CHAPITRE QUATORZIÈME
Elle quitta Hamilton le 13 mai. Murray, averti du lieu où elle devait passer, par Robert Melvil qui n'était accouru auprès d'elleque pour latrahir,s'emparadeshauteurs de Langside, pour lui disputer le passage. On échangea quelques boulets. Après plusieurs engagements partiels, les Hamilton se précipitèrent imprudemment dans un chemin creux où ils furent attaqués de tous côtés. Ils arrivèrent cependant au haut de la colline, où ils trouvèrent une résistance qu'ils ne pouvaient plus guère espérer briser, à cause de leurs pertes et de leurs fatigues. Ils avaient cependant, grâce à l'impétuosité de leur attaque, fait reculer une partie de l'armée du régent, lorsque des troupes fraîches arrivèrent à son secours. Les Hamilton entourés, épuisés, accablés par le nombre, cédèrent, et leur retraite entraîna la dispersion de l'armée royale.
La reine accourut, espérant ramener au combat les fuyards. Ni ses paroles ne les touchèrent, ni son exemple ne les décida. La déroute était complète et sa cause perdue.
Marie désespérée essaya de prendre la route de Dumbarton. Le chemin lui en était fermé. Entourée de quelques fidèles, elle courut toute la nuit, n'osant s'arrêter nulle part. Elle parcourut ainsi soixante milles. Après avoir traversé la Dee et fait couper le pont, elle se trouva un peu rassurée, et entra dans une chaumière où elle demanda à une pauvre femme de quoi apaiser sa faim. Elle lui donna tout ce qu'elle avait, du pain noir et du lait, et pour reconnaître cette hospitalité,Marie,toujours généreuse,même lorsqu'il ne lui restait plus rien, lui fit don du cottage qu'elle habitait et du champ environnant. La promesse fut tenue par un des fidèles qui l'accompagnaient.
Cette courte et malheureuse campagne fut pour elle pleine de fatigues et de dangers, « car, dit-elle, j'ai souffert injures, calomnies, prison, faim, froid, chaud, fuite sans savoir où, quatre-vingt-douze milles à travers champs, sans m'arrêter et descendre ; et puis, coucher sur la dure, et boire du lait aigre, et manger de la farine d'avoine sans pain, et suis venue trois nuits, comme les chats-huants, sans femme en ce pays (x). » Elle apprit les pertes qu'elle avait faites dans la personne de ses plus fidèles et plus anciens amis. Elle eut le texte d'une accusation infâme dirigée contre elle, dans une proclamation, par Murray qui mettait dans la bouche de son fils le reproche d'avoir voulu le faire mourir pour lui ravir la couronne.
\. Au cardinal de Lorraine. Labanoff, t. 11, p, 117.
Marie Stuart. IO
Découragée, sans espoir de ramener la fortune, elle décida de se réfugier en Angleterre. Ses amis les plus dévoués, ses serviteurs les plus fidèles essayèrent par leurs sollicitations et leurs remontrances de la faire renoncer à cette fatale résolution, dont ils lui montraient les conséquences. Rien ne la toucha. Elle écrivit à la reine d'Angleterre pour lui demander asile, débarqua à Workington dans le Cumberland, et lui envoya une bague qu'elle lui avait donnée autrefois avec la promesse de l'aider. Elle comptait sur le cœur d'Elisabeth. Lowther qui commandait à Carlisle alla la chercher et la mena dans le château. Elle avait demandé un asile : Elisabeth lui donnait une prison.
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