CHAPITRE QUINZIÈME
contradictoire. L'accusateur et les commissaires s'étaient entendus d'avance.
On comprit combien la décision, quelle qu'elle fût, en serait infirmée. Pour ajouter à l'autorité des commissaires, Elisabeth en augmenta le nombre ; elle leur adjoignit les comtes de Northumberland, Westmoreland, Shrewsbury, Worcester, Huntington et Warwick. On leur demanda le secret, et on leur communiqua tout ce qui avait été fait à York et à Westminster.
Elisabeth manda à Hampton-Court, le lendemain, les commissaires de la reine d'Ecosse, leur renouvela son intention de ne pas recevoir leur maîtresse, et leur dit qu'elle pourrait se défendre comme elle l'entendrait, devant les commissaires anglais. Elle leur permettait de retourner à Bolton, mais non en Ecosse. Elle ne croyait à aucune des accusations formulées, mais comme l'abdication de Marie était nécessaire à ses vues politiques, elle ne reculait devant aucun des moyens qui lui paraissaient conduire à ce but.
Cependant, l'opinion publique accusait du meurtre de Darnley ceux qui prétendaient en faire peser la responsabilité sur la reine. Lord Herries s'était fait l'écho de cette conviction. Lord Lindsayle provoqua. Herries, en acceptant, écrivit à Leicester qu'il maintenait tout ce qu'il avait dit et s'engageait à le prouver.
On ne voulait pas rouvrir le débat, parce qu'on savait tout ce qui pourrait en résulter, mais la reine d'Ecosse enjoignit à ses commissaires de reprendre les conférences, et se déclara prête à repousser toutes les calomnies dirigées contre elle. Ils sollicitèrent une audience d'Elisabeth, accusèrent publiquement Murray et ses amis, et demandèrent que leur maîtresse fût entendue, après qu'on lui aurait soumis les pièces dont on arguait contre elle.
Elisabeth voulait gagner du temps. Elle fit proposer à Marie de lui conserver le titre de reine, pourvu que le pouvoir restât à Murray. Marie en fut indignée. et plus que jamais elle demanda d'être mise en présence de ses accusateurs. Ce qu'elle voulait surtout qu'Elisabeth sût bien, c'est qu'elle re consentirait jamais à résigner la couronne ; « la dernière parole que je ferai en ma vie, dit-elle, sera d'une reine d'Ecosse. »
Cette fermeté donna de vives inquiétudes a Élis&beth et à son ministre Cécil. Ils crurent échapper aux difficultés pré-
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sentes en déclarant au conseil, le 10 janvier 1569, qu'il n'avait été rien prouvé contre Murray et ses amis, et que rien n'autorisait à avoir une mauvaise opinion delà reine d'Ecosse.
Murray témoigna une vive irritation des accusations de sa sœur et annonça l'intention de se rendre à Bolton pour voir si elle oserait les soutenir en face. Il lui fut répondu que ces accusations formulées deux fois pas écrit étaient maintenues, et, au lieu de persister dans son projet, il se hâta de partir pour l'Ecosse.
Marie avait demandé communication des preuves écrites que l'on avait fournies contre elle. On les lui promit à condition qu'elle les réfuterait toutes. C'était un engagement qu'elle avait pris deux fois. Mais à quoi pouvaient servir la production et la réfutation, Murray, avec qui seul la discussion pouvait être entreprise, n'étant plus en Angleterre? Le parti pris d'Elisabeth était évident. Toutes ces grandes démonstrations n'étaient qu'une comédie, et ce qu'elle cherchait le moins, c'était la vérité.
Ainsi se terminèrent les conférences. Elisabeth les avait ouvertes sans espoir, et peut-être sans désir de constater la culpabilité de Marie. Il lui suffisait de l'amener, par ces intrigues, à l'abdication. Murray obéissant à son ambitior avait produit des accusations et des preuves dont il savait la fausseté. Il emporta en Ecosse la honte et les bénéfices de son criminel calcul. Marie, après avoir accepté imprudemment une situation qui l'amoindrissait, se défendit avec dignité, et si elle ne put convaincre ses calomniateurs qui se dérobèrent, elle a du moins établi, pour les esprits droits et sincères, ça complète innocence.