‹ Marie StuartChapitre 54 sur 107 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Parlement du 4 février au 7 mars, afin de pouvoir négocier avec plus de liberté, et fit tenir par Melvil à Elisabeth une lettre affectueuse dans laquelle elle lui exprimait le désir de voir tomber tous les malentendus qui les divisaient.

Le 12 mars, le parlement déclara Murray et ses complices traîtres à la patrie. C'était le moins qu'il pût faire, s'il ne voulait pas, par l'impunité, donner à l'esprit de révolte un encouragement dont, du reste, il n'avait pas besoin.

Livrés à eux-mêmes, les mécontents et les rebelles de l'Ecosse auraient été impuissants, mais l'Angleterre les appuyait de son approbation, de son argent et de ses armes. Ses encouragements et son concours avaient déjà bouleversé l'Ecosse. Ils devaient faire le malheur d'une reine dont les rares qualités promettaient le règne le plus heureux et le plus fécond.

'A reine d'Ecosse, écrivait à Elisabeth son agent à la cour de François II, l'habile et rusé diplomate Throckmorton, se comporte si honorablement, avec tant de prudence, de modestie et de jugement,que je ne puis me défendre de craindre qu'elle ne s'élève trop haut.»

En i 562, Maitland de Lethington,qui fut admis à remplir auprès de Marie les devoirs importants et délicats de la secrétairerie d'État, et qui se montra si lâche dans son ingratitude et si coupable dans sa trahison, mandait à lord Cecil : <L C'est une princesse si aimable et si douce, sa conduite envers ses sujets est si parfaite et si convenable, que ce serait merveille s'il se trouvait quelqu'un d'assez méchant pour lui vouloir le moindre mal.»

Tout changea peu de temps après, lorsque le mariage avec Darnley eut suscité à Marie, avec la haine d'Elisabeth, toutes les intrigues, tous les complots et tous les attentats qui furent la suite de l'ambition politique, du dépit féminin et de la passion religieuse. Le langage n'est plus le même, et celle qui était l'objet d'une si vive admiration, voit s'élever contre elle les accusations les plus outrageantes et devient digne de tous les mépris.

Il y a certainement dans l'homme des revirements soudains et des inconséquences inattendues. Il est très souvent et très rapidement dissemblable de lui-même. Mais quand on a étudié Marie Stuart, quand on l'a suivie dans cette jeunesse précoce où elle s'éleva si fort au-dessus de tout ce qui peut jeter une ombre sur la plus pure vertu,on ne saurait admettre, quoi que l'on pense de la faiblesse humaine, qu'elle ait pu subitement tomber de cette hauteur dans cette bassesse. Il y a des degrés dans le vice comme dans la vertu, et l'on ne va pas, en peu de temps, alors surtout que grâce à une situation supérieure, la dissimulation est impossible, de l'honneur à l'infamie, de l'innocence au crime.

Il n'y a qu'une explicationà donner.non pas de la conduite

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véritable de Marie, mais des fautes et des crimes qui lui ont été faussement attribués : c'est qu'elle a été victime d'une conspiration, et qu'après avoir accumulé contre elle tout ce qui pouvait la rendre malheureuse, on y a joint, avec une infernale habileté, tout ce qui pouvait la faire croire coupable.

Si ce but n'était pas clairement indiqué par ce que nous avons déjà vu de la conduite d'Elisabeth, et des tortueuses ressources de sa politique, un mot d'un de ses agents en Ecosse, nous le révélerait. « Tout bien considéré, écrivait-il à lord Cecil, il n'y a rien à espérer contre la reine, à moins de la perdre absolument aux yeux de son peuple et du monde. » C'était la calomnie précédant et préparant la déchéance ; — exemple qui n'a pas été perdu ; — ce fut aussi le mensonge éhonté et persévérant, accompagnant la victime jusque sous la hache du bourreau, et la suivant avec l'obstination de la haine, à travers les siècles, jusqu'au moment où la justice qui vient souvent tard, a remis chacun à sa place, et marqué au frontd'un stigmate sanglant, cette reine qui, après avoir essayé de la déshonorer, fit tomber une tête royale.

