CHAPITRE QUATORZIÈME. I-4-T
gagea à partir et lui promit de le soutenir dans ses efforts en faveur de Marie. Mais Catherine de Médicis avait d'autres vues. Elle envoya M. de Lignerolles en Ecosse, sans mission précise, avec l'unique recommandation de maintenir l'alliance qui unissait les deux pays.
Le nouvel ambassadeur rencontra Murray à Londres. Le régent calomniait la reine auprès d'Elisabeth et de ses ministres, colportait les prétendues lettres de la cassette et les commentait hypocritement. Puis il se rendit en Ecosse et fut reçu à Edimbourg par un grand nombre de nobles qui lui firent un cortège imposant. Throckmorton et Lignerolles y figurèrent.
Il se montra d'abord très réservé et ne voulut rien faire sans avoir vu Marie. Il se rendit à Lochleven.Ce qu'il voulait c'était non pas servir la reine, mais recevoir ou paraître avoir reçu d'elle volontairement le pouvoir qu'il ne devait qu'à la violence. Marie fut-elle dupe de ses protestations de dévouement ? Lui témoigna-t-elle une vive affection ? lui dit-elle qu'elle n'avait d'espoir qu'en lui ? le supplia-t-elle de prendre le pouvoir et lui confia-t-elle ses bijoux ? C'est Murray qui fait ce récit, et comme il seconde parfaitement ses vues, comme il lui donne un rôle honorable, on a le droit de le révoquer en doute. Marie était prisonnière, sans secours, malade, mais elle gardait la foi en ses droits et la conviction qu'il était de son devoir de les défendre.
Cette visite, qui n'amena aucun soulagement dans sa situation, fut un acte de cette comédie que Murray jouait, avec tant d'audace, aux dépens de tous les droits et au profit de son ambition.
Throckmorton rentra peu de jours après en Angleterre (30 août 1567).
En prenant congé de Murray, il refusa les présents qui lui furent offerts, disant qu'il n'en accepterait volontiers que de la reine, seule souveraine de l'ÉcosscObéissait-il à ses propres inspirations ou était-il l'interprète des rancunes momentanées d'Elisabeth contre les lords ? Tout dans sa conduite est contradictoire, et ses intrigues furent souvent funestes à la cause royale en Ecosse, mais l'on voudrait croire à la sincérité de l'intérêt que, dans les derniers temps, il témoignait pour la malheureuse reine.
Murray devenu régent avait pour premier devoir de poursuivre les meurtriers du roi. Il réclama de Frédéric II, roi de
Danemark, l'extradition de Bothwell. Elle ne lui fut pas accordée sous prétexte que la culpabilité ne paraissait pas prouvée. Bothwell, après la journée de Carbery-Hill, s'était enfermé à Dunbar. L'ordre de son arrestation fut donné et ne put être exécuté.On envoya plus tard contre lui Tullibardine et Grange qui le poursuivirent avec une flottille, et le poussèrent sur les côtes de Norvvège. 11 fut pris dans une situation misérable, manquant de tout et vêtu de haillons. Conduit à Bergen, il fut envoyé à Copenhague.
Il passa plusieurs années au château de Malmoe, et le roi tout en le retenant captif, repoussa toutes les demandes d'extradition qui lui furent adressées à plusieurs reprises avec l'appui d Elisabeth. Lorsque cet homme à qui rien n'avait coûté pour la satisfaction de son ambition, vit sa mort prochaine, il fit appeler l'évêque de Scanie et les quatre baillis de la ville, afin de soulager sa conscience. Il déclara, sous la foi du serment, et sur sa damnation éternelle, que la reine n'avait jamais eu connaissance du complot contre la vie du roi, que le meurtre avait été commis par lui et ses amis avec consentement des lords delà Congrégation, parmi lesquels il nomma Murray. Mortcn, Argyle, Buccleugh et Lethington.
Un complice que Bothwell n'avait pas nommé était James Balfour, gouverneur peur la reine du château d'Edimbourg. Murray qui avait de si grands ménagements à garder, lui assura l'impunité. lui fit payer cinq mille livres, lui donna une pension et un prieuré à son fils. A ces conditions, le château lui fut livré.
Des accusés inférieurs furent poursuivis et relâchés. Quatre quiavaientassistéaumeurtre subirent les plus cruelles tortures. On espérait leur arracher un mot de condamnation contre la reine.
Ils citèrent plusieurs noms, déclarèrent avoir vu le bond signé par les nobles pour s'engager dans cette entreprise, et affirmèrent que la reine n'y était pour rien. On n'osa les faire mourir de peur de révélations publiques. On les oublia dans les cachots
Plus tard, et sous la pression populaire, leur affaire dut être reprise, mais ce fut sans danger pour les auteurs et complices du crime. En un seul jour, les quatre auxiliaires de Bothwell furent jugés, condamnés, pendus et écartelés. Au moment du supplice, ils accusèrent Huntley, Argyle, Lethington, Balfour et plusieurs amis de Murray dont ils avaient vu les