‹ Marie StuartChapitre 73 sur 107 · CHAPITRE QUATORZIÈME. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME. I

signatures. Ils déclarèrent que la reine n'avait pas eu connaissance du complot. Un seul, Hepburn, prétendit que la reine avait été informée ; mais son interrogatoire ne porte aucune trace de cette accusation.

Murray obtint rapidement par des f négociations ou des expéditions'hardies la pacification de l'Ecosse. Il avait l'appui de l'église réformée dont il affectait de suivre avec une religieuse fidélité les offices et les recommandations. Il pouvait compter sur l'Angleterre, dont il avait en tout temps secondé la politique. Il n'hésita pas à convoquer le parlement. La noblesse s'y rendit presque tout entière. On n'y compta que quatre évêques. Mais les représentants des bourgs furent admis, ce qui forma le parlement le plus nombreux que l'on eût vu jusqu'alors.

La question religieuse fut traitée la première et les réformés eurent entière satisfaction pour leurs exigences. Ils n'épïouvèrcnt d'échec que lorsqu'ils demandèrent à être mis en possession des biens de l'Eglise.

Lorsque, après avoir réglé ce qui se rapportait aux écoles, aux universités, à la nomination des ministres et à l'administration des sacrements, on en vint à l'emprisonnement de la reine, il y eut de vives protestations. Le parlement le maintint et déchargea la noblesse de toute responsabilité pour avoir pris les armes contre elle.La reine fut déclarée coupable sans être entendue, et on argua contre elle de lettres écrites et signées de sa main. Ces lettres étaient celles que l'on prétendait extraites de la cassette, et dont pas plus alors que plus tard, on ne put représenter les originaux. Et comme l'iniquité se ment toujours à elle-même, au moment même où l'on prétendait condamner la reine pour sa connivence avec Bothwell, on accusait ce même Bothwell de l'avoir surprise traîtreusement et de s'être servi contre elle de la violence la plus criminelle.

Marie supportait sa captivité avec une résignation qui ne diminuait en rien l'espoir de s'y soustraire. Elle avait pu faire parvenir ses plaintes et ses demandes de secours à Catherine de Médicis, mais la France ne fit rien pour elle. Charles IX, qui l'aurait secourue, était moins maître que sa mère.

Plusieurs fois Marie avait tenté de s'évader. Un fils de la maîtresse du château, âgé de dix-huit ans, Georges Douglas, avait formé plusieurs projets qui ne réussirent pas. Un jour, elle prit le costume d'une blanchisseuse et avait déjà franchi

l'enceinte du château, lorsqu'elle fut reconnue et ramenée par des bateliers.

Murray averti, courut à Lochleven et recommanda une vigilance plus sévère. Elle put cependant communiquer avec la France, mais sans obtenir autre chose que de vagues promesses. Il était réservé à un orphelin, presque enfant, de faire ce que la noblesse fidèle croyait impossible, ce qui n'avait pas été tenté par la cour de France, quelque intérêt qu'elle eût à délivrer celle qui avait porté la couronne royale des Valois. Le dimanche, 2 mai, cet orphelin, Willie Douglas, servant à table, couvrit d'une serviette les clés du château, déposées auprès du châtelain, les emporta, avertit la reine qui était prête et la conduisit à travers la cour jusqu'aux portes. Il les ouvrit, les referma, se jeta dans une barque et rama vigoureusement, aidé par la reine. Les clés du château furent lancées dans le lac et à un signal, Georges Douglas et cinquante cavaliers réunis par les Hamilton, l'entourèrent quand elle descendit sur le rivage, la mirent à cheval et la conduisirent au Forth qui fut traversé dans une barque de pêcheur. Elle y trouva une foule de gentilshommes armés pour sa cause qui la mirent bientôt en sûreté dans le château des Hamilton.

Cette heureuse délivrance ranima les espérances de tous les amis de la reine. Les seigneurs firent appel à leurs vassaux, et, en quelques jours, elle eut une armée de six mille hommes dévouée et pleine d'ardeur. Elle demanda de l'argent et des soldats à la France, espérant toucher enfin ceux à qui la rattachait son premier mariage et qui avaient intérêt à ne pas laisser grandir démesurément l'influence de l'Angleterre. Mais les événements se précipitèrent et elle fut laissée à ses propres forces.

Marie envoyadireà Murray qu'elle retirait son abdication, et lui demanda de déposer son pouvoir, promettant le pardon à tous ceux qui avaient porté atteinte à son honneur et à sa liberté, et soumettant tout au parlement. Les lords qui avaient pris part au meurtre de Darnley, aux révoltes et à la lutte contre la reine, craignirent peur leur sûreté ou leur vie, et se rapprochèrent dans un intérêt commun.

L'armée de la reine commandée par le comte d'Argyle était nombreuse, mais peu disciplinée, et les chefs nes'entendaient pas. Ils auraient voulu attaquer. La reine cherchait à éviter l'effusion du sang, et, en attendant de nouveaux renforts, elle décida de s'enfermer dans la forteresse de Dumbarton.

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