‹ Marie StuartChapitre 77 sur 107 · CHAPITRE QUINZIÈME. J · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME. J

que l'on faisait à la reine, il lui dit ses craintes et essaya de la faire reculer. Mais les choses étaient trop avancées, et il fallut se borner à essayer de tirer le meilleur parti des conditions acceptées.

Elle adjoignit, pour défendre sa cause, à l'évêque de Ross, les lords Herries, Levingston et Boyd, l'abbé de Kilwinning, sir John Gordon de Lochinver et sir James Cockburn de Skirling.

Les conférences s'ouvrirent à York, le 4 octobre. Les représentants de Marie firent l'histoire des derniers événements et émirent le vœu que tout se terminât par un accord.

Au lieu de répondre, Murray demanda à faire une communication secrète aux commissaires anglais. Il voulait savoir, avant d'accuser la reine, si les commissaires avaient des pouvoirs suffisants pour l'acquitter ou la condamner, s'ils prononceraient sans délai, si condamnée, Marie resterait en Angleterre, et si la régence lui serait conservée à lui-même.

Les commissaires répondirent qu'ils demanderaient de nouvelles instructions sur ces points, et Murray revenant sur les faits déjà racontés, essaya d'incriminer la reine, sans parler de sa participation au meurtre de Darnley, et s'attacha particulièrement à excuser sa propre conduite et celle de ses amis.

Pendantl'absence de plusieurs des commissairesqui étaient allés demander les instructions d'Elisabeth, Murray communiqua secrètement aux autres par ses délégués, le bond du souper d'Ainslie, un warrant de Marie qui l'approuvait, deux contrats de mariage contenant la promesse faite par elle à Bothwell de l'épouser, deux lettres dans lesquelles elle préparait son propre enlèvement, une troisième où l'on prétendait voirie projet de faire tuerie roi dans une querelle avec 1 abbé de Holyrood, et une quatrième contenant le projet de l'assassinat de Kirk-of-Field.

Aucune de ces pièces n'était authentique. Le bond n'avait pas de signatures, le warrant ne fut plus représenté, tant il était manifestement faux. Quant aux lettres que l'on prétendait écrites de la main de la reine, Marie les avait désavouées d'avance. « Vous demanderez, dit-elle à ses commissaires, que les originaux soient produits, afin que je puisse les examiner et y répondre, et vous affirmerez en mon nom que je n'ai jamais rien écrit sur ce sujet à aucune créature vivante. S'il existe des écrits de cette sorte, ils sont faux et simulés, forgés et inventés par eux-mêmes, uniquement pour me dif-

famer. Ils sont plusieurs, en Ecosse, hommes et femmes qui savent contrefaire ma main et écrire de la même manière que moi, et aussi bien que moi, et principalement de ceux qui se trouvent dans leur compagnie^1).» Elle désignait Lethington, son secrétaire.

Ses commissaires répondirent, le 16 octobre, à Murray. Si Bothwell était le principal meurtrier du roi, la reine ne devait pas le croire, puisqu'il avait été acquitté par le jugement de ses pairs, et que ce jugement avait été confirmé par le parlement et un grand nombre de nobles. Si la reine avait épousé Bothwell, c'était d'après l'avis des nobles se déclarant les ennemis de quiconque voudrait s'opposer à ce mariage. Personne ne l'avait trouvé mauvais jusqu'à la révolte. Après son emprisonnement à Lochleven, Bothwell resta tranquille à Dunbar. On ne le considérait donc pas comme coupable. Pour toutes les accusations dirigées contre elle, elle avait toujours demandé à répondre devant les Etats. Son abdication avait été extorquée par la violence et les menaces. Quant au couronnement de son fils et à la régence de Murray, c'étaient des actes illégaux. Si elle s'était échappée de Lochleven, elle avait usé du droit de tout prisonnier, et d'ailleurs, reine, elle pouvait commander.

A ces fermes déclarations, les ennemis de Marie n'avaient rien à répondre, et Murray put craindre qu'elle ne sortît victorieuse de ces accusations.

Le duc de Norfolk vint à son aide. Par Lethington qu'il connaissait depuis longtemps, il parvint à voir secrètement Murray, et lui déclara que la reine d'Angleterre désirait que la question restât dans le doute, la reconnaissance de l'innocence de la reine devant être préjudiciable aux intérêts du royaume et sa condamnation présentant de graves inconvénients. C'était avouer que, pour Elisabeth, ces conférences n'étaient qu'une comédie.

Dès lors, Murray songea moins à accuser Marie, qu'à s'entendre avec ses représentants. Tout eût été pour lui facilement terminé, si la reine consentait à ratifier son abdication. Melvil fut chargé de lui porter à Bolton les offres les plus séduisantes. On abandonnerait toute accusation, elle résiderait en Angleterre, et si son fils mourait, elle reprendrait le pouvoir. On prétend qu'elle avait accepté ces propositions trompeuses, et qu'ensuite elle les rejeta. Ce qu'il y a de

1. Instructions à ses commissaires. Labanoff, tome II, pp. 202, 203.

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