publier que Henri, duc d'Albany, porterait le titre de roi, et que tous les actes publics seraient signés de son nom et de celui de la reine.

Le contrat de mariage, rédigé par Riccio, fut signé sur un pupitre d'or soutenu par quatre comtes. La cérémonie religieuse eut lieu dans la chapelle de Holyrood selon les rites de l'Église catholique. Randolph en adressa le 31 juillet, le récit à Leicester, d'après les renseignements qu'il tenait d'un témoin. Il n'avait pas été autorisé à y assister.

« Le dimanche matin (29 juillet), entre cinq et six heures, la reine fut conduite à sa chapelle par plusieurs de ses nobles. Elle avait une grande robe noire de deuil et un fort grand chaperon de deuil, peu différent de celui qu'elle portait au triste jour des funérailles du roi François II, son premier mari. Elle fut conduite à la chapelle par les comtes de Lennox

Page 1