CHAPITRE QUATORZIÈME. I
tages réclamés par leur ambition et leur cupidité. D'autres voulaient son bannissement; quelques-uns opinaient pour son emprisonnement, et les plus fanatiques réclamaient sa mort.
Throckmorton, sans discuter ces divers avis, revint à la demande d'Elisabeth qui avait réclamé le jeune prince pour le faire élever en Angleterre. Lethington lui remit un écrit dans lequel les rebelles avaient formulé leurs griefs et leurs demandes. Ils n'avaient pas voulu porter atteinte à la liberté de la reine ; ils poursuivaient la vengeance de la mort du roi ; ils demandaient la condamnation de son meurtrier, qui avait contraint la reine à un mariage ignominieux ; ils n'avaient enfin emprisonné la reine, après l'avoir prise à Carbery-Hill, que pour la séparer de cet homme criminel. Par une étrange inconséquence, ils ajoutaient qu'ils avaient trouvé la reine disposée à abandonner son royaume, pourvu qu'il lui fût permis de vivre avec Bothwell. Ils joignaient ainsi, sans se mettre en peine de la contradiction, une accusation partielle et déshonorante pour la reine, à une justification générale.
Les réformés mettaient dans leur langage et leur conduite plus de franchise et de brutalité. Knox demandait l'alliance de l'église réformée avec les rebelles, l'établissement universel du protestantisme, la persécution contre ceux qui resteraient encore fidèles à l'idolâtrie, et le couronnement du jeune prince. Si la reine consentait, on respecterait son honneur et sa vie. Dans le cas contraire, on produirait les preuves qui établissaient sa culpabilité, on la maintiendrait en prison, et l'on instituerait un conseil de régence.
Le 24 juillet, Lindsay et Robert Melvil se rendirent à Lochleven pour déterminer Marie à signer trois actes dans lesquels était contenue la plus grande partie de ces exigences. Par le premier, la reine devait déclarer qu'incapable à cause de sa santé et de son état d'esprit de gouverner, elle abdiquait en faveur de son fils ; par le second, elle nommait régent Murray ; par le troisième, elle instituait un conseil de régence composé de Morton et des autres chefs de la révolte. Le pouvoir de ce conseil devait durer jusqu'à la rentrée en Ecosse de Murray, et s'il refusait la régence, le remplacer jusqu'à la majorité de Jacques. Cette triple déclaration devait tirer sa principale force de l'assurance donnée par la reine qu'elle était librement faite ou consentie.
On s'attendait à une vive résistance. Aussi employa- t-on
toute sorte de détours et d'habiletés. Elle ne se laissa pas tromper, et répondit avec fermeté qu'elle renoncerait plutôt à la vie qu'à la couronne. La ruse ne suffisant pas, on eut recours à la violence, et Lindsay la saisissant par le bras l'étreignit avec tant de force de son gantelet de fer, qu'elle en fut meurtrie.Elle signa en pleurant, sans vouloir lire le papier qu'on lui présentait, et en protestant qu'elle obéissait à la contrainte.
Il fallait donner à cet acte privé un caractère officiel. Le garde du sceau, Sainclair, fut sommé de l'apposer à l'abdication. Il s'y refusa, et Lindsay le lui arrachant des mains acheva cette œuvre de violence par une violence nouvelle.
Lorsque cet acte leur fut apporté, les rebelles signèrent un bond, par lequel ils s'engageaient à défendre la couronne du jeune prince. Puis ils allèrent annoncer cette victoire à Throckmorton,et luidemandèrent d'assister aucouronnement. L'ambassadeur indigné leur déclara qu'Elisabeth ne permettrait pas que le fils détrônât la mère, et sur l'ordre de sa maîtresse, leur demanda la liberté de Marie. C'était peut-être à ce moment le désir d'Elisabeth, que la conduite des révoltés et leur peu de soumission à ses désirs irritait. Mais la politique inflexible de son ministre Cécil avait d'autres vues. Elle comprima toujours les mouvements généreux que la pitié et le désir de sauvegarder la dignité royale inspiraient quelquefois à la reine.
Jacques fut couronné roi le 29 juillet. La cérémonie eut un caractère de tristesse qui frappa tous les esprits. Lorsque l'acte d'abdication de Marie fut lu, Lindsay et Ruthven déclarèrent par serment qu'il avait été volontaire, et que l'initiative appartenait à la reine. Une publication annonça ce grand événement à l'Ecosse, et le gouvernement fut dès lors exercé au nom du roi.
Brisée par tant d'émotions, épuisée par de si longues luttes, Marie était malade. Sa captivité devint plus rigoureuse, tant on craignait qu'elle ne s'échappât. Les torts des seigneurs à son égard étaient si nombreux et si graves, que sa vie ne paraissaitplusen sûreté, et Throckmortoncrut devoir la défendre contre tant d'ennemis que la passion aveuglait.
Murray quitta Paris en promettant à la cour qu'il rétablirait sa sœur dans tous ses droits, mais on ne fut pas longtemps trompé sur ses véritables intentions. Charles IX fit alors appeler le duc de Chatellerault, le premier régent, l'en