‹ Marie StuartChapitre 52 sur 107 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

et d'Athol, qui la laissèrent là pour aller chercher son mari, lequel fut accompagné par ces mêmes lords. Ils furent reçus par le prêtre qui officiait. Les bans furent publiés pour la troisième fois, et il fut pris acte par un notaire, que personne n'avait rien dit contre ce mariage, ni affirmé aucune chose qui pût empêcher d'y procéder. Les paroles furent prononcées ; on mit les anneaux au doigt de la reine. Il y en avait trois, et celui du milieu était orné d'un diamant de grand prix. Ils se mirent ensemble à genoux. On fit sur eux plusieurs prières. La reine attendit qu'on dît la messe. Le lord .lui donna un baiser et la laissa là. Il s'en alla à la chambre de la reine, où elle vint le rejoindre quelque temps après. On supplia la reine d'oublier dans ce jour de solennité, ses peines et ses chagrins, de quitter ses vêtements lugubres, et de se prêter à un train de vie plus agréable. Elle fit quelque difficulté de se rendre à ces représentations ; mais après une faible résistance, qui était plutôt, à ce que je crois, une affectation qu'une vraie douleur, tous ceux qui étaient présents et qui peuvent l'approcher, eurent la permission de lui ôter chacun une épingle. Elle fut remise à ses dames et changea d'habillement...

« Le mariage célébré.il s'en suit ordinairement grande chère et des danses. Toute la noblesse les suivit à leur dîner. Les trompettes sonnaient. On annonça des largesses. On jeta beaucoup d'argent aux environs du palais, et ceux qui purent s'approcher en profitèrent. Le roi et la reine dînèrent à la même table. La reine était au haut bout. Après le dîner, ils dansèrent pendant quelque temps, et ensuite se retirèrent jusqu'à l'heure du souper. »

Darnley avait dix-neuf ans, Marie vingt-trois.

Marie voulait depuis qu'elle était débarrassée de la domination deMurray,faireoublier les injustices commises à l'égard de quelques-uns de ses sujets. Elle profita des fêtes de son mariage. Lord Gordon fut mis en liberté et remis en possession de ses biens. Sutherland, qui avait été, lui aussi, victime de la tyrannie de Murray, put rentrer en Ecosse. Bothwell, réfugié en France, fut rappelé. Marie voulait que sa joie fût celle de tous ceux qui avaient souffert.

ENDANT les longues et difficiles négociations qui précédèrent le mariage de Marie avec Darnley, les ambitions veillaient, la révolte s'organisait, et la reine courait de grands dangers. Les agents de l'Angleterre entretenaient l'agitation dans la noblesse et la parole ardente de Knox la portait dans le peuple. Lorsque Darnley fut assuré des bonnes dispositions de Marie à son égard, il se laissa emporter par l'orgueil, et se mettant peu en peine des blessures qu'il faisait à l'amour-propre ou à la dignité de la noblesse, il prépara, par son imprudence, des catastrophes. Murray, dont ce mariage faisait tomber les espérances et diminuait immédiatement le pouvoir, quitta précipitamment la cour. Il donna pour prétexte de son exil volontaire la douleur qu'il éprouvait en présence des superstitions romaines. Le motif véritable était le désir de préparer une insurrection. Throckmorton, envoyé en Ecosse par Elisabeth pour intimider Marie et la déterminer à l'abandon de Darnley, entretenait l'agitation parmi les nobles et demandait de l'argent pour les mécontents (24 mai 1565). Il accusait David Riccio secrétaire de la reine. Il avait des intelligences partout où il espérait trouver des instruments pour ses desseins. Des troupes avaient été envoyées sur les frontières, et les excitations des ministres fanatiques fomentaient des troubles sur tous les points de l'Ecosse.

Marie s'était rendu à Perth où elle devait régler avec ses nobles tout ce qui se rapportait à son mariage. Murray, Argyle et Glencairn ne l'y suivirent pas. Ils étaient nécessaires à Edimbourg, non pour le service de la reine, mais pour les intérêts de leur ambition. Knox y agitait le peuple, et l'assemblée du clergé demandait que toute trace de superstition romaine disparût des villes et du palais. Le fanatisme n'avait jamais été aussi audacieux. Il espérait pousser Marie à quelque imprudence dont il était tout prêt à profiter.

Marie déclara aussitôt, avec fermeté qu'elle ne renoncerait

pas au catholicisme, parce qu'elle n'était pas convaincue de la vérité de la Réforme. Elle réclamait pour elle-même la liberté qu'elle avait généreusement accordée aux autres, et pour les faveurs nouvelles que demandaient les réformés, elle s'en rapportait aux États qui se prononceraient dès qu'ils seraient convoqués.

