CHAPITRE SEIZIÈME
Toute cession qu'elle aurait pu faire au duc d'Anjou serait révoquée;
Elle épouserait le duc de Norfolk.
Marie consentit à tout, avec quelques réserves sur ia question du mariage introduite sans l'aveu d'Elisabeth, et la déclaration que sous le rapport de la religion, sa conduite passée répondait de ses sentiments. Elisabeth accueillit mal ce projet, puis elle parut l'accepter, et Murray convoqua la noblesse à Perth pour le 25 juillet. Cette assemblée ne fut qu'une comédie, et Murray obtint qu'on laissât la reine à sa conscience pour le divorce, en lui demandant, comme preuve de sa sincérité qu'elle sollicitât du roi de Danemark la mort de Bothwell.
La délivrance de Marie se trouva ainsi ajournée.
Murray retenait en prison depuis le mois de janvier 1568, un confident de Bothwell, nommé Paris, du lieu de sa naissance. Il le fit tout à coup exécuter, le 16 août 1569, et prétendit avoir obtenu des révélations accablantes pour la reine. Mais l'information avait été secrète, et nul ne put affirmer les prétendues déclarations d'un homme que l'on ne faisait parler qu'après sa mort, et que l'on avait gardé plus de quinze mois en prison. Ce sont pourtant ces accusations incertaines qu'un certain nombre d'historiens ont acceptées contre la reine.
Il accusa du meurtre du roi Lethington 5t Balfour. Mais rien ne put être fait contre eux, car ils prirent leurs précautions, et les hommes dévoués dont ils s'entourèrent, ne permirent pas que l'on touchât à leur liberté ni à leur vie.
Une mort violente mit fin aux intrigues, aux lâchetés et aux trahisons de Murray. Hamilton de Bothwellaugh, combattant de Langside et prisonnier, à la suite de la bataille, avait vu ses biens confisqués et sa femme brutalement chassée des domaines de sa famille. Elle était morte folle. Pour la venger, son mari jura de tuer Murray. Il prépara tout luimême avec les plus minutieuses précautions.
Le 23 janvier 1569, il l'attendit à Linlithgow, le blessa mortellement d'un coup d'arquebuse au milieu d'une foule nombreuse et s'échappa.
Cette mort vengeait Marie, que son frère avait toujours trompée et trahie. Elle releva en Ecosse le courage de ses partisans, qui avaient eu beaucoup à souffrir des calculs intéressés et de la froide cruauté du régent. Elle fut pour Elisabeth la cause d'un vif chagrin. Personne n'avait été plus que
IÔO MARIE STUART.
Murray prompt à seconder sa politique, à servir ses haines, et personne n'y avait mis moins de scrupules. Elisabeth perdait un allié soumis, un complice fidèle.
Cependant Morton était dévoué à l'Angleterre, et il groupa autour de lui un certain nombre de seigneurs disposés à reconnaître comme régent le comte de Lennox. Pour s'assurer le concours de Lethington, il signa et fit signer par vingt-un de ses amis un verdict proclamant son innocence.
Randolph fut chargé parla reine de s'assurer de la fidélité de ceux qui promettaient de remplacer Murray. Il ne négligea ni les avances, ni les promesses, ni l'argent. Mais les partis étaient plus ardents et plus irréconciliables que jamais. Les Hamilton marchèrent sur Edimbourg et réclamèrent d'Elisabeth la liberté de leur reine, ce qui était le seul moyen de mettre fin à la guerre civile. En même temps, la France protestait, et le pape saint Pie V lançait contre la reine d'Angleterre une bulle d'excommunication.
Elisabeth exaspérée de ces résistances et de ces attaques, envoya Sussex en Ecosse, sous prétexte de faire la guerre avec une armée aux proscrits anglais. Une seconde armée franchit la frontière à l'ouest, sous la conduite de lord Scrope. Lennox et Drury les rejoignirent, et ont leur part de responsabilité dans les ravages et les cruelles exécutions qui couvrirent l'Ecosse de ruines et de sang.
Il en résulta une irritation générale qui donna des partisans à la révolte. Grange et Lethington se déclarèrent pour la reine. Elle avait demandé des secours de Charles IX, mais ces supplications furent encore une fois vaines. La France réclamait bien l'évacuation de l'Ecosse, et la mise en liberté d'une reine que l'on n'avait pas le droit de retenir captive; l'Espagne s'était jointe à elle, mais Elisabeth se retranchait toujours derrière de vagues promesses et de trompeuses protestations.
Les amis de l'Angleterre résolus de poursuivre leurs projets, nommèrent Lennox régent, et Morton lieutenant du royaume. Grange et Lethington protestèrent, mais de quel poids pouvait être cet acte auprès de ceux qui leur reprochèrent d'avoir contribué, autant que personne, au malheur de leur reine ? Les négociations pour la restauration de Marie n'en continuaient pas moins, et les exécutions devenaient de plus en plus fréquentes. On proposait la paix et l'on faisait la guerre, on avait de bonnes paroles et on préparait des trahi-