CHAPITRE QUINZIÈME
plaintes étaient une accusation, et rien ne pouvait plus déplaire à Elisabeth que la vérité.
M. de Mpntmorin, envoyé par Charles IX, à Carlisle, trouva la reine d'Ecosse prisonnière. Elle avait trois femmes pour la servir, mais tous les domestiques couchaient hors du château.
Les pièces qui précédaient sa chambre étaient gardées par des arquebusiers, et à la demande qu'elle avait faite d'un prêtre, on avait répondu qu'il ne s'en trouvait pas en Angleterre.
Marie adressa, par M. de Montmorin, un mémoire à tous les princes chrétiens dont elle sollicitait le secours. Elle implorait l'appui du duc d'Anjou et de Charles IX. Elle exposait au cardinal de Lorraine sa triste situation, et écrivait à Philippe II pour l'intéressera son malheur.
En même temps, lord Herries, qui avait fini par obtenir une audience d'Elisabeth, plaidait la cause de sa maîtresse et réfutait toutes les calomnies accumulées contre elle. Elisabeth lui répondit qu'elle ne demandait pas mieux que de reconnaître l'innocence de sa sœur, et qu'elle allait la rapprocher d'elle afin d'entrer en matière.
Lord Herries accepta en principe les conférences, mais après avoir reçu de nouvelles instructions, il déclara que la reine ne voulait ni quitter Carlisle, ni répondre à ses sujets sur les accusations intentées contre elle. Elisabeth témoigna son mécontentement à Marie d'une manière blessante, et s'attira une réponse aussi ferme au fond que conciliante dans la forme. Mais que pouvait-elle contre une haine qui poursuivait en elle la femme, la reine et la catholique ?
Marie devait changer de prison. L'ambassadeur de France s'en plaignit. Elisabeth lui déclara que ce changement de résidence n'avait pour cause que la santé de sa bonne sœur, et que son intention était bien de la rétablir sur le trône. Marie refusa de partir, et ce ne fut que lorsqu'elle vit les cavaliers à la porte du château que, redoutant la violence, elle céda. Partie le 13 juillet de Carlisle, elle arriva le 16 à Bolton, dans le comté d'York. Elle y trouva, de la part de lady Scrope, un accueil respectueux, qui lui fit oublier, pour un moment, ses inquiétudes.
On reprit les négociations relatives aux conférences. On promit à lord Herries le rétablissement de la reine d'Ecosse, si elle soumettait sa cause à Elisabeth qui l'entendrait, non comme juge, mais comme cousine et amie. Il accepta et
retourna auprès de sa mai tresse. Marie hésita, demanda des explications, finit par se rendre et écrivit à Elisabeth une lettre où déborde la confiance. Elle annonça cette bonne nouvelle à Charles IX, et montra une gaîté que, depuis longtemps, elle ne connaissait plus. Elle comptait sur des juges quand elle ne devait trouver que des accusateurs.
L'Ecosse était livrée à l'anarchie. Murray avait mécontenté tout le monde; des complots se formaient contre lui, un parlement fut réuni au nom de la reine, Huntley et Argyle prirent les armes. Murray semblait perdu, lorsqu'une perfidie d'Elisabeth le sauva. Elle obtint de Marie, en lui promettant une restauration prochaine, qu'elle ordonnât à ses partisans de se disperser. Ils obéirent et Murray, vainqueur sans combat, exerça contre eux la plus inique et la plus cruelle des persécutions, n'épargnant ni les biens ni les personnes de ceux qui s'étaient volontairement désarmés.
C'était pour Elisabeth un double succès : la cause de Marie était affaiblie, et sa confiance en des promesses trompeuses avait compromis son autorité. De son côté, Murray reconnaissant d'un pareil service ne pouvait se refuser à porter aux conférences ses accusations contre sa sœur.
Il avait à choisir des commissaires, mais il éprouva de nombreux refus, aucun de ceux qui avaient souci de la vérité et de leur honneur ne voulant se compromettre et engager l'avenir. Il choisit Morton et Lethington, principaux auteurs de la mort de Darnley, l'évêque d'Orkney, qui avait béni le mariage avec Bothwell, Lindsay, Robert Pitcairn, Mackil et Barnayes qui avaient absous Bothwell, John Wood que n'embarrassaient pas les scrupules et Buchanan qui, comblé de biens et sauvé par Marie, lui a témoigné sa reconnaissance par les ignobles accusations contenues dans la détection et les travestissements menteurs qui composent le Journal de Moray.
Ces commissaires reçurent d'avance, en vêtements et en argent, le prix de leur complaisance.
Elisabeth nomma trois commissaires : le duc de Norfolk dont elle connaissait la faiblesse, le comte de Sussex qui avait proposé de retenir Marie et de la déshonorer, et sir Ralph Sadler dont les intrigues avaient contribué à perdre la reine.
Marie, de son côté, choisit ses représentants. Le premier était l'évêque de Ross, dont le dévouement ne lui manqua jamais. Il avait cru d'abord que les conférences avaient pour but une réconciliation, mais quand il comprit la situation