Trois accusations principales ont pesé sur la mémoire de Marie Stuart : sa prétendue liaison avec David Riccio, le meurtre de Darnley et le mariage avec Bothwell. Il suffira de raconter avec l'impartialité dont l'histoire ne devrait jamais s'éloigner, ces trois faits, pour confondre l'imposture et rétablir les droits de la vérité.

David Riccio, ,né en Piémont, d'un père musicien, avait accompagné en Ecosse, comme secrétaire, en 1561, le comte de Moretto, ambassadeur du duc de Savoie. Il était ridiculement contrefait, d'après les uns, d'un extérieur peu agréable, disaient les autres, mais il montrait un esprit plein de ressources, avait du talent comme musicien, et parlait très bien l'italien et le français. Ce n'était pas le troubadour que l'imagination a créé pour servir la calomnie, mais ce n'était pas un homme ordinaire.

Lorsque le comte de Moretto quitta l'Ecosse, il y laissa Riccio, qui, d'après des témoignages contemporains, était <? poli, sage et vertueux ». Marie se l'attacha en qualité de valet de chambre, et ne tarda pas à en faire son secrétaire, emploi auquel le milieu dans lequel il avait vécu, les connaissances qu'il avait acquises et la finesse de son esprit le rendaient éminemment propre. Il gagna la confiance de la reine et exerça bientôt une influence considérable.

Le mariage de Darnley qui avait fait écrouler une intrigue préparée par les agents anglais, lui attira l'inimitié de ceux à qui la complicité de l'Angleterre était nécessaire pour arriver à leur but. Dès lors la calomnie n'épargna pas la reine, et les rapports constants qu'elle avait avec son secrétaire, le plaisir qu'elle éprouvait à l'entendre parler ou chanter, furent représentés comme coupables. Forte de sa conscience, elle ne s'en émut pas, et continua à écouter la musique, à jouer avec lui aux échecs, à s'amuser de ses saillies et à suivre ses conseils.

Onmûrit longtemps le plan du crime qui devait tuerRiccioet déshonorer la reine.On compta sur l'inconsistance de Darnley, et pour arriver plus sûrement à se débarrasser d'un homme qui gênait, on l'y intéressa. L'influence de Riccio gênait la sienne, et il lui attribuait le refus que la reine opposait à ses prétentions politiques.

Deux bonds furent conclus. Par le premier, le roi s'engageait à défendre ses associés, et à ne pas permettre qu'ils fussent inquiétés pour l'aide qu'ils lui auraient donné. Il est daté d'Edimbourg le Ier mars.

Parle second, les comtes de Murray, d'Argyle, de Rothes et de Glencairn, les lords Boyd, Ochiltree et leurs amis prenaient avec Darnley l'engagement de lui faire donner par le parlement la couronne matrimoniale, à le maintenir dans tous ses droits, et si quelqu'un les lui disputait, à le mettre à mort, à établir solidement la vraie religion du Christ, c'est-àdire la Réforme, et à ne pas épargner les ennemis qui tenteraient de la combattre.

Ceux qui avaient signé ces deux contrats dont les termes élastiques pouvaient comprendre de nombreuses personnes, sans désignation précise, et provoquer les actes les plus criminels, avaient en vue un seul but : renverser la reine, ou préparer sa chute.

Les amis de l'Angleterre en voulaient à Riccio pour sa religion, pour les conseils qu'il donnait à la reine et qui la rapprochaient du pape et de Philippe II, et surtout pour la part qu'il avait prise au mariage de Darnley.

Les réformés voyaient en lui un ennemi coupable de favoriser les catholiques d'Ecosse, et de leur assurer une liberté égale à celle des hommes qui, sous le masque religieux, leur avaient enlevé la possession de leurs biens et de leurs privilèges. Les ministres furent mis dans la confidence du projet dont le succès parut importer aux destinées de l'église

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