‹ Marie StuartChapitre 86 sur 107 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

avoir pour fournir mes gens... Nous n'avons nul autre usage de notre religion, sinon la lecture des sermons de M. Picart, à quoy ils s'assemblent tous. Ce sera aumosne à vous aultres de donner aux prisonniers une reigle. Nous avons autant de loysir quasi que les religieux. »

Une autre préoccupation partageait son âme. Elle avait pour son fils une tendresse que le malheur et l'éloignement avaient rendue plus vive et plus touchante. Elle aurait voulu suivre son éducation et s'inquiétait de ce qu'il deviendrait sous la direction de « l'athée Buchanan». Ce misérable pamphlétaire à qui elle avait fait tant de bien, et qui lui rendait tant de mal, jetait dans cette jeune âme des idées et des sentiments qui effrayaient sa tendresseet alarmaientsa foi. Elle ne savait pas combien on l'avait calomniée auprès de lui, ni quel langage on lui avait prêté dans des actes publics, mais la clairvoyance maternelle lui révélait le soin avec lequel on l'éloignait d'elle. Elle en éprouvait une profonde tristesse, et s'affligeait du présent et de l'avenir.

Elle avait été souvent contrainte d'assister aux prêches des ministres, mais loin d'avoir été troublée par l'exposition de leurs croyances ou leurs violences contre le catholicisme, elle avait senti sa foi fortifiée. « Je n'en ai pas trouvé deux qui tinssent un même chemin,» disait-elle, et cette diversité qui est le signe infaillible de l'erreur, aurait suffi, si elle en eût eu besoin, pour la confirmer dans des convictions que son enfance avait reçues, et que l'étude et la réflexion avaient souverainement confirmées.

Elle ne soupçonna pas ce qui s'était débattu entre Elisabeth, le comte de Mar et Morton. Elle fut pourtant prévenue d'avoir à se méfier; aussi demandait-elle à Lamothe Fénelon de lui envoyer « le mithridat (le contre-poison) le plus sûrement que faire se pourrait». Son inquiétude une fois éveillée, persista, et les précautions les plus minutieuses furent prises, afin d'éviter un crime qui aurait comblé les vœux d'Elisabeth.

Cette même reine qui préparait d'une manière si persévérante par le poison ou l'assassinat, la mort de « sa bonne sœur » était, de sa part, l'objet des attentions les plus délicates. Habile dans les travaux à l'aiguille, auxquels elle s'était livrée avec ardeur au milieu des sollicitudes de la royauté, Marie faisait, dans sa prison, de petits ouvrages pour Elisabeth. Elle demandait à Fénelon et à l'archevêque de Glasgow de lui procurer les étoffes et les fils d'or et d'argent qui lui

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étaient nécessaires pour les cadeaux qu'elle destinait à celle dont la haine ne connaissait point de trêve. Elle demandait à ses parents de France, des coupes de cristal, des miroirs, des bracelets qu'elle lui destinait, et dans toutes ces commandes pour lesquelles elle ne ménageait pas son douaire, il n'y a pas un mot qui trahisse l'inimitié, et qui ne révèle l'égalité de son esprit et la bonté de son cœur.

Elle songeait aussi à elle-même, et s'efforçait de tromperies ennuis et les inquiétudes de sa longue captivité. Si « tout son exercisse étoit à lire et à travailler » elle désirait aussi quelques distractions. Elle demandait (9 juillet 1574) à l'archevêque de Glasgow «des tourterelles et despoules de Barbarie, pour voir si elle pourroit les faire eslever en ce pays ». Elle tenait à ces passe-temps de prisonnière. Elle attendait du cardinal de Guise « une couple de beaux petits chiens». Elle aurait voulu pouvoir soigner des oiseaux, et trouver en leur compagnie un dédommagement aux troubles que les entreprises de ses ennemis jetaient en son âme.

Ses lettres à Elisabeth sont pleines d'une affectueuse tendresse. Elle la flatte comme si elle espérait l'attendrir, elle a pour elle des attentions délicates comme si elle croyait pouvoir faire hésiter son inflexible résolution de la persécuter, elle la caresse comme s'il lui paraissait possible d'éveiller en son âme un remords précurseur de la justice.

Elle ne négligeait pourtant pas ses intérêts, et lorsqu'elle apprit que Henri III était sollicité de reconnaître son fils comme roi d'Ecosse, elle écrivit à son ambassadeur de Paris pour traverser ce projet qui aurait renversé toutes ses espérances en violant son droit. Elle osait donner des conseils à celui dont elle attendait un secours que Charles IX n'avait pas été capable de lui donner, malgré sa bonne volonté, et elle lui faisait dire, ce que Henri III aurait dû mettre en pratique pour les affaires de France : « Si le roi est brave, ils le craindront, s'il est doux, ils le braveront, et m'en croyez. »

La mort du cardinal de Lorraine, qui l'avait toujours beaucoup aimée, sans pouvoir jamais efficacement agir en sa faveur, fut pour elle un rude coup. « Dieu, s'écria-t-elle, me perdn l'une des créatures que j'aymois le mieulx... Il m'a soté d'un coup mon père et mon oncle; je le suyvrai, quand il plaira à Dieu, avec moins de regret. »

En même temps, Lamothe-Fénelon, qui lui avait été si secourable, rentrait en France et avait pour successeur Castel-

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