CHAPITRE DOUZIÈME. I I
fait son testament. Elle n'y oublia personne ni en France, ni en Ecosse, et les nombreux legs qu'elle faisait à Darnley étaient la preuve ou d'un oubli miséricordieux, ou d'une tendresse que n'avaient pu vaincre ni un crime accompli sous ses yeux, ni une série d'actes aussi coupables que déshonorants.
Marie demeura dans le château d'Edimbourg depuis le mois d'avril 1566, jusqu'à la fin de juillet. Elle se rendit à cette époque, chez le comte de Mar à Alloa où elle séjourna quelque temps. Elle se montra si bonne pour Darnley, que l'on put espérer qu'il ne résisterait pas et essaierait de se rendre digne de si généreux égards. Mais la présence de ses complices rentrés en grâce l'irritait. Il menaça un jour de tuer Murray, s'éloigna brusquement de la cour, revint, montra le désir de plaire à la reine, et s'enveloppa de nouveau dans sa mauvaise humeur.
Il ne voulait pas suivre Marie que les affaires rappelaient à Edimbourg. Elle y apprit, par le comte de Lennox, que son fils se disposait à quitter l'Ecosse. Il reparut quelques jours après à Edimbourg, refusa d'entrer au palais, jusqu'à ce que quelques seigneurs qui s'y trouvaient, fussent sortis, et quand la reine, venant au-devant de lui, essaya d'obtenir des explications et de le faire renoncer à son projet, qu'il n'avait jamais sérieusement formé, elle ne put ni calmer sa susceptibilité, ni l'amener à de sages résolutions, ni obtenir un mot de regret.
Il se retira à Glasgow, auprès de son père, dont il ne pouvait attendre de bons conseils. Par un nouveau caprice, il fit connaître à la reine par écrit ce qu'il avait refusé de lui dire malgré de pressantes instances. Il n'avait pas assez d'autorité, n'était pas honoré comme il le méritait, et ne trouvait dans la noblesse qu'indifférence.
La reine lui répondit avec bonté, mais, ne lui ménageant pas les vérités qu'elle crut utile de lui faire entendre, elle lui rappela l'usage qu'il avait fait de l'autorité dont elle l'avait investi. Il se vengea en l'accusant auprès du pape et des rois def France et d'Espagne d'être la cause de tous les troubles d'Ecosse, par son abandon de la cause catholique. Une copie de ses lettres fut adressée à la reine, qui n'avait pas besoin de cette nouvelle preuve pour savoir tout ce qu'il y avait en lui d'inconséquence, d'injustice et d'oubli des droits de la vérité. Un nouveau pardon ne le toucha pas davantage.
Pour apaiser les troubles suscités sur les frontières par la haine héréditaire des Armstrong et des Johnston, le conseil
privé avait décidé que des assises seraient tenues à Jedburg, le 17 août, par la reine et le roi. Bothwell, lieutenant de ces contrées, avait été chargé d'y ramener la paix. Il fut blessé dans une rencontre, le jour même où la reine quittait Edimbourg. Pendant huit jours, elle tint les assises, et accomplit tous les devoirs que lui imposait la situation. Puis voulant donner à Bothwell, qui avait mis fin, au risque de sa vie, à une situation inquiétante, un témoignage de bienveillance, elle alla le visiter à l'Hermitage, où le retenait ;a blessure. Elle y passa deux heures en compagnie de Murray et d'autres seigneurs.
Le lendemain, elle fut saisie d'une maladie qui prit aussitôt un caractère très grave. Elle comprit le danger, et se prépara à la mort avec un grand calme et une ardente piété. Elle recommanda aux lords qui l'entouraient de veiller sur son fils, et de ne point persécuter les catholiques. Elle ajouta qu'elle mourait fidèle à sa foi, pardonnant à tous et surtout à Darnley.
A la suite d'une crise violente, un mieux se déclara, et elle ne tarda pas à entrer en convalescence. Le roi qui n'était pas venu la voir lorsque tout paraissait désespéré, parut alors, lui fit une visite rapide et repartit le lendemain. Le pardon de la reine qu'il se faisait un jeu d'offenser, n'avait pu vaincre une obstination que rien ne justifiait.
Le 9 novembre, Marie quitta Jedburg. Bothwell, guéri de sa blessure, se joignit à la foule des seigneurs qui l'accompagnaient. Elle visita Bervvick, où elle fut magnifiquement reçue, et où elle recommanda d'éviter, au milieu de rapports continuels et nécessaires, tout conflit avec l'Angleterre. Elle se rendit ensuite au château de Craigmillar, où elle se proposait d'attendre le baptême de son fils.
Darnley vint l'y trouver, et lui dire qu'il n'assisterait pas à la cérémonie, parce que les seigneurs réconciliés avec la reine faisaient plus de cas d'elle que de lui, et qu'il était sûr que l'envoyé de l'Angleterre ne lui rendrait pas les honneurs qui lui étaient dus.
Le chagrin que la reine ressentait de la conduite de son mari et cette déclaration dont l'effet ne pouvait être que fâcheux en Ecosse et ailleurs, provoquèrent un profond découragement et une rechute. On s'en émut, et la noblesse se demanda ce que deviendrait l'Ecosse sous le gouvernement d'un prince aussi fantasque et aussi incapable. Il n'y avait