‹ Marie StuartChapitre 75 sur 107 · Chapitre qutn5tème · texte numérisé non relu

Chapitre qutn5tème

Les conférences d'York et de Westminster,

LISABETH avait Marie à sa disposition.

Allait-elle la remettre en liberté, lui laissant le choix du lieu où elle voudrait se retirer? Lui fournirait-elle des secours pour rentrer dans ses Etats ? Lui assurerait-elle, du moins, une hospitalité tranquille et généreuse, respectant son malheur et honorant sa qualité de reine ?

De ces solutions, aucune ne convenait à sa jalousie et à ses rancunes. Sous prétexte de lui faire honneur, elle envoya à Carlisle lord Scrope, gardien des frontières et sir Francis Knollys, son vice-chancelier. Ils avaient la mission de la surveiller. On la gardait donc prisonnière, et pour colorer d'un prétexte honorable cette violation du droit des gens, il fut convenu qu'on lui^demanderait compte des accusations dirigées contre elle. Elisabeth devenait juge de celle qui s'était confiée à sa foi, et elle, si jalouse de la dignité royale, elle acceptait des sujets pour accusateurs de leur souveraine !

Elle lui écrivit pour lui dire qu'elle ne permettrait pas que la France se chargeât de sa querelle, et pour lui signifier qu'elle ne la recevrait que lorsqu'elle se serait complètement disculpée. Marie répondit à Scrope et à Knollys qui, en lui remettant cette lettre, lui parlaient des bonnes dispositions de leur maîtresse.pour protester contre toute atteinte à sa liberté, et elle y mit une éloquence qui les toucha. Elle écrivit en même temps à Elisabeth comme si elle ne doutait pas de ses bonnes intentions, et elle la supplia d'intervenir en sa faveur.

Elle envoya lord Fleming en France, lui recommandant de s'arrêter à Londres avec lord Herries, pour se rendre compte des dispositions de la reine. L'accueil qui leur fut fait ne leur laissa aucune illusion. L'intrigue était habilement conduite, et si Elisabeth passait rapidement d'une impression à une autre, son ministre Cecil marchait résolument à son but. On voulait décourager Marie, annihiler les efforts de ses serviteurs, la diffamer en public, et en l'amenant à se défendre contre les

accusations dont elle était l'objet, lui enlever le dernier prestige de la royauté.

Elle s'indignait contre cet abaissement. « Je ne puis ni ne veulx respondre à leurs faulses accusations, écrit-elle à Elisabeth le 13 juin 1568, mais ouy bien par amitié et bon plaisir me veulx-je justifier vers vous de bonne voglia (volonté), non en forme de procès avec mes subjeetz... Madame, eulx et moy ne sommes en rien cornpaignon, et quand je debvrois estre tenue icy, encores aimerois-je mieulx mourir que me faire telle. » Elisabeth aurait compris ce langage royal si la passion religieuse n'avait fermé son âme à toute vérité.

Comme elle demandait au cardinal de Lorraine les arrérages de son douaire, à cause de sa pauvreté, Elisabeth parut touchée de pitié, et elle lui envoya deux vieilles chemises, deux paires de souliers et deux pièces de velours noir.

Pour calmer les défiances qu'avait fait naître dans l'esprit de Marie la proposition d'intervenir entre elle et ses sujets, Elisabeth envoya auprès d'elle Middlemore. Il l'assura que la reine entendrait avec joie sa justification, et lui communiqua une lettre sévère qu'elle adressait à Murray. Il lui annonçait en même temps qu'elle se proposait de la faire conduire dans une résidence plus rapprochée de la cour, où elle serait en sûreté et dont l'air serait meilleur pour sa santé. Marie pleura, fit entendre de vives plaintes, protesta et écrivit à Elisabeth en termes modérés, mais sous lesquels éclatait son indignation. Elle terminait en disant qu'elle voulait bien se justifier devant elle, mais non en forme de procès contre ses sujets.

Murray était alors à Dumfries, où Middlemore alla le trouver. Il était rapidement parvenu à dissiper tous ceux qui tenaient encore au parti de la reine et avait achevé sa victoire de Langside par une persécution violente. Mais il craignait une réaction, et avait besoin du secours de l'Angleterre. Une pouvait mieux se l'assurer qu'en se faisant l'accusateur de celle qu'il aurait dû fidèlement servir. Il envoya Wood à Londres avec les lettres de la cassette, et lorsque Middlemore revint en Angleterre, il fit dire par lui qu'il lui importait de savoir si l'accusation serait soutenue. Il ne voulait s'engager qu'à la condition d'avoir des complices dans son infamie.

Marie apprit ce qui se tramait contre elle, et s'en plaignit à Elisabeth avec une vivacité qui ne servit pas sa cause. Ses

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