‹ Marie StuartChapitre 61 sur 107 · CHAPITRE DOUZIÈME. II · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. II

pas un seigneur de la cour qui n'eût à se plaindre de lui, et ses anciens complices rentrés en grâce, n'oubliaient pas la délation dont ils avaient été l'objet de sa part. Il n'en fallait pas davantage pour les réunir tous contre lui.

Un complot se forma sous l'inspiration de Lethington, dont l'esprit plein de ressources trouva bien vite ceux qui pouvaient s'associer à ce projet. 11 s'était assuré de Bothwell dont il connaissait l'audace, mais dont il redoutait la fidélité à la reine. Il fit solliciter Morton dont il savait les rancunes, et dont il avait pu apprécier la froide résolution. Il crut un moment pouvoir entraîner la reine, non qu'il jugeât possible de lui faire accepter l'idée d'un crime , mais il ne désespérait pas de l'engager de telle sorte, grâce à l'irritation que devait entretenir en elle la conduite de Darnley, qu'elle prononcerait quelque parole dont on pourrait se servir pour déterminer à l'action les hésitants, et que l'on n'aurait pas de peine, au moment opportun, à tourner contre elle, de manière à garantir la vie des coupables en la compromettant ellemême.

On lui parlait de divorce ou de séparation, pendant que Murray, Lethington, Bothwell, Argyle et Huntley entendaient autre chose. Les communications qui lui furent faites, à plusieurs reprises, eurent ce double sens, et la reine qui ne tarda pas à comprendre par le vague et les réticences, que ces entretiens couvraient un piège, y mit fin en leur disant : « Je ne veux pas que vous fassiez rien qui puisse porter atteinte à mon honneur ou à ma conscience; c'est pourquoi, je vous en prie, laissez les choses dans l'état où elles sont, jusqu'à ce que Dieu, dans sa bonté, y remédie lui-même; en croyant me rendre service, vous pourriez m'offenser et me déplaire. »

Grâce à son ambition et à son absence de tout scrupule, Bothwell devint le chef de l'entreprise. Murray qui était son rival pour le pouvoir, lui avait fait espérer qu'il pourrait épouser la reine devenue veuve. Il comptait qu'il lui serait facile ensuite, lorsque la reine serait déshonorée par la complicité qu'on lui imputerait, ou son mariage avec le meurtrier de son mari, de la renverser, de perdre Bothwell avec elle, et d'arriver enfin au but si longtemps poursuivi par l'intrigue, la trahison et l'assassinat. Il voyait au bout la couronne d'Ecosse.

Les seigneurs avaient des t raisons, le crime résolu, d'en hâter l'exécution. Les rois d'Ecosse pouvaient, jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, révoquer les donations faites pendant leur

minorité. Ces largesses au détriment du trésor royal et de l'Église avaient enrichi un grand nombre de nobles. Darnley sollicitait la reine d'user de son privilège pour les révoquer, et elle y paraissait d'autant plus disposée, que le moment arrivait où elle aurait perdu son droit.

Comme pour toutes les entreprises semblables, un bond (ut conclu. « Les lords soussignés, disait-il, et toute la noblesse, ont pensé que, dans l'intérêt du royaume, un jeune fou, un orgueilleux tyran ne devait plus avoir sur eux aucun pouvoir. C'est pourquoi ils ont résolu des'endébarrasser par n'importe quel moyen : quiconque se chargera de l'entreprise, ou de l'exécution, les autres s'engagent à le maintenir et défendre, comme s'il s'agissait d'eux-mêmes. J»

Bothwell resta le dépositaire de cet engagement.

Marie quitta Craigmillar et se rendit à Stirling, où devait avoir lieu le baptême. Darnley y était déjà, mais il logeait chez un particulier. Les instances de la reine l'amenèrent au château où il résida, mais elles ne changèrent ni son attitude, ni son langage.

Le baptême eut lieu le 17 décembre. Il fut administré par l'archevêque de Saint-André assisté de plusieurs évêques. Le comte de Brienne représentait Charles IX parrain, et la comtesse d'Argyle la reine d'Angleterre marraine. Le comte de Bedford avait apporté de la part d'Elisabeth des fonts baptismaux en or, du poids de trois cents livres. La cérémonie eut lieu selon le rite catholique. Les seigneurs réformés restèrent à la porte de la chapelle, ne voulant pas participera ce qu'ils appelaient avec une indignation jouée, des actes d'idolâtrie.

Il y eut au château des banquets et dans la ville des réjouissances auxquelles tout le peuple prit part, et les seigneurs anglais s'en retournèrent avec de riches présents.

Darnley n'avait pas assisté à la cérémonie, n'hésitant pas, pour satisfaire sa mauvaise humeur, à laisser voir des dispositions qui l'accusaient. Marie en fut affligée. Elle n'en remplit pas moins avec une bonne grâce dont tout le monde lui sut gré, ses devoirs de souveraine.

Une nouvelle amnistie plus générale et plus imprudente que celles qui avaient précédé, marqua le baptême de Jacques VI. Morton, Lindsay, Ruthven et soixante-seize condamnés pour des attentats divers contre la royauté reçurent leur grâce. Ker de Faudownside dont le pistolet s'était

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