CHAPITRE QUATORZIÈME. I
C'était pour Marie la déchéance et la captivité.
Le château de Holyrood fut pillé. Les meubles, les vêtements, l'argent,les papiers de la reine furent dispersés et volés. Après les tentatives de l'ambition et les vengeances, il y a toujours, dans les révolutions, place pour le vol. C'est l'achèvement du vaincu et le bénéfice des vainqueurs.
Pour tenir leurs promesses et donner satisfaction au sentiment populaire, les lords firent quelques exécutions de personnages secondaires, accusés de régicide. Le peuple murmura. Ce n'est pas ce qu'il attendait. Pourquoi Bothwell restait-il libre de toute poursuite, dans le château de Dunbar, lorsqu'il était seul désigné à la vengeance ?
Le public ne savait pas les engagements qui le protégeaient.
Les rebelles commençaient à ne pas s'entendre entre eux. Les ministres du culte réformé, sous la direction de Knox, travaillèrent à rétablir l'union et firent appel à tous les fidèles. De leur côté, les Hamilton engagèrent les amis de la reine à se joindre à eux.
Edimbourg fut fortifié. On négocia cependant avec les Hamilton. C'est alors que, pour la première fois, on parle de la cassette qui aurait contenu des preuves accablantes pour la reine. Mais les lettres que l'on prétendait y avoir trouvées paraissaient si peu compromettantes, qu'on les signalera seulement longtemps après. Cet échafaudage de haine et de mensonge ne fut élevé que lorsqu'il ne fut plus possible d'en vérifier la solidité. Si l'on avait eu confiance en ces moyens que le pillage avait fournis, il est probable qu'on s'en serait servi dès ce moment contre la reine dont l'honneur aurait été perdu.
Cependant, les vainqueurs ne se sentaient pas forts. Ils cherchèrent un appui en France et auprès de la reine d'Angleterre. Elisabeth, toujours incertaine et mobile, envoya auprès d'eux Throckmorton qui était leur ami. Elle avait vu avec joie la chute de Marie, mais elle redoutait la puissance de l'exemple, et elle se demandait avec terreur si ce qui venait de se passer en Ecosse n'était pas pour ses sujets, dont elle sentait la fidélité ébranlée, un encouragement à des actes de même nature.
Murray était alors en France ; on aurait voulu le gagner à la cause de la reine déchue, et la cour multiplia les offres pour obtenir son concours. Mais elle ne tarda pas à s'aperce-
voir que l'on ne pouvait pas plus compter sur lui que sur cette noblesse habituée aux trahisons et prompte à tous les crimes qui pouvaient servir son ambition.
Enfermée à Lochleven, Marie était dans une situation déplorable. Elle ignorait ce qui se passait dans son royaume, souffrait toutes les humiliations et toutes les douleurs de la captivité, et aurait désespéré de l'avenir, si elle n'avait reçu de temps en temps des protestations qui la rassuraient, et si surtout son âme ne s'était élevée par l'énergie de sa foi au-dessus de tous les maux qui l'accablaient. .
Robert Melvil qu'elle avait envoyé auprès d'Elisabeth, revint en Ecosse. Avant de se rendre à Lochleven, il communiqua aux rebelles le résultat de ses intrigues, et n'alla trouver la reine que lorsqu'il se fut entendu avec eux.Throckmorton négociait, mêlait les reproches aux encouragements et demandait que l'héritier de Marie fût envoyé en Angleterre, où, à l'abri de tout danger, il serait élevé dans des sentiments qui lui permettraient de réparer les fautes de sa mère.
Convaincus qu'il n'était venu en Ecosse que pour soutenir la cause de la reine, les Hamilton lui confièrent leurs projets pour sa délivrance. Il profita de leurs confidences pour les calomnier, et il les présenta, dans sesr rapports, comme plus disposés à servir leur ambition que l'Ecosse ou la reine.
Murray n'avait pas quitté la France ; son agent Elphinstone se rendit auprès d'Elisabeth et lui communiqua une lettre de son maître à Marie. Murray n'avait pas écrit sans l'aveu de la reine d'Angleterre, et il protestait cà sa sœur de son entier dévouement. Elisabeth profita de l'occasion pour donner à la reine déchue les assurances les plus formelles de son intérêt. Elle lui disait que Murray n'avait jamais mal parlé d'elle, et qu'il était un serviteur dévoué sur qui elle devait compter.
Ces protestations menteuses, les ouvertures de Thockmorton, les rapports de Robert Melvil, la mission d'Elphinstone avaient le même but : tromper la malheureuse reine, aggraver sa situation, l'envelopper d'intrigues, l'éloigner de ceux qui lui étaient restés fidèles, faire croire à son attachement pour Bothwell, et après l'avoir déshonorée, la placer sous la domination ambitieuse et sans scrupules de Murray.
Cependant, les vainqueurs ne s'entendaient pas. Les uns auraient consenti à son rétablissement, à condition qu'elle se séparerait de Bothwell, poursuivrait les meurtriers du roi, donnerait toute liberté à la Réforme et leur assurerait les avan-