‹ Marie StuartChapitre 87 sur 107 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

nau de Mauvissière qui était partisan de l'alliance anglaise.

Don Juan, fils de Philippe II, avait projeté une invasion en Angleterre et la délivrance de Marie. Lorsque Elisabeth l'apprit, elle rendit plus dure une captivité si pénible pourtant. Elle donna l'ordre de transférer Marie, de Sheffield, qui ne paraissait pas assez fort, à Chatworth. Elle était alors à Buxton où elle soignait sasanté.Elle ne savait rien des projets qui lui valurent de nouvelles rigueurs, et Shreswbury, Walsingham, Leicester et Morton, malgré leurs recherches, ne purent rien découvrir qui engageât sa responsabilité»

Elle était tout entière alors à un autre projet. Elle voulait arracherson fils à une tutelle qu'elle trouvait dangereuse pour sa sécurité et mortelle pour sa foi. Elle espérait qu'après l'avoir enlevé, ses amis pourraient le transporter hors de l'Ecosse. La comtesse de Lennox, longtemps trompée sur le compte de Marie qu'elle avait cru coupable dans la conspiration contre Darnley, était revenue à une plus juste appréciation de sa conduite. Elle lui témoignait une affection propre à la dédommager d'une trop longue injustice, et travaillait avec ardeur à la réalisation de son désir d'arracher le jeune prince aux ambitieux qui gouvernaient en son nom.

La disgrâce de Morton parut favoriser ses projets. L'attitude de la cour de France fut plus bienveillante pour elle, et Catherine de Médicis, qui l'avait toujours négligée, ouvrit avec elle des relations suivies, et lui proposa pour son fils une princesse française. Mais Morton reprit rapidement le pouvoir, et toutes ces bonnes dispositions s'évanouirent. Henri III déclara qu'il ne voulait plus s'occuper des affaires d'Ecosse.

L'Espagne et l'empereur furent de nouveau sollicités par l'évêque de Ross (octobre 1578). Mais toutes ces négociations étaient suivies par les espions de l'Angleterre, et aussitôt entravées.

L'espionnage était la grande force de la politiqueanglaise. Il s'exerçait dans les cours étrangères, mais surtout autour des prisons de Marie, avec une persévérance et une habileté qui assuraient son succès. La malheureuse prisonnière se sentait entourée de pièges. A qui pouvait-elle se fier ? Elle était prudente malgré l'impétuosité de son caractère et la vivacité de ses impressions, mais les dépositaires de ses secrets ne pouvaient-ils pas, malgré leur fidélité, se laisser tromper et la livrer ainsi à son ennemie ? Les inquiétudes étaient plus pénibles pour elle que la surveillance qui avait

pour but d'empêcher sa fuite. Celle-ci était extérieure et se rapportait à ses actes. L'autre pénétrait jusqu'à la pensée, aux aspirations secrètes et, par la corruption, tentait tous les dévouements et les inquiétait, quand elle ne parvenait pas à les ébranler.

Au moment où se traitait sans aucun désir sincère de part et d'autre, le projet de mariage d'Elisabeth avec le frère de Henri III, l'envoyé français Simier, obtint que Marie pourrait envoyer visiter son fils. Mais, lorsqu'il fut arrivé en Ecosse, Nau, chargé de cette mission, ne put l'accomplir. Le prétexte fut qu'il manquerait de respect au roi en ne le reconnaissant pas ; la raison, c'est qu'on voulait imposer à Marie une privation nouvelle et une humiliation.

Lorsque Morton fut emprisonné et le duc de Guise nommé par Marie, lieutenant-général de l'Ecosse, Elisabeth donna ordre de transférer sa prisonnière de Sheffield à Ashby, autorisant à employer contre sa résistance les moyens les plus violents. On était alors au milieu d'une saison rigoureuse, et un changement dans ces conditions eût tué la malheureuse reine. L'ordre ne fut pas exécuté. Burleigh se montra moins dur que sa maîtresse.

Monnaie d'Elisabeth.

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