‹ Marie StuartChapitre 62 sur 107 · CHAPITRE DOUZIÈME. IIJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. IIJ

appuyé sur la poitrine de la reine et Douglas qui avait porté le premier coup à Riccio, furent seuls exceptés. Far une attention spéciale pour Darnley, il ne fut pas permis à Morton de s'approcher de la cour jusqu'à sept milles.

Marie passa encore quelques jours à Stirling. Darnley s'était retiré à Glasgow. La petite vérole faisait des ravages dans cette ville et il en fut atteint. On crut d'abord à un empoisonnement, mais la maladie présentait de tels caractères qu'il ne fut pas possible de douter. La petite vérole inspirait alors une terreur si générale et si profonde, que l'on transportait hors des villes ceux qui en étaient frappés, et qu'on ne les recevait qu'après une entière guérison confirmée par une longue convalescence et un complet isolement.

Marie qui venait de subir l'atteinte redoutable d'une maladie qui l'avait conduite aux portes du tombeau, ne pouvait, sans une coupable imprudence.braver l'opinion publique et le danger.

Elle ne resta pas indifférente devant les menaces de la maladie : elle s'empressa d'envoyer à Darnley son médecin, bien qu'elle fût souffrante elle-même. C'était assez pour répondre à des bruits malveillants colportés par les amis de Darnley et ses ennemis.

Marie en fut prévenue. Elle crut devoir s'en expliquer avec l'évêque de Glasgow, et sa lettre porte le caractère d'une sincérité qui serait une justification, si elle était nécessaire. « Quant au roi, notre époux, dit-elle, Dieu sait comment nous avons toujours agi à son égard, et sa conduite envers nous, est si bien connue de Dieu et des hommes, que même nos sujets indifférents la désapprouvent. Il s'agite et s'occupe assez d'épier nos actions ; avec l'aide de Dieu, elles seront toujours telles que personne n'aura occasion d'en être offensé. »

Cependant, la réflexion, la maladie, l'insuccès de ses démarches auprès des cours étrangères, où il avait calomnié Marie, sans oser attaquer sa conduite privée, un retour vers la piété de son enfance, avaient provoqué le repentir du roi, et déterminé sinon un acte public,du moins l'expression réservée de ses regrets. La reine ne résista pas à ces dispositions.

Elle partit d'Edimbourg vers le 22 janvier,et trouvaDarniey en assez bon état pour qu'il pût quitter Glasgow le 27. A la suite de plaintes mutuelles pour le passé et d'explications propres à préparer la réconciliation, en éclaircissant les mal-

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entendus, Darnley pria la reine de ne plus se séparer de lui. Il eût mieux valu qu'il prît l'engagement de ne pas s'éloigner d'elle, mais Marie était heureuse du rapprochement, et elle savait que la condescendance lui était commandée par les bizarreries d'un caractère faible et capricieux.

A leur arrivée à Edimbourg, vers la fin du mois, on se préoccupa du lieu où le roi devait loger. Holyrood ne pouvait convenir à cause des dangers de contagion qu'aurait courus le jeune orince.Une maison avait été choisie par le conseil privé, sans que la reine eût été consultée, assez près de son palais, pour qu'elle pût y visiter facilement son mari tant que durerait la convalescence, assez éloignée pour que la maladie ne pût être communiquée. On dit que Darnley la désigna lui-même.

La reine aurait préféré Craigmillar,mais le roi ayant montré de la répugnance pour ce château, elle accepta la maison qui plut à Darnley.

Située au sud d'Edimbourg, cette maison servait au prévôt de l'Église du Champ, d'où venait son nom de Kirk of Field. Elle était bien bâtie et comprenait un sous-sol avec un rezde-chaussée et un étage. Elle fut promptement munie de tout ce qui était convenable pour le séjour du roi. Il s'y installa dès les premiers jours de février. La reine l'y visita fort assidûment et passade longues heures auprès de lui. Elle tenait aie ramener entièrement, à le réconcilier avec lui-même,et à le faire rompre définitivement avec des habitudes indignes d'un prince et d'un chrétien. Elle passait avec lui une partie de la soirée. Elle avait fait placer un lit dans la chambre du rez-dechaussée, au-dessous de celle du roi, et elle y coucha deux nuits.

Les chefs du complot en préparaient cependant l'exécution. Ils auraient voulu y engager Morton;et Bothwell lui proposa de prendre sa part de l'entreprise. Morton qui était depuis peu revenu de l'exil, et qui ne voulait pas y retourner, exigea des garanties. Bothwell lui assura que la reine le désirait, mais comme il avait demandé uv* assurance formelle de ces intentions et une preuve, il fallut renoncer à son concours actif. Douglas vint lui dire, quelques jours après, que « la reine ne voulait pas entendre parler du projet ». Si elle l'avait connu et désiré, elle n'aurait rien négligé pour s'assurer le concours d'un homme aussi habile et aussi résolu que Morton. Les conjurés l'avaient donc calomniée.

Bothwell travaillait activement à recruter des assassins.

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