CHAPITRE DIXIÈME
Edimbourg. Marie les suivit, donnant à ses soldats l'exemple de l'énergie dans les fatigues d'une marche entravée par de nombreux obstacles, et d'un courage qui se jouait du danger.
Mais les rebelles qui n'avaient pas trouvé dans la capitale l'accueil qu'ifs espéraient, se débandèrent, après avoir essayé d'obtenir des conditions avantageuses. Les chefs réfugiés à Dumfries voulurent faire croire encore qu'ils pouvaient quelque chose ; ils demandèrent l'éloignement des étrangers qui, disaient-ils, gouvernaient la reine. Marie leur répondit en rétablissant la vérité des faits et en garantissant à tous ses sujets l'entière liberté de conscience. En même temps, elle se montrait disposée à agir avec vigueur.
Cependant la situation de Murray et de ses complices, à Dumfries, était difficile, et l'argent sur lequel ils avaient compté pour retenir leurs partisans n'arrivait pas. Elisabeth voulait bien entretenir les troubles et causer des embarras à « sa bonne sœur », mais elle était peu disposée à se montrer généreuse. Elle aurait, en effet, manqué aux habitudes de toute sa vie. Elle cherchait surtout à ne pas se compromettre, et sa plus grande préoccupation était que ni en Ecosse, ni sur ie continent, personne ne pût soupçonner sa part si large de responsabilité dans ces révoltes qui causaient à tous les souverains de vives inquiétudes.
Les représentants de plusieurs cours avaient, en effet, soumis des observations et formulé des plaintes qui provoquèrent un changement dans l'attitude d'Elisabeth. Elle écrivit à Marie pour s'offrir comme médiatrice entre elle et ses sujets. Marie l'en remercia, en lui déclarant qu'elle n'avait besoin de personne pour maintenir ou ramener la paix dans son royaume. Elle accepta pourtant les offres de Paul de Foix, ambassadeur de France, qui se proposait de rapprocher les deux reines, et qui ne tarda pas à voir combien cette tâche présentait de difficultés.
Castelnau de Mauvissière venait d'arriver en Ecosse pour porter à Marie les félicitations de la cour de France à l'occasion de son mariage. Mais il était passé par Londres où il avait vu Paul de Foix, ami secret de Murray, et avait eu une audience de la reine. Il en avait emporté des impressions peu favorables pour celle dont il devait défendre les intérêts. Il essaya de l'amener à des concessions. La fierté de Marie se îévolta. Elle répondit qu'elle hasarderait son état et sa vie plutôt que de capituler av*ec ses sujets, « de languir et de
n'être point reine ». Et pour mettre ses actes d'accord avec ses paroles, elle alla prendre à Biggar le commandement de ses troupes. Elle y trouva dix-huit mille hommes, pleins d'ardeur et de dévouement. L'empressement de la noblesse témoignait de sa fidélité, et la reine l'anima de son ardeur.
Cecil dit qu'elle « portait sous ses vêtements et sa coiffure une armure secrète et une dague à l'arçon de sa selle ». Cette précaution n'était pas inutile, car ceux qui n'osaient combattre ouvertement étaient décidés à employer tous les moyens pour atteindre leur but.
Ils furent moins braves pour combattre que peur commettre un crime, et ils prirent la fuite lorsqu'ils virent avancer son armée. Marie entra dans Dumfries, au milieu des acclamations des populations heureuses de trouverdesqualités viriles chez celle dont elles ne pouvaient cesser d'admirer la beauté, la grâce et la générosité.
Aucune vengeance ne suivit cette révolte coupable et ce triomphe facile. Ceux qui voulurent soliciter leur pardon l'obtinrent.Murrayse rendit à Londresoù Elisabeth lui interdit ouvertement d'arriver, pendant que des messages officieux l'engageaient à ne point perdre de temps en route.
La défaite des rebelles était un échec pour la politique anglaise. Une armée attendait à Berwick, prête à les soutenir. Qu'aurait-elle pu faire, puisqu'il n'y eut pas même de combat? Mais toutes ces intrigues ayant été déjouées, il importait à Elisabeth de donner le change à l'opinion publique, et de dégager sa responsabilité, afin de pouvoir reprendre avec plus d'efficacité ses travaux souterrains contre sa rivale. L'accueil qu'elle fit à Murray n'était qu'un jeu. Il savait d'av°.nce à quoi s'en tenir, et les paroles sévères ne le touchèrent pas plus que l'interdiction de rester à la cour ne le découragea.
Après s'être montrée, en apparence, sévère pour Murray, Elisabeth intercéda auprès de Marie pour les autres coupables. Le Parlement les avait cités à comparaître aussitôt après sa réunion, au mois de février 1566. Après avoir proposé de mettre en liberté la comtesse de Lennox, qu'elle avait fait emprisonner lorsque son mari et son fils étaient partis pour l'Ecosse, si les chefs de la révolte restaient impunis, Elisabeth encouragea de nouveaux complots, et pendant que Throckmorton les excitait, Melv:l,dont la fidélité était intermittente, engageait Marie à se montrer clémente envers des sujets qu'il lui était si facile de ramener. Elle prorogea le