CHAPITRE DOUZIÈME
Morton lui ayant déclaré qu'il ne se mêlerait aucunement de cette affaire, il reçut successivement l'adhésion de John Hepburn. un de ses cousins et de ses vassaux, du laird d'Ormistorii de Hob Ormiston et de John Hay de Tallo.Bothwell faisait taire les scrupules, quand ils parlaient trop haut, en disant que la reine connaissait le complot, et que tous les seigneurs l'approuveraient quand il serait exécuté. Il s'assura aussi le concours d'agents subalternes qui devaient concourir au crime.
On renonça à frapper Darnley lorsqu'il s'éloignerait de sa demeure, de peur que cet assassinat en plein jour compromît ceux qui l'auraient accompli. On s'arrêta au projet de faire sauter la maison qu'il habitait, et la nuit du 9 février, du dimanche au lundi, fut fixée pour l'exécution.
Le matin, la reine avait entendu la messe avec Darnley. Elle se rendit à Holyrood, où elle devait donner une audience de congé au comte de Moretto, ambassadeur de Savoie. Elle assista au banquet donné en son honneur parl'évéqued'Argyle, et y montra sa bonne grâce et sa gaîté habituelles. Elle revint à Kirk of Field, pour passer la soirée avec le roi. Elle était accompagnée des principaux seigneurs de la cour, parmi lesquels était Bothwell, qui s'éloigna un moment du cortège pour donner ses dernières instructions et s'assurer que tout était prêt.
Marie resta jusqu'àonzc heures auprès du roi, qui se trouvait heureux de ces témoignages d'affection, mais qui voyait surtout avec joie les seigneurs de la cour l'entourer et lui rendre les hommages dus à son rang. Il insista pour que la reine restât plus longtemps ; mais elle avait promis d'assister au mariage de deux de ses serviteurs qu'elle aimait beaucoup, et qui, par leur dévouement, méritaient ces égards.
Elle embrassa Darnley, selon sa coutume, lui mit au doigt une bague comme témoignage de sa tendresse et lui promit de venir le revoir bientôt. Puis elle rentra à Holyrood à la lueur des torches, dansa au bal, se montra gaie, expansive, aimable et se retira vers minuit.
Elle était dans son appartement depuis une heure à peine, lorsqu'une effroyable détonation ébranla le château.La maison de Kirk of Field venait de sauter.
Marie effrayée envoya ses femmes qui s'étaient rendues auprès d'elle, pour s'informer de ce qui venait d'arriver. On courut dans la direction de l'explosion avec de tristes pressen-
timents. La maison où logeait Darnley n'était qu'un amas de ruines. La foule y était déjà nombreuse, et s'interrogeait avec anxiété sur le sort du roi. On n'en sut rien qu'au jour. 11 était en chemise ou vêtu d'une robe de chambre au pied d'un arbre. On trouva auprès de lui ses pantoufles ; il était sans vie, ainsi que son page qui couchait dans sa chambre. On ne remarqua sur son corps, ni trace de feu, ni blessure. Il est probable qu'entendant du bruit dans la maison, et persuadé qu'on en voulait à sa vie, il essaya de s'échapper avant l'explosion. Il fut arrêté par les conjurés qui gardaient toutes les issues et étranglé sans avoir pu ni se défendre, ni appeler au secours.
Quand l'œuvre criminelle fut accomplie, les membres du complot se dispersèrent. Bothwell était rentré tranquillement à Holyrood.
Marie avait passé la nuit dans une cruelle anxiété. Les renseignements qui lui arrivaient ne pouvaient satisfaire son impatience ni mettre fin à cette incertitude plus cruelle que la vérité. Lorsque, le matin, Bothwell vint lui dire qu'une certaine quantité de poudre amassée dans la maison de Kirk of Field s'était enflammée, que le roi avait péri avec ses serviteurs, et que leurs corps avaient été retrouvés à quelque distance, elle montra une douleur morne, et comprimant toute manifestation, elle ne pensa qu'à la vengeance. Elle déclara qu'elle poursuivrait les assassins avec la dernière rigueur. Puis, après avoir pris les mesures nécessaires pour l'accomplissement de ce devoir, elle se retira dans son appartement, et se livra sans contrainte à sa douleur.
Quelque nombreux et graves qu'eussent été à son égard les torts de Darnley, son repentir avait tout effacé. Elle s'était, depuis quelque temps, bercée de l'espoir d'un avenir heureux. Si elle ne pouvait se faire illusion sur la valeur morale de Darnley, qu'elle savait adonné à l'ivrognerie et à des plaisirs vulgaires, faible et violent, vaniteux, crédule, inconstant, hautain et susceptible, elle aimait à croire à de bonnes résolutions et à un changement qu'elle désirait pour ellemême et pour son royaume.
Avant son mariage, Darnley avait créé à Marie des difficultés de toute sorte, et plus particulièrement l'inimitié de l'Angleterre. Depuis son mariage, il avait entretenu les troubles, ravivé les haines intérieures, affaibli le pouvoir, et livré par ses calomnies inconsidérées le caractère de la reine