‹ Marie StuartChapitre 84 sur 107 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

ton qui s'était rapproché du clergé en lui rendant une partie de ses biens, le souleva en lui montrant le danger que courait la Réforme, et le jeune Stuart, pour ne perdre aucun de ses avantages, se déclara prêt à quitter l'Eglise catholique.

Il fut investi du commandement de Dumbarton, la place la plus importante d'Ecosse. Elisabeth inquiète fit dire au jeune roi que s'il ne se séparait pas de son favori, elle le ferait déclarer par son parlement, déchu de tous ses droits à la succession d'Angleterre. Jacques ne tint pas compte de cette menace trop souvent employée pour avoir quelque efficacité.

Le crédit de Morton ébranlé ne pouvait se raffermir, car tous les ennemis que lui avaient faits ses exactions et ses violences, se réunissaient pour sa perte. Le 31 décembre 1580, James Stewart,deuxième fils du lord Ochiltree.demanda à être introduit dans le conseil, se jeta aux genoux du roi et lui désigna Morton comme un des meurtriers de son père. Morton essaya de se défendre. James énuméra ses griefs, et comme, après avoir échangé des démentis et des propos injurieux, ils mettaient, l'un et l'autre, l'épée à la main, le roi leur ordonna de sortir de sa présence.

Morton fut envoyé au château d'Edimbourg, puis à Dumbarton. Lorsque Elisabeth eut appris le danger qu'il courait, elle s'effraya, car elle risquait de perdre son agent le plus résolu et le plus dévoué. Elle envoya Randolph à Edimbourg, lui commandant de le sauver à tout prix, et de s'emparer du favori pour en faire un otage ou pour venger sur lui la mort du régent. Lord Hunsdon devait en même temps franchir la frontière avec les troupes réunies dans les comtés du Nord. Les menaces les plus violentes accompagnaient ces mesures. Mais^ les forces n'étaient pas suffisantes pour les soutenir, et les Ecossais avaient couru aux armes. Sur les demandes pressantes de Marie, l'Espagne paraissait disposée à intervenir et le projet d'enlever Jacques n'était pas abandonné. Tout contribuait donc à rendre impuissante la colère d'Elisabeth.

Dans une situation aussi périlleuse, elle ne recula pas. Elle avait autorisé ses agents en Ecosse à s'emparer du roi et à se débarrasser du favori. Tout était prêt et le succès paraissait assuré,lorsque l'arrestation d'un des conjurés dévoila le plan et signala les auteurs. On se groupa autour du favori qui agit avec vigueur, et Randolph effrayé par un coup d'arquebuse dirigé contre sa fenêtre, se retira à Berwick.

Elisabeth essaya encore des négociations mais on ne la redoutait plus, et l'on n'était pas disposé à se laisser tromper encore par les intrigues de sa diplomatie. On procéda contre Morton. Il fut traduit le Ier juin 1 58 1 devant les assises. De tous les crimes que l'on pouvait- lui reprocher, on retint seulement sa participation à l'assassinat de Darnley. Reconnu coupable, il fut condamné à être perdu et puis écartelé. Il avoua qu'il connaissait la conspiration, mais qu'il ne s'y était pas associé, parce que Bothwell n'avait pu lui donner aucune preuve de l'assentiment de la reine. Il marcha d'un pas ferme à l'échafaud et déclara qu'il mourait fidèle à la Réforme. La passion sectaire a voulu voir en lui une de ces âmes hautes qui servent Dieu et qui conduisent les hommes dans la voie de la vérité. Il est plus juste de dire qu'il ne recula jamais devant aucun crime pour la satisfaction de son fanatisme et de son ambition.

Ses biens et ceux de ses partisans furent confisqués. C'était la vengeance inévitable après le triomphe. Le favori fut fait duc de Lennox, comte de Darnley et lord de Dalkeith Ruthven comte de Gowrie et James Stewart comte d'Arran.

Monnaie d'or de Henri II.

ORSQUE, après la bataille de Langside, Marie,

L réduite à fuir et sans espoir de secours, se fut

jî? décidée à demander un asile à sa sœur d'Angleterre, elle fut conduite au château de Carlisle (18 juin 1568). Elle y demeura jusqu'au 13 juillet où elle fut enfermée dans le château de Bolton appartenant à lady Scrope, sœur du duc de Norfolk. C'est pendant son séjour dans cette demeure qu'eurent lieu les conférences d'York et de Westminster, qui mirent dans tout leur jour la duplicité de la reine d'Angleterre, la criminelle ambition de Murray et l'innocence de Marie.

