‹ Marie StuartChapitre 78 sur 107 · CHAPITRE QUINZIÈME. ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME. ï

certain, c'est qu'Elisabeth, quand elle apprit ce qui s'était passé, en fut vivement contrariée. Elle transporta les conférences à Hampton-Court et n'y appela que les plus cruels ennemis de Marie et ses plus faibles défenseurs.

Le conseil privé se réunit le 30 octobre. Il décida le plan de la nouvelle attaque contre la reine, et ce plan fut fidèlement suivi.

Lorsque les commissaires furent rendus à Hampton-Court, Elisabeth reçut ceux de Marie, et par ses flatteries endormit leur vigilance, comme par l'opinion qu'elle émit que Murray avait échoué, elle trompa leur résolution. Pour Murray, qui s'était engagé d'honneur avec Norfolk à ne pas poursuivre l'accusation, elle lui montra dans un avenir prochain la régence du duc de Chatellerault. C'était lui dire ce qu'elle attendait de lui. Les preuves paraissaient si faibles et si peu sûres, que les ministres anglais avaient les plus grandes inquiétudes. Ils avaient bien obtenu que le comte et la comtesse de Lennox implorassent tous les jours,aux genoux d'Elisabeth la vengeance de la mort de leur fils, mais cela ne suffisait pas, et il fallut recourir à de nouvelles intrigues.

Marie n'eut pas de peine à s'en apercevoir. Aussi donnât-elle à ses commissaires des instructions qui restreignaient leurs pouvoirs à traiter du pardon des rebelles. Ces instructions n'arrivèrent que lorsque denouvellesconférences eurent été acceptées.

Elles s'ouvrirent le 25 novembre. Murray reçut toutes les assurances qu'il avait demandées pour produire son accusation. Il ne se décida pourtant qu'après une résistance hypocrite. Il en avait confié le texte àWood, qui le présenta sans le remettre, mais l'évêque d'Orkney le lui arracha et le jeta sur la table du conseil. Il fallut en délibérer.

D'après cet acte, Bothwell était le principal auteur de la mort du roi et la reine sa complice. Ils avaient, l'un et l'autre, préparé au prince héritier le sort de son père.

On se sépara après cette lecture, Elisabeth s'empressa d'écrire à Marie pour l'engager à vivre en Angleterre, lui promettant que rien ne serait jamais révélé des accusations dirigées contre elle. Ce qu'elle poursuivait alors, c'était une abdication qui eût laissé libre carrière à ses projets.

Les commissaires de la reine repoussèrent avec indignation ces allégations mensongères devant le conseil, et devant Elisabeth ; ils demandèrent qu'il fût permis à leur maîtresse de

venir se défendre en personne. C'était placer Elisabeth dans une situation difficile qu'elle avait toujours évitée. Elle prétexta ne pouvoir admettre sa cousine en sa présence, à cause des bruits scandaleux répandus sur elle. La demande fut soumise à un conseil d'avocats. Cinq sur neuf la déclarèrent légitime, mais le conseil ne tint pas compte de cet avis.

Les commissaires de la reine se retirèrent, protestant que tout ce qui serait fait désormais ne pourrait porter aucune atteinte à l'honneur ni aux droits de leur maîtresse, puisqu'il lui était impossible de répondre directement à ses accusateurs.

L'information ne fut pas moins poursuivie à Westminster. Tout devenait facile en l'absence de contradicteurs. Murray, avec des réserves hypocrites, et comme s'il agissait malgré lui, produisit le livre des articles qui contenait, en les aggravant, les allégations déjà énoncées. Puis il remit « un petit coffret doré, de moins d'un pied de long, garni en plusieurs endroits de la lettre romaine F surmontée d'une couronne, dans lequel étaient contenues certaines lettres et autres pièces qu'ils dirent et affirmèrent avoir été écrites de la main de la reine au comte de Bothwell. » Ce coffret déposé au château d'Edimbourg aurait été saisi au moment de la fuite, lien tira les écrits déjà énoncés et sept lettres adressées par la reine à Bothwell.

Le texte français produit alors, fut présenté comme l'original. Mais le texte écossais qui avait déjà été mis sous les yeux des commissaires était aussi, disait-on, de la main de la reine. Auquel croire ? Le soin que prit Murray de les retirer et de n'en laisser que des copies, prouve le degré de confiance qu'il faut accorder à l'un et à l'autre. L'accusateur secondamne lui-même.

Il présenta ensuite les confessions des quatre complices de Bothwell qui avaient été pendus. Cette pièce n'avait aucun caractère authentique. La déposition écrite de deux serviteurs du comte de Lennox qui auraient dû répondre de vive voix prouvait qu'on ne comptait pas sur eux, et le libelle intitulé : Journal de Moray qui réunissait toutes les prétendues preuves de culpabilité, et qui fut placé sous les yeux des commissaires, ne méritait ni moins de mépris et d'indignation que la Détection de Buchanan, dont il était aussi l'ouvrage.

11 n'y eut, pour ces divers témoignages,ni preuve, ni examen

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