CHAPITRE SEIZIÈME
traîné dans une embuscade par la trahison de sa femme et perdit le fort. C'était un double et grave échec.
Découragés, Grange et Lethington offrirent de remettre le château au comte de Rothes, à condition qu'on leur accordât des garanties pour leur sûreté.et qu'on leur rendît leurs biens. Morton ne voulait pas de conditions,et cependant la situation était grave pour lui. Killegrew la dépeignait à Elisabeth sous les couleurs les plus sombres, et demandait des hommes et de l'argent.
Elisabeth fiit par se décider, et envoya des troupes par terre et par mer. La ligue entre l'Angleterre et l'Ecosse fut confirmée et le traité de Perth ratifié. Le siège du château d'Edimbourg confié à Drury, fut conduit avec vigueur, et Grange réduit à la dernière extrémité. Il avait animé la garnison de son ardeur, mais privé de tous secours,sans eau, sans vivres, sans munitions, il vit le découragement s'emparer de ses soldats. Il demanda une trêve pour négocier la reddition du château. Ses conditions ne furent pas acceptées, et, après avoir tenté un dernier effort auprès de la garnison qui ne se composait plus que de quelques hommes, il se rendit, non au régent, mais à la reine d'Angleterre.
Morton commença par s'emparer des joyaux de la reine et obtint de Drury, par un ordre d'Elisabeth, que les prisonniers lui fussent remis. Lethington fut trouvé, quelques jours après, mort dans sa prison. Il périssait de lamain des ennemis de Marie, après avoir été lui-même l'ennemi le plus acharné de celle que sa haute intelligence et son incontestable habileté auraient pu si bien servir.
Grange fut décapité malgré toutes les offres de rançon faites par ses amis.
La reine se trouvait sans parti et sans espoir, après la chute du château d'Edimbourg et la mort de ceux qui avaient voué à sa cause une fidélité tardive mais résolue.
Morton proposa à Elisabeth une alliance étroite et offrit de la débarrasser promptement de Marie. Elisabeth voulut attendre encore. Le régent avait d'ailleurs beaucoup à faire. L'Ecosse était pour lui une terre conquise dans laquelle sa cupidité voyait une proie. Il la mit au pillage, frappant les villes et les campagnes, la noblesse et le clergé, le peuple et les marchands, mêlant les violences aux exactions et n'épargnant ni les hommes ni les choses.
Il y eut en Ecosse une réprobation universelle contre lui.
Mais personne ne pouvait donner le signal de la révolte, tant les luttes antérieures, avaient épuisé le pays.
Cependant Elisabeth avait repris avec Morton les négociations entamées avec le comte de Mar. Killigrew fut chargé de faire les conditions ; il s'y employa activement, et l'on peut croire que si l'infâme marché ne fut pas conclu, c'est que l'Angleterre ne sut pas y mettre le prix.
Les excès de Morton lassèrent cependant les Écossais. Une ligue se forma contre lui, et les principaux chefs allèrent trouver le jeune roi, pour lui exposer les griefs de la noblesse et du peuple. Jacques avait alors douze ans. Un conseil de régence composé de douze membres, dont quatre devaient tour à tour signer les actes royaux, fut formé, et prit en réalité le gouvernement. Morton désappointé, mais disposé à saisir la première occasion de reconquérir le pouvoir, s'enferma dans son château de Dalkeith, paraissant vouloir rester étranger atout.
Ce ne fut pas pourlongtemps.il se servit du jeune comte de Mar, qui s'empara par surprise du gouverneur du château de Stirling, et devint ainsi maître de la personne du roi. Le parlement sanctionna cette révolution, mais les ennemis de Morton, Athol, Argyle et leurs amis prirent lesarmes.Au moment où ils allaienten venir aux mains, l'intervention de sir Robert Bowes, envoyé anglais, amena un accord. Morton reprit le pouvoir sous le titre de régent.
Il profita de ce retour de fortune pour se venger de tous ceux qu'il craignait, ou dont il avait à se plaindre. Les riches possessions des Hamilton furent confisquées et leurs amis jetés en prison. Athol et Montrose sortirent empoisonnés d'un festin que leur donna Morton. Le scandale fut si grand qu'il ne put empêcher une enquête. Elle ne fut pas défavorable à Morton, car il était le maître.
Cependant son crédit baissait. Un jeune homme, fils de John Stuart et neveu du régent Lennox était arrivé en Ecosse au mois de septembre 1579. Il devint rapidement, grâce à de riches et brillantes qualités, le favori du roi. Il fut fait chambellan, reçut une partie des dépouilles des Hamilton, *t les ennemis de Morton s'engagèrent à le servir.
Morton s'inquiéta et s'éloigna de la cour. C'était encourager ceux que son pouvoir avait inquiétés ou persécutés. Pour les prévenir, il accusa le favori qui le provoqua, et déclara la guerre à ceux qui dévoraient les revenus de la couronne. Mor-