Ce n'était pas ce qu'attendaient les ennemis de Marie. Leur sollicitude pour la religion était surbordonnée à leurs intérêts, mais ils y trouvaient un excellent prétexte pour justifier leur animosité et donner une apparence de raison à leurs entreprises.

Un bond fut signé par les principaux chefs et par Knox qui oubliait, dans les circonstances, où la passion parlait, la rigidité de ses principes, l'austère indépendance de sa conduite, et ses protestations de puritanisme religieux.

La reine devait se rendre à Callander pour assister au baptême d'un fils de Livingston. Les conjurés en furent prévenus par Lethington qui trahissait la confiance de sa maîtresse. Ils s'embusquèrent sur la route qui traversait un pays désert, et attendirent le moment favorable pour attaquer la petite troupe sans défiance qui escortait la reine.

La veille du jour où Marie devait passer par les lieux qu'occupaient ses ennemis, elle fut avertie par Lindsay de Dowhill qui avait surpris le complot. Sa suite ne pouvait affronter un nombre considérable d'hommes armés, il fallait ou reculer ou les gagner de vitesse et les éviter. Elle fit devancer l'heure du départ, marcha rapidement pour franchir les trente milles qui séparaient les deux villes et arriva à Callander, au moment où les conjurés supposaient qu'elle devait quitter Perth.

On comptait si bien sur le succès, que Murray était à Lochleven, où il attendait sa sœur, bien décidé à ne pas la ménager.

On peut juger par ce seul fait de la situation de la reine.

La conjuration déjouée, il ne restait plus que le recours aux armes. Quelques hommes se réunirent aux environs de Holyrood. Marie y courut, et, quoiqu'elle ne fût pas en forces, les rebelles se dispersèrent aussitôt. Us avaient compris que le peuple aimait sa souveraine et qu'il se lèverait pour la défendre. Marie fit opérer quelques arrestations parmi les plus compromis. Ils furent bientôt relâchés et condamnés à une faible amende. Ce fut toute la vengeance que la reine crut

devoir tirer d'attentats qui avaient menacé son pouvoir et sa vie.

Murray qui avait donné plusieurs motifs de son absence, ce qui prouve qu'aucun n'était véritable, s'indigna d'avoir été soupçonné et se déclara prêt à soumettre sa justification à un tribunal. Mais à ce même moment, d'accord avec Argyle, il réunissait ses fidèles à Glasgow et se rendit à une conférence à Stirling, où fortifié par des secours d'argent qu'il avait reçus de l'Angleterre, il obtint une déclaration d'association pour la réforme de l'Église et de l'État.

La reine prit des mesures énergiques, et après avoir fait publier une proclamation du conseil privé promettant qu'aucun Ecossais ne serait jamais inquiété pour sa religion, elle fit avancer son armée. Elle tenta cependant de ramener Murray, l'invita à son mariage, et lui envoya un sauf-conduit pour lui et quatre-vingts personnes de sa suite. Ils répondirent que réunis en armes pour la défense de l'Etat et de la religion, ils ne pouvaient se rendre à Holyrood.

Après le mariage,Murray fut sommé de comparaître devant la reine.et deux de ses complices, Rothes et Kirkaldy reçurent ordre de se rendre au château de Dumbarton. Personne n'obéit. Ils restèrent en armes, et la reine convoqua les comtes, les lords et les barons pour marcher contre eux.

Elisabeth envoya Tamworth en Ecosse pour essayer d'agir sur l'esprit de Marie. Il n'y avait pas chez Elisabeth une volonté unique que l'on pût connaître et apprécier : il y en avait une multitude. Ce que faisait Marie était coupable, uniquement parce qu'elle le faisait, et le jour où elle aurait acquiescé absolument aux désirs qui lui étaient exprimés par son ennemie.elie se serait trouvée en présence de désirs différents.

Tamworth s'était montré peu respectueux pour Darnley, et, en partant, il refusa le passe-port qui lui fut offert. Les barons des Borders l'arrêtèrent et l'enfermèrent au château de Hume. Il fut mis en liberté sur les instances de Randolph, que Marie crut devoir prévenir, et à. qui elle reprocha ses relations avec les rebelles dont elle était parfaitement instruite. Randolph n'en continua pas moins à intriguer.

L'argent reçu d'Angleterre détermina une prise d'armes. Le 25 août, Marie marcha vers Glasgow où se trouvait Murray avec le gros de ses forces. Il ne se crut pas cependant en état de résister et, par une marche rapide, il se porta sur

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