‹ Marie StuartChapitre 82 sur 107 · CHAPITRE SEIZIÈME. l6l · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME. l6l

sons.Plus Elisabeth protestait de ses intentions, plus on devait s'attendre à des intrigues et à des persécutions.

Cependant on était tombé d'accord sur les^ articles qui devaient assurer la paix et ramener Marie en Ecosse ; mais Elisabeth trompait toujours. Malgré la trêve consentie, les hostilités continuaient en Ecosse. Grange paraissait ne rien craindre derrière les murs du château d'Edimbourg, mais lord Fleming se laissa surprendre dans Dumbarton, où M. de Vérac, envoyé de Charles IX et l'archevêque de Saint-André furent faits prisonniers. Accusé du meurtre de Darnley et de Murray, l'archevêque fut pendu et écartelé. Cette justice sommaire, en violation^des droits de la guerre, provoqua une indignation générale. Elisabeth répondit qu'il n'avait que ce qu'il méritait. Lennox s'était montré impitoyable, comme il arrive ordinairement aux caractères faibles et irrésolus.

Marie en souffrit dans ses affections et redouta les conséquences de la perte de cette place importante. La guerre continuait, mais Elisabeth mêlait les négociations aux envois d'armes et d'argent faits pour entretenir les hostilités. Marie sollicitait sans relâche l'appui de la France, et encourageait à la résistance ceux qui défendaient sa cause avec une énergie qui leur coûtait si cher.

Mais le dévouement lui-même se lasse, et les Écossais n'ont jamais été des modèles de fermeté dans leurs affections. Tout contribuait, d'ailleurs, à les ébranler : l'action incessante de Lennox, les intrigues de la diplomatie anglaise, les incertitudes de la France et la position de plus en plus critique de la reine. Ils luttaient cependant. Grange retranché dans le château d'Edimbourg convoqua un parlement, et y fit proclamer l'autorité de la reine. Lennox en convoqua un autre, et fit lire un discours par le jeune prince à Stirling. Grange forma le projet d'enlever ce parlement. Il envoya Huntley qui, à la tête de soixante arquebusiers et de trois cents chevaux, pénétrant dans la ville à la nuit, s'empara des principaux membres et de Morton. Mais ses soldats se mirent à piller. Il fut surpris par le comte de Mar, et les prisonniers s'échappèrent. Lennox frappé d'un coup d'arquebuse ne survécut que quelques heures à sa blessure (7 septembre 1 571).

Le comte de Mar fut nommé régent à sa place.

Elisabeth fit sommer Grange et Lethington de se soumettre. Elle avait essayé auparavant de les séduire. Us répondirent qu'ils ne se reconnaissaient coupables d'aucun

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crime, et qu'ils n'étaient justiciables que des lois et des magistrats de leur pays.

Après le procès et l'exécution de Norfolk, Elisabeth poursuivit son projet de mariage avec le duc d'Anjou, y renonça, y revint et se heurta enfin à un refus qui l'humilia. Les négociations furent reprises pour le duc d'Alençon, qui avait dix-huit ans. Elisabeth qui en avait trente-neuf et qui redoutait l'influence d'un mari, ne poursuivait que l'alliance avec la France. Le traité fut conclu à Blois,le22 avril 1572. Charles IX s'engageait à secourir Elisabeth en cas d'invasion. Il ne fut nullement question de la reine d'Ecosse, mais le roi chargea ses envoyés qui devaient ratifier le traité, de demander pour elle un adoucissement à sa captivité. Burleigh répondit que son traitement était tout ce qu'elle méritait, et, il n'y fut rien changé.

La lutte continuait on Ecosse. Grange et Lethington avaient rédigé un projet d'accommodement qui aurait confié, par portions égales, le gouvernement aux lords du roi et à ceux de la reine. Drury envoyé par Elisabeth et du Croc, ambassadeur de France, traitèrent à l'insu de Marie, et lorsque enfin prévenue elle protesta, tout était terminé. Elle voyait ainsi s'évanouir, l'une après l'autre, toutes ses espérances.

Le comte de Mar mourut au moment où allait être conclu l'accord qui lui livrait Marie. On a parlé de poison et de remords. Il venait certainement de consentir à un crime. Morton, qui lui avait été adjoint et que l'opinion publique accusait de sa mort, fut mis à sa place.

Ce choix enlevait tout espoir de pacification. La trêve expirant le Ier janvier, Grange ouvrit le feu sur Edimbourg. Morton négociait et cherchait, par des promesses d'oubli du meurtre de Darnley, à diviser ses adversaires. Il réunit à Perth, le 23 février 1573, ceux qui avaient accueilli ses ouvertures. Un traité fut signé. Hume, Grange et Lethington qui s'étaient tenus dans la réserve inspirée par leur fidélité à la reine et leur défiance des intentions de Morton, n'y furent pas compris. Seuls en ce moment, avec Adam Gordon, ils défendaient la cause de leur souveraine.

M. de Vérac apportait de France des secours aux défenseurs du château d'Edimbourg. Jeté par la tempête sur les côtes d'Angleterre, il fut retenu par ordre d'Elisabeth. Kirkaldy de Grange, débarqué au château de Blackness, fut en-

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