‹ Marie StuartChapitre 8 sur 107 · CHAPITRE PREMIER. I I · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. I I

pour la satisfaction de son ambition et le plus grand malheur de sa faible voisine.

Il semblait que Jacques eût prévu ce que son pays et sa famille auraient à souffrir. Il chercha un appui au dehors ; il s'assura du secours de la France, et se ligua avec Louis XII et les Pays-Bas. Les questions commerciales se mêlaient pour lui à celles de la politique, et pendant qu'il défendait l'indépendance de son royaume, il cherchait les moyens de lui assurer la richesse que donnent le travail intérieur et les relations au dehors.

Il fit en Angleterre, à l'instigation de Louis XII, une expédition mal préparée et mal conduite contre Henri VIII, et périt à la bataille de Flodden (1513).

Son fils Jacques V n'avait que deux ans, et l'ambition s'éveilla aussitôt.La régence futvivement disputée. Le duc d'Albany quil'emporta, sentit le besoin de réunir toutes les forces, et avec un zèle trop souvent impuissant, s'efforça de réconcilier les partis et de les faire concourir tous au maintien des libertés nationales contre les prétentions de jour en jour plus menaçantes de l'Angleterre. Désespérant d'y réussir, il partit pour la France, sur la demande de la reine-mère, et en revint à la tête de trois mille Français, C'était assez pour rendre les haines plus vives, et trop peu pour combattre efficacement des attentats ou des résistances de tous les instants. Il dut recourir encore à la France. Pendant qu'avec une activité que rien ne décourageait, il cherchait à grouper des hommes prêts à toutes les aventures, pour le service de ceux qui avaient payé leurs bras et leur vie, il apprit que les grands avaientproclameJacquesV.il s'attacha au service delaFrance et s'illustra dans les guerres d'Italie.

Marguerite, veuve de Jacques IV, avait épousé en 15 14 le comte d'Angus à qui elle avait confié le pouvoir donné par les États au comte d'Albany. Après l'échec des tentatives faites en France (1524), Angus redevint maître du royaume, mais en 1528, le roi s'affranchit de cette tutelle, parla haut à la noblesse, et s'allia au clergé qui, de tout temps, avait été en lutte contre elle.

Il épousa en 1536, Madeleine, fille de François Ier qu'il perdit après quarante jours de mariage. Tout le porta à contracter une seconde alliance dans le pays qui montrait pour l'Ecosse une si vive sympathie, et qui pouvait la soutenir si efficacement dans sa lutte contre l'Angleterre.

Ce ne fut plus à la maison de France, mais à une illustre famille, jusqu'alors étrangère à notre histoire, qu'il alla demander une reine pour l'Ecosse. Ses ouvertures furent favorablement accueillies, et un an après, il épousait la fille du duc de Guise, Marie de Lorraine, veuve du duc de Longueville, dont il avait pu apprécier les qualités pendant son voyage de France.

€ Laquelle fust trouvée de ce roy si belle, sage et vertueuse et honneste qu'il fust fort aise et s'estima très heureux de la prendre et s'en trouva tel après qu'il l'eust prise et espousée, et tout le royaume d'Éscosse ('). »

Il en eut deux fils qui moururent peu de temps après leur naissance, et une fille, qui fut Marie Stuart.

Jacques V, avec de grandes qualités, eut de brillants défauts. Il avait de la bravoure, un caractère chevaleresque, excellait dans les exercices du corps, aimait le peuple, veillait à ses intérêts, se mêlait à ses jeux et montrait pour les arts un goût trop rare chez ses ancêtres et dans sa nation. Mais son héroïsme avait quelque chose d'aventureux et son amour des plaisirs lui faisait trop souvent oublier ses devoirs. Les circonstances au milieu desquelles il vécut ne lui permirent pas d'appliquer au bonheur public ses généreuses intentions, et s'il manqua de diplomatie, il sut toujours du moins ne rien perdre de l'antique intrépidité des siens, et rester fidèle à la religion catholique.

Neveu de Henri VIII, qui après avoir défendu le catholicisme, lui porta de si rudes coups,il se trouva dans une situation difficile à cause de la révolution religieuse opérée en Angleterre et en Ecosse. Il chargea les juges ecclésiastiques de l'archevêque de Saint-André de protéger contre lesnovateurs les antiques croyances de son royaume. Les condamnations furent nombreuses et les exécutions provoquèrent une formidable irritation. Henri VIII profita de ces dispositions pour intervenir. Il envoya en Ecosse sir Ralph Saddler, pour sommer Jacques de se prononcer entre la France et l'Angleterre, entre le catholicisme et le protestantisme.

Jacques ne répondit pas à cette mise en demeure, et négligea de se rendre à une entrevue projetée à York. C'était seconder les projets de Henri et lui fournir un prétexte pour envahir l'Ecosse.

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