Le 26 janvier 1569, à la suite d'un rapport dans lequel Murray disait à Cecil que la reine d'Ecosse n'était nullement découragée, qu'elle comptait sur ses amis et que ceux-ci étaient disposés à tout tenter pour sa délivrance, elle fut transportée à Tutbury. Cette mesure avait été précédée de rigueurs à l'égard du duc de Chatellerault, de lord Herriec et de l'évêque de Ross.

A la première nouvelle de ce projet, elle déclara qu'on ne l'entraînerait que par force. L'ordre fut donné, si elle résistait, de l'enlever avec ses femmes. Il faisait un froid très vif et la neige couvrait la campagne. Marie était souffrante. Elle fut placée avec lady Levingston dans une litière. Ses femmes voyageaient à cheval. Une escorte nombreuse et vigilante empêchait toute communication et aurait repoussé toute tentative de délivrance.

Après quatre jours de marche, il fallut s'arrêter, et ce ne fut qu'après dix jours, que la prisonnière arriva malade épuisée dans sa nouvelle demeure.

Le château de Tutbury qui appartenait au comte de Shrewsbury était situé dans un pays triste et peu sain. Entouré de murs épais, protégé par un large fossé , il était défendu par des tours armées de nombreux canons. Le comte et la comtesse étaient chargés de recevoir, ou plutôt de garder dans cette sombre forteresse la reine d'Ecosse. Elisabeth

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n'avait pas été aveugle dans son choix. Elle pouvait compter sur la rigoureuse fidélité du comte de Shrewsbury.

Marie se résigna pourtant. Comme elle ne put obtenir un prêtre catholique, elle fut réduite à assister au prêche protestant, qu'elle écoutait afin d'être en état d'en réfuter les affirmations. Elle faisait des travaux à l'aiguille qui occupaient une grande partie de son temps et qu'elle prolongeait fort avant dans la nuit. Deux hallebardiers veillaient toujours sous ses fenêtres, et ses hôtes avaient été chargés d'une vigilance constante, car on craignait les ressources de son esprit, son activité et la séduction qu'elle exerçait sur tous ceux qui étaient en rapport avec elle.

Le 10 février, elle écrivait à Elisabeth et terminait par un post-scriptam presque illisible : « Il vous playra excuser si j'escriptz si mal. car le logis non habitable et froid me cause rhume et dolleur de teste. »

En avril, elle fut transférée à Wingfield, dans le comté de Derby, où elle passa ,cinq mois. Ces changements semblent un jeu du caprice d'Elisabeth. Ils n'ont pas pour but d'améliorer la situation de la captive et de donner satisfaction à ses plaintes, mais de l'inquiéter, de rompre ses espérances, et d'affaiblir ou de décourager les dévouements.

Le 19 septembre, elle fut ramenée à Tutbury. Elisabeth avait feint de croire à un grand danger. On envoya des soldats de tous côtés, on garda les ports, on occupa les passages des frontières, et on parut craindre une invasion par terre et par mer. Il s'agissait de justifier pour l'Angleterre et les États qui s'intéressaient à Marie, l'aggravation de sa situation. Elisabeth adjoignit à ses gardiens le comte de Huntingdon qui avait des droits à la couronne d'Angleterre, et dont elle croyait pour ce motif, le dévouement plus sûr. Ses serviteurs furent renvoyés, ses lettres interceptées, ses armoires et ses coffres fouillés. Mais on ne trouva pas ce que l'on avait le plus d'intérêt à découvrir : des lettres de la noblesse, dans lesquelles on eût pu saisir la trace ou la preuve de ses projets.

Marie laisse voir à cette époque des craintes pour sa vie, et elle se met sous la protection du comte de Shreswbury, qui pourtant ne lui avait pas rendu agréable son hospitalité, et de Lamothe-Féneion, ambassadeur de France, dont elle avait souvent éprouvé l'affection et le dévouement. Le comte tfc Huntingdon avait à sa mort un si grand intérêt, que